Le chef Daniel Pachon et sa conjointe Carole Tremblay accueillent les clients dans leur restaurant.

Ceux qui ne fêtent pas

CHRONIQUE / La Saint-Valentin, fête commerciale pour faire vendre des fleurs, du chocolat et remplir les salles à manger des restaurants tout comme à la fête des Mères. J’ai toujours eu un peu de difficulté avec ces fêtes de la consommation. Enfin, le souper au restaurant demeure une bonne option pour s’offrir un petit deux heures d’intimité, les yeux dans les yeux, loin des enfants, des tâches ménagères, devant un bon repas qu’on n’a pas eu besoin de préparer.

On connaît les plaisirs d’un souper en amoureux, mais je me suis demandé comment ça pouvait se passer chez les couples qui ne fêtent pas la Saint-Valentin, ces couples qui passent la soirée à servir les amoureux à leur table ?

Quand je suis arrivée à l’Auberge Villa Pachon, à Jonquière, le chef Daniel Pachon et sa conjointe Carole Tremblay, qui sont amoureux depuis 49 ans, étaient en train de souffler des cœurs en ballon et des petits Cupidons prêts à lancer ses flèches et à planter son aiguillon dans le cœur des amoureux qui peut-être se bécoteront « sur ces bancs publics ».

Brassens a aussi chanté, dans la Chasse aux papillons : « Quand il se fît tendre, elle lui dit je présage, que ce n’est pas dans les plies de mon cotillon, ni dans l’échancrure de mon corsage, qu’on va à la chasse aux papillons. Sur sa bouche en feu qui criait soi sage, il posa sa bouche en guise de bâillon, et c’fut le plus charmant des remu’-ménage, qu’on ait vu d’mémoir’ de papillon. » Pas sûr qu’aujourd’hui, poser sa bouche en guise de bâillon soit la bonne affaire à faire, mais enfin l’amour aussi a son histoire.

De mémoire, le couple de la Villa Pachon n’a jamais fêté la Saint-Valentin le 14 février. « On la fêtait, mais soit la veille ou soit le lendemain », dit-il en riant avec son bel accent du sud de la France qu’il a conservé après ces 49 années passées au Saguenay.

Pendant toutes ces années passées ensemble, M. Pachon et sa dame ont servi les amoureux les soirs de la Saint-Valentin. « Il y en a qui se donnent la peine, souligne Carole Tremblay. Je me souviens de cet homme qui était venu trois jours à l’avance pour nous remettre la bague de fiançailles que je devais servir au dessert. Il avait choisi une chanson qui leur plaisait et qui devait jouer avant que j’arrive avec la bague à la table. Il s’était mis à genou pour lui faire la grande demande », se rappelle celle qu’on appelle très souvent encore Mme Pachon.

« Les amoureux viennent en couple. Évidemment, ça divise par deux notre capacité d’accueil, car les couples s’installent à des tables pour quatre personnes. Mais c’est bien ainsi, ça laisse plus de place et on ne renouvelle pas nos tables pour un deuxième service, les amoureux peuvent étirer leur soirée », fait valoir le chef.

« Le service est plus lent pour la soirée de la Saint-Valentin. Nous faisons jouer de la musique de circonstances et les jeunes, qui sont généralement pressés, prennent plus leur temps et profitent de ce moment », a constaté Carole Tremblay.

Daniel Pachon est une autre belle histoire d’immigrant qui a passé sa vie au Saguenay. Il a quitté la France en 1969 pour venir rejoindre son frère qui s’était installé à Montréal lors de l’Expo 67. C’est le chef du Manoir du Saguenay de l’époque, un Suisse d’origine, qui a recruté Pachon et le chef originaire de Carcassonne y a travaillé pendant 15 ans. Par la suite, Daniel Pachon a été chef à l’Hôtel Chicoutimi, à l’hôtel Le Roussillon, à son restaurant de la rue Racine à Chicoutimi pour ensuite passer les 20 dernières années à la Villa Pachon de Jonquière.

Ça fait 49 ans que le couple se fréquente et les amoureux célébreront leur 47e anniversaire de mariage cette année. Alors ceux qui ont choisi l’un des plus anciens couples de la restauration pour fêter la Saint-Valentin pourront profiter d’un tataki de thon rouge ou d’une escalope de foie gras poêlé aux pommes caramélisées et cidre de glace en entrée. Le plat principal sera le médaillon de cerf, sauce caramélisée au vinaigre balsamique et petits fruits sauvages, ou le filet de bœuf, sauce madère. Le potage et le dessert seront de circonstance. Ça donne le goût d’être amoureux.