Cathie et Dany St-Pierre ont posé avec leur mère Réjeanne St-Pierre, lundi, avant de prendre la route pour Drummondville où elle a été nommée Grand bâtisseur de la bannière IGA dans le cadre du congrès annuel des 250 propriétaires et directeurs de la province.

De caissière à propriétaire

CHRONIQUE / Réjeanne St-Pierre, de Jonquière, a été honorée, mardi, par les 250 propriétaires et directeurs des marchés d’Alimentation IGA du Québec à titre de Grand bâtisseur de la bannière lors de l’assemblée générale qui avait lieu au Centre des congrès de Drummondville.

La madame était très nerveuse quand je l’ai rencontrée au deuxième étage du marché IGA Mellon de Jonquière, l’épicerie maintenant dirigée par sa fille Cathie et son Fils Dany. « Je suis fière de ce que j’ai fait, mais je dois vous dire qu’on a travaillé fort pour en arriver là », lance la dame de 68 ans avec un beau teint basané qu’elle nous ramène de la Floride, où elle passe les hivers avec son époux Gilbert St-Pierre. « J’ai gardé le nom famille de mon mari, car les gens me connaissaient sous ce nom ; Réjeanne Bélanger, ça n’aurait rien dit à personne », fait savoir la femme d’affaires.

Pionnière dans le marché d’alimentation
Réjeanne St-Pierre a été la deuxième femme au Québec à être propriétaire d’un marché IGA. L’ascension a été un long parcours pour celle qui a transféré la propriété du IGA Mellon à ses enfants en 2008 et qui s’est retirée de l’entreprise il y a cinq ans.

La femme d’affaires avait 14 ans quand elle a eu un emploi étudiant comme caissière au marché Steinberg de Chicoutimi. « Après mes études secondaires, je suis retournée travailler comme caissière. Ensuite, j’ai eu un poste à temps plein au département des légumes comme emballeuse. J’aimais ça, je trouvais ça plus facile de travailler dans un milieu d’hommes », explique la dame en laissant paraître un large sourire.

Réjeanne St-Pierre a été transférée au Steinberg de Hauterive, au début de son mariage, pour suivre son mari qui a eu un emploi pour Alcoa à Baie-Comeau. « Je m’ennuyais de la famille, sur la Côte-Nord. Mon mari, qui avait une formation d’électricien, avait fait application chez Bell Canada. En attendant, nous avons acheté une station d’essence Spur au Saguenay pour revenir dans la région. On travaillait 24 heures sur 24, on faisait chacun un “shift” de 12 heures », raconte la jeune maman de l’époque qui a trouvé cette année là très longue avec un bébé naissant. « Nous avons vendu quand mon mari a eu son emploi chez Bell et je suis retournée chez Steinberg comme caissière ; c’était le même gérant qu’avant mon départ, il me connaissait et m’a embauchée immédiatement », raconte-t-elle.

Fermeture de Steinberg
En 1986, la mère de deux enfants comptait donc plus de 20 ans d’expérience comme caissière dans le marché d’alimentation lorsque tout a basculé avec la grève chez Steinberg, suivie de la fermeture de la bannière qui opérait dorénavant sous le nom de Parade.

« La bannière Parade a duré à peine six mois avant la fermeture. Nous nous sommes regroupés à ce moment pour ouvrir le premier marché IGA de la région, en août 1988, dans des locaux du Faubourg Sagamie. Nous étions 24 employés. Il y avait cinq actionnaires majoritaires qui ont investi 18 000 $ chacun et 20 actionnaires minoritaires avec une mise de fonds de 5000 $. C’était risqué », fait valoir celle qui supervisait le travail des caissières.

« Il s’agissait du premier marché d’alimentation qui avait “boutiqué” l’aménagement intérieur du commerce. Chaque département avait son espace, la charcuterie, la boucherie, la boulangerie, les fruits et légumes, le vrac, c’était totalement nouveau », se souvient-elle.

« L’ouverture a été un succès extraordinaire. Du jeudi au dimanche, nous avons réalisé des ventes de 290 000 $. C’est énorme, nous avons battu des records, c’était incroyable », fait savoir celle qui a commencé sa carrière de femme d’affaires à ce moment, à titre de directrice adjointe du marché d’alimentation.

Succès commercial
« Le succès de la bannière a fait qu’on a pu racheter les parts des actionnaires minoritaires et d’autres actionnaires majoritaires. En 1991, nous avons acheté le marché Métro de la rue des Champs-Élysées à Chicoutimi et j’ai été directrice des deux magasins avant que je transfère à Chicoutimi en 1996 », détaille celle qui avait acquis beaucoup d’expérience de gestion durant toutes ces années.

C’est en 2003 que Réjeanne St-Pierre, alors âgée de 55 ans, a pris la décision d’acheter les parts des actionnaires et de construire un IGA flambant neuf sur la rue Mellon. « Les enfants m’ont dit qu’ils étaient intéressés à me succéder, alors j’ai plongé pour cinq ans pour ensuite leur passer le flambeau en 2008 », met en relief celle qui a été honorée par ses pairs.

Une relève dynamique
Ses enfants Cathie et Dany ont pris la relève de leur mère et ont même fait l’acquisition du IGA Saint-Hubert de Jonquière en 2016. « Je les regarde aller aujourd’hui et je pense que je ne pourrais pas suivre avec tous les changements technologiques et les nouvelles tendances », lance celle qui a pourtant connu l’époque où les employés changeaient les prix à la main sur les produits et que les caissières pitonnaient chaque prix des aliments sur la caisse enregistreuse.

« C’est un domaine qui exige beaucoup de travail. Nous sommes ouverts de 7 h à 22 h et il y a des employés la nuit qui remplissent les tablettes. Quand le gouvernement du Québec nous a obligés à fermer nos magasins les jours fériés, on cherchait les clés du magasin pour barrer les portes ; nous étions ouverts 24 heures sur 24 depuis 2003 », lancent à la blague les propriétaires âgés dans le début de la quarantaine, qui sont bien heureux de profiter de ces quelques jours de congé durant l’année.

Les défis de Cathie et Dany dans l’avenir seront entre autres de gérer les commandes par Internet et de développer la préparation de mets cuisinés, deux secteurs en hausse. « Il ne faut pas oublier que 90 % du travail dans un marché d’alimentation est consacré à la gestion du personnel. Nous comptons plus de 250 employés dans nos deux marchés d’alimentation, c’est une grande famille qui fait affaire tous les jours avec les services à la clientèle, ça exige beaucoup de gestion », soutient Dany St-Pierre en fin d’entrevue.