Roger Blackburn
Le Programme fédéral d’échange en matière de littératie numérique est offert à 179 personnes dans les MRC Maria-Chapdeleine et du Domaine-du-Roy, au Lac-Saint-Jean.
Le Programme fédéral d’échange en matière de littératie numérique est offert à 179 personnes dans les MRC Maria-Chapdeleine et du Domaine-du-Roy, au Lac-Saint-Jean.

Cours de tablette pour les nuls

CHRONIQUE / «Pour écrire une lettre en majuscule, il y a une touche à gauche du clavier avec un flèche par en haut, si vous pesez dessus vous écrirez une lettre en majuscule », explique le formateur Richard Thibeault à un groupe d’élèves de 60 ans et plus dans une salle de la bibliothèque de Roberval.

J’assistais à un cours de littératie numérique, mercredi dernier. Il y avait une quinzaine de personnes autour de la table, dont certaines n’avaient jamais utilisé un ordinateur, une tablette ou un téléphone intelligent.

Imaginez le défi pour des gens qui ont grandi avec un téléphone à roulette, des timbres postes, des télévisions sans télécommande et qui cherchent encore des numéros de téléphone dans un bottin téléphonique.

« Ces personnes ont des enfants et des petits-enfants qui leur envoient des photos par internet, qui veulent leur parler avec Facetime ou qui leur écrivent des messages sur Facebook. Elles sont limitées dans l’utilisation de ces appareils et elles veulent savoir comment utiliser les différentes possibilités qu’offrent ces outils informatiques », explique Suzie Haché, qui fait partie de l’équipe de six formateurs répartie sur les territoires des MRC Maria-Chapdeleine et du Domaine-du-Roy.

176 élèves d’inscrits

Mercredi, les formateurs donnaient un cours de deux heures et demie sur le clavier. Pour nous qui travaillons tous les jours sur un clavier, on sait comment ça fonctionne, c’est un outil de tous les jours. Mais quand tu ne connais pas ça, c’est tout un monde. Une dame ne savait pas qu’on pouvait déplacer le curseur au milieu d’un mot pour effacer une lettre, elle effaçait toute la phrase pour corriger une erreur.

« Une tablette possède un écran tactile. Quand vous voulez écrire une lettre avec un accent, vous pesez sur la lettre et en bougeant votre doigt vous le dirigez vers l’accent proposé, accent aigu, accent grave, accent circonflexe », explique le formateur.

Les formateurs pour les cours de base de tablette électronique, Suzie Haché et Richard Thibeault, en compagnie des participants au cours de littératie numérique.

Et j’entends des « oh », des « ah », des « je ne savais pas ça ». Une dame près de moi confie à sa voisine qu’elle a toujours écrit des messages avec des lettres sans accent, car elle ne savait pas qu’il y en avait sur le clavier. On entend aussi des « oups, j’ai tout perdu » ou « mon clavier a disparu ». Les formateurs, d’une grande patience, font le tour de la classe pour s’assurer que tout le monde est au même niveau.

Formation de base essentielle

Imaginez que tout d’un coup vous découvrez la touche luminosité sur votre clavier, ou la touche pour grossir les caractères ou que vous appreniez à sélectionner un texte et qu’on vous montre comment copier et coller un mot ? Il fallait voir leur étonnement quand ils ont découvert, sur leur clavier, le monde des émoticônes.

Je dis parfois que je me sens un peu analphabète quand je vois tout ce que les jeunes peuvent faire avec leur téléphone intelligent que j’utilise peut-être à 20 % de sa capacité. Ça vous donne une idée du niveau d’analphabétisme numérique pour quelqu’un qui n’a jamais touché à ça. « Depuis que l’internet est disponible à Lac-Bouchette, nous avons de nombreuses demandes de formation pour ce secteur », fait savoir Richard Thibeault.

Ça prend des connaissances de base pour utiliser une tablette, prendre des photos, partager des images, avoir une adresse courriel, faire des recherches sur Google ou avoir une page Facebook et savoir comment l’utiliser.

Un homme inscrit à ce cours a fait un appel FaceTime à sa fille pour la première fois la semaine dernière, une première en 60 ans. « On va leur apprendre comment payer leur facture en ligne, comment faire des achats, bref comment utiliser Internet, car de plus en plus d’entreprises de service correspondent seulement via le numérique », explique Richard Thibeault.

Il y a des besoins partout au pays

Ces cours de « tablettes pour les nuls » sont donnés par le Centre le Tracé de Saint-Félicien dans le cadre d’un programme canadien sur la littératie numérique. Présentement, 176 personnes de 60 ans et plus réparties dans 22 groupes dans les deux MRC au nord du Lac-Saint-Jean sont inscrites à une session de 12 cours de deux heures et demie à raison d’un cours par semaine. « Les cours sont gratuits et on fournit même des tablettes à ceux qui n’en ont pas », fait savoir le formateur qui a monté des groupes dans différentes municipalités.

Le Programme fédéral d’échange en matière de littératie numérique vise les aînés, les nouveaux Canadiens, les gens à faible revenu, les Autochtones et les habitants des collectivités nordiques et rurales. De nouveaux groupes seront formés l’automne prochain dans les deux MRC. « Il y a 52 projets de littératie numérique au Canada, dont sept au Québec. Montréal compte quatre projets, il y en a un à Shawinigan, un à Gaspé et un dans les deux MRC », laisse savoir Richard Thibeault.

Ce programme de littératie numérique devrait s’adresser à tous les Canadiens, car ce n’est pas seulement dans les collectivités nordiques et rurales qu’on souffre d’analphabétisme numérique. De nombreuses personnes âgées en ville auraient besoin d’une telle formation. Pour citer une phrase du programme canadien : « Il est important de soutenir ces groupes pour faire en sorte que personne n’est laissé de côté dans l’économie numérique ».