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Roger Blackburn
Le Quotidien
Roger Blackburn

#chutellementtanné

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CHRONIQUE / Lors de la conférence de presse du premier ministre François Legault, mercredi, quand il a annoncé officiellement le reconfinement et le couvre-feu, les textos, courriels et messages de mon réseau d’amis se sont vite accumulés. Une écoeurantite aiguë est en gestation. On va arriver au printemps sur les genoux...

« Je suis chanceuse, en cadeau de fête, j’ai reçu un confinement et un couvre-feu. Merci à tous pour vos meilleurs voeux ! », lance la première.

« Legault qui dit qu’on devrait revenir à la normale en décembre 2021, #chutellementtanné », ajoute un membre de la même conversation de groupe.

« Sérieusement, j’en ai pleuré. Je suis vraiment tannée », rétorque une autre amie.

Et l’autre qui partage le menu de fin d’année qui a tant circulé sur le Web : « Des tapas sur les nerfs et du foie gras à la déconfiture de Purrel comme amuse-bouche ; un plateau de l’amer non accompagné comme entrée ; un confiné de canard en distanciation avec ses nouilles de Wuhan ; un plateau de chômages, amendes et déduction balsamique avec un Baluchiant, un cheddar vieilli en quarantaine et un camenperds pas espoir ; une bûche de Noël au masque-carpone avec sa crème glacée à l’AmArruda comme dessert. »

Ce menu suggère deux vins rouges, « Château Legault » et « Les Clos Zion ». Comme vins blancs, on propose « Aweille à Maison » et « Sancerre à rien de se maquiller ». Pour les amateurs de champagne, il faut sabrer le « Chacun sa Bulle familiale » ou le « Moët & Changeons pas nos microbes ».

Cette expression faciale du personnage François Pignon, dans le film Le dîner de cons, résume bien mon état d’esprit. Je suis tellement tanné.

« Allez L’O.M., allez L’O.M. »

Nos cerveaux se ramollissent, on a réécouté quatre James Bond depuis le début de l’année et mercredi soir, on est restés collés devant la télé en pitonnant pour reréécouter Le dîner de cons et se rappeler certaines répliques. « Il est mignon monsieur Pignon, il est méchant, monsieur Brochant ! » « Allez l’O.M., allez l’O.M., allez ! » « Il a viré ma femme ! » « Ça sonne et il est content ! »

On se fait des Zoom, mais on commence à manquer de sujets de conversation, car on ne fait plus rien. Il n’y a pas assez de neige pour la raquette, la motoneige et le ski. À part marcher ou patiner, il ne reste plus grand-chose à raconter. Une fois qu’on raconte un peu ce qui se passe au travail, il ne reste plus grand-chose de palpitant à dire. C’est long... C’est plate...

On ne passera pas des heures à parler de Donald Trump et de la pandémie. C’est déjà assez déprimant comme ça ; on n’en ajoutera pas ! Ça va prendre du bon vin tantôt pour voir à la télé que les hôpitaux doivent choisir qui se fait soigner et qui se fait refouler à la porte.

On commence à être tannés de cuisiner, de ne pas voir notre monde. Et là, on ajoute un couvre-feu à 20 h. Les livreurs de repas vont sûrement apprécier de rouler dans la ville « avec personne » dans les rues.

Ce n’est pas très contraignant d’être privé de sortie entre 20 h et 5 h, mais juste le fait d’être contraint, on dirait que je me sens menacé dans ma liberté. J’ai le sentiment d’être privé de quelque chose. Enfin, l’armée n’est pas dans les rues avec des armes...

Les parents vont endurer les ados qui arrivaient à se sauver de la maison en soirée, la santé mentale va en prendre pour son rhume et on va être amochés au printemps. On se doute bien que tout ça ne sera pas fini le 11 février, qu’on va se rendre jusqu’au 11 mars en confinement, et peut-être plus....

On va se consoler en se disant que les journées commencent à rallonger, que le soleil va remonter dans le ciel, que la neige va fondre et qu’on va accepter une invitation pour un dîner de cons, dès qu’on va pouvoir.

Je suis tellement tanné...