Atchoum au Festi-neige

De l’idolâtrie maladive

CHRONIQUE / Quand j’étais jeune, ma mère me racontait des anecdotes de son époque. Elle est née en 1918. Elle a vu évoluer la technologie tout au long de sa vie, elle qui a grandi dans le bois et à la campagne.

Par exemple, un soir que nous écoutions Les Filles de Caleb, on a vu Émilie Bordeleau (Marina Orsini) arriver dans un appartement en ville avec son bel Ovila Pronovost (Roy Dupuis). Elle a tiré sur une corde pour allumer la lumière, un geste qu’elle répétait à plusieurs reprises pour admirer la modernité avec le sourire et les yeux ronds.

Témoin d’une époque

En voyant cette scène, ma mère m’a dit : « C’était moi, ça. Quand nous avons quitté les chantiers pour vivre en ville, on était bien impressionnés par l’électricité. On rêvait de ça, peser sur un bouton pour allumer la lumière, tout comme on rêvait d’une machine où il suffisait de peser sur un bouton pour laver le linge. »

Ma mère a vu plusieurs de ses rêves se réaliser, avant de décéder à l’âge de 88 ans. Quand il y avait des émissions de danse à la télévision, elle me racontait, presque chaque fois, qu’un de mes oncles regardait sous la télé pour voir si c’était possible de regarder sous les jupes des danseuses. Ça la faisait bien rire.

Elle me racontait aussi que des gens avaient tellement pitié de Donalda (Andrée Champagne), qui vivait sous le joug de Séraphin dans Les Belles histoires des pays d’en haut, que des gens allaient porter des vivres à André Champagne à sa résidence privée. Ma mère me racontait aussi que la marâtre (Lucie Mitchell) dans le film Aurore l’enfant martyre se faisait dire des bêtises sur la rue.

Encore aujourd’hui

C’était au début de la télévision, et j’aimais bien ces anecdotes au sujet des gens qui confondaient les comédiens et les personnages.

C’était l’époque, direz-vous. Eh bien non, ça se produit encore aujourd’hui.

La comédienne Claire Jacques révélait, cet automne, qu’elle se fait insulter quotidiennement à cause du rôle de Solange « Brownies » Chrétien, dans la dernière saison d’Unité 9.

Dans un texte de La Presse, sous la plume de Véronique Lauzon, elle relatait qu’un chauffeur d’autobus l’a accueillie en lui disant : « J’espère que vous ne chierez pas dans l’autobus ! » Elle a raconté se faire apostropher des dizaines de fois par jour par des « Salope ! » ou « Tu pues, grosse vache ».

Le statut de vedette est encore un manteau pesant à supporter de nos jours, et à plus forte raison avec la puissance des médias sociaux. Les fans ont accès à encore plus d’informations sur la vie privée de leurs idoles, grâce aux profils Facebook ou comptes Instagram.

Le cas d’Atchoum

L’artiste régionale Véronique Gagné, qui personnifie Atchoum le clown, a eu des démêlés avec une personne atteinte de maladie mentale. Maude Gaumont, de Trois-Rivières, a plaidé coupable à trois chefs de harcèlement et de production de faux messages.

L’artiste dit avoir reçu de faux messages provenant de 40 personnes différentes, dont 40 étaient la même.

Le manège a duré des mois avant que la police puisse intervenir. Ce harcèlement de la part d’une spectatrice a considérablement perturbé la vie de Véronique Gagné, une situation amplifiée par les réseaux sociaux.

Kevin Parent

Mais le cas de l’auteur-compositeur-interprète Kevin Parent, qui est apparu dans l’actualité cette semaine, dépasse l’imagination. Une admiratrice qui l’idolâtre depuis longtemps et qui a fait tatouer son nom sur son cou est allée jusqu’à déménager dans la même ville que lui pour se rapprocher de son idole.

Cette admiratrice, qui voulait se marier avec Kevin Parent, lui a même envoyé une bague. Ça peut paraître drôle, mais quand la dame se présente chez vous et s’installe dans votre salon, comme si elle était chez elle, ça commence à être un peu fou. Mais ce n’est rien, comble de l’idolâtrie – rendu là, c’est de la folie –, la dame est entrée dans la maison de Kevin Parent en pleine nuit et est allée s’asseoir au pied de son lit.

L’artiste a raconté ces faits lors du procès pour harcèlement criminel, ces derniers jours. L’artiste dit vivre dans la paranoïa. On avait l’habitude de ce genre d’histoires chez les grandes vedettes d’Hollywood, mais là, chez nous, et dans un petit village de la Gaspésie, ça donne des frissons à ceux qui mènent une vie publique avec le statut de vedette.

Nous sommes loin des paparazzis.