La principale menace pour des oisillons, ce sont les chats errants qui, bon an mal an, tuent plus d'un milliard d'oiseaux par année en Amérique du Nord.

Coeur sensible devant des oisillons

CHRONIQUE / Ça fait un mois que je ne peux plus utiliser mon escabeau qui est remisé dans la cabane à bois à la maison. Un couple de merles d'Amérique a construit un nid sur la dernière marche de l'escabeau et la femelle couve quatre oisillons avec un duvet clairsemé brun gris. Ils commencent à avoir des plumes.
Le nid se trouve tout près du mur extérieur et j'ai une vue privilégiée en plongée sur la pouponnière à travers le treillis. Tous les matins, avant de quitter la demeure, je jette un coup d'oeil et j'observe, plein de sensibilité, l'évolution de la couvée. Je dois vieillir, mais je trouve très émouvant de les voir, le bec grand ouvert, attendant que maman vienne les nourrir.
On habite dans le quartier des oiseaux, à Chicoutimi, un ensemble résidentiel qui compte au moins une quarantaine d'années. L'endroit porte bien son nom, non seulement en raison des noms ornithologiques des rues, mais également en raison du caractère boisé du quartier, un habitat propice pour un bon nombre d'oiseaux.
Nombreuses histoires
De nombreuses personnes ont vécu des histoires avec la faune aviaire. Les oiseaux font partie de notre quotidien et de notre environnement visuel et sonore. « Un oiseau, c'est visible, c'est bruyant, c'est coloré, ça chante, c'est donc très accessible à qui veut s'y intéresser », fait valoir Jacques Ibarzabal, Ph. D. en sciences forestières et postdoctorat au laboratoire d'écologie végétale et animale de l'UQAC. Ornithologue passionné, il est en mesure d'identifier les 230 espèces d'oiseaux qui existent dans la région et de reconnaître leur chant ou leur cri.
Je suis un peu jaloux, car à peine si je peux reconnaître le chant d'une tourterelle triste, d'une corneille ou d'un geai bleu (une corneille habillée en bleu). En entrevue, dans son bureau à l'UQAC, il m'expliquait comment réagir avec mes nouveaux voisins aviaires. Pendant notre discussion, il recevait des textos sur son téléphone et son alerte était un chant d'oiseau. Quand on dit passionné... Il a déjà réussi à observer 218 espèces d'oiseaux lors d'une seule année dans la région.
« Nous sommes tous un peu ornithologues. Si vous observez un oiseau et que vous cherchez à l'identifier, vous pratiquez une forme d'ornithologie. Il en va de même pour les gens qui installent des mangeoires sur leur terrain ou près des fenêtres de la maison », dit-il. Les commerçants vendent d'ailleurs des quantités impressionnantes de mangeoires et de graines à oiseaux chaque année, sans parler de la vente d'appareils-photo ou de lunettes d'approche directement en lien avec l'observation des oiseaux. «On aime ce que l'on connaît», philosophe l'ornithologue, qui assure que notre intérêt pour les oiseaux s'accroît à mesure que nos connaissances augmentent.
Les plus passionnés vont aller jusqu'à aménager leur terrain en croisant des arbustes et des fleurs qui vont attirer des oiseaux pour les observer. « L'arrivée des appareils-photo numériques a généré l'arrivée de plusieurs nouveaux ornithologues. Les passionnés ont fini par s'intéresser aux oiseaux, car ils peuvent voir de façon instantanée les oiseaux qu'ils ont photographiés. Ça les incite par la suite à faire des recherches pour connaître le nom de l'espèce et finir à la longue par devenir des connaisseurs de la faune aviaire », relate celui qui a autant de plaisir à identifier les oiseaux par leur chant que par l'observation visuelle.
« Récemment, nous sommes allés à la forêt Simoncouche pour faire de l'observation. Il y a 50 espèces d'oiseaux dans ce secteur et nous en avons vu une douzaine pendant la journée, mais j'en ai entendu au moins une trentaine », raconte l'observateur.
10 000 espèces
L'an dernier, lors de la journée mondiale des oiseaux, plus de 6500 espèces ont été observées à travers le monde en une seule journée, alors qu'il existe environ 10 000 espèces sur la planète.
Pour ce qui est de mes oisillons dans ma remise à bois, il m'a conseillé de ne pas les déranger.
« D'ici une semaine, ils vont choir en dehors du nid. Ils vont être en mesure de se cacher sur les branches basses des haies de cèdres, mais leur taux de survie va dépendre de l'appétit des chats errants dans votre quartier », laisse-t-il tomber.
« Les chats errants sont un véritable fléau pour les populations aviaires. Les chats tuent plus d'un milliard d'oiseaux par année en Amérique du Nord. Il y a des endroits dans le monde où le succès de reproduction de certaines espèces est de zéro en raison de la prédation associée aux chats », dénote l'ornithologue qui se dit bien triste de cette situation.
En attendant, je vais veiller sur la petite portée dans ma cabane à bois en essayant d'éloigner les chats de gouttière.