Roger Blackburn
Le Quotidien
Roger Blackburn

C'est comme l'hiver, il faut faire avec!

CHRONIQUE / Le masque, le calvaire de masque. On va finir par s’habituer, mais c’est drôlement emmerdant. Je l’oublie encore, d’ailleurs. Ce n’est pas encore un automatisme. Des fois, j’entre au dépanneur pour payer l’essence et je dois retourner dans l’auto pour l’enfiler. Évidemment, comme bien des gens, je laisse traîner des masques dans l’auto, sur le comptoir de la cuisine, dans les poches de mes pantalons et partout où je le peux.

Une proche me faisait remarquer récemment que la COVID-19, c’est comme l’hiver. Il faut faire avec.

« L’hiver, on porte des manteaux, des gants, des mitaines, une tuque, un foulard, des bottes doublées. On installe des pneus d’hiver sur nos autos, on chauffe nos maisons, on déneige les rues et les entrées. Bref, on fait avec. »

C’est pareil avec la COVID-19. On va devoir faire avec. Il faut porter un masque, se laver les mains, parler aux employés des commerces derrière des plexiglas, se tenir à distance et se confiner si on revient de voyage.

Des gens ont organisé une manifestation contre le port du masque obligatoire, le 22 août, à la Place du Citoyen de Chicoutimi.

À l’époque, j’étais contre le port de la ceinture dans les automobiles. Maintenant, je m’attache tout le temps. Même chose pour le casque de vélo ou le casque de ski. Je les porte tous les deux.

On finit par comprendre. C’est comme le port de lunettes de sécurité, aussi. Et ce sera la même chose pour le masque. On va finir par comprendre.

Des impacts emmerdants

Les maudits masques ne sont pas sans impacts. On se prive d’un élément de communication, la bouche, avec son importance dans les expressions faciales. Il ne nous reste que les yeux. On l’a rapidement constaté, dès l’ouverture des restaurants. Là, on s’est vraiment rendu compte que la communication était devenue plus difficile.

Souvent, dans le brouhaha d’une salle à manger, on comprenait ce que le serveur nous demandait en lisant sur ses lèvres. L’autre jour, un client a dû s’y prendre par trois fois pour comprendre que la serveuse lui demandait s’il voulait du ketchup. Elle a dû baisser son masque pour se faire comprendre.

C’est facile pour un serveur de savoir que son client veut du sel, même du fond de la salle à manger, sans crier, simplement en lisant sur les lèvres du client le mot « sel », qu’il accompagne parfois avec la gestuelle de saler son plat.

Avec le sapristi de masque, il faut parler plus fort pour se faire comprendre. Imaginez la détresse des personnes malentendantes, de celles qui sont dures de la feuille.

Disparition des sourires

Le masque nous prive aussi du sourire des gens que l’on croise, et ce n’est pas banal dans nos rapports avec les autres. Un sourire, ça nous embellit, ça nous rend heureux quand on en voit un, quand on en fait un.

L’expression du visage derrière un masque est presque impossible à lire.

Comment savoir si quelqu’un exprime du bonheur, de la tristesse, de la peur, de la colère, de la surprise ou du dégoût, simplement en regardant ses yeux ?

Nous avons tous l’air de zombies quand on se croise à l’épicerie ou dans un grand magasin et nous avons de la difficulté à nous reconnaître. Aussi, nous avons appris à savoir ce que l’on veut quand on entre dans un commerce, car le port du masque n’est pas très agréable et reste incommodant.

Nous n’avons pas le goût de flâner dans les allées pendant qu’on a de la brume dans nos lunettes et qu’une moustache de transpiration s’installe en haut de notre lèvre supérieure.

Et cela, c’est sans parler du fait que les élastiques nous irritent derrière les oreilles.

On le déteste, mais on le porte pareil

C’est une triste période, pour tous les sourires dont nous sommes privés à cause du port du masque. Oui, je déteste porter un masque, mais je le porte pareil. Je suis docile, vous direz. Sûrement, mais ça fait partie du vivre ensemble.

Ce n’est pas encore un réflexe, mais dorénavant, quand je sors de la maison, je m’assure d’avoir mon cellulaire, mon porte-feuille, mes clés d’auto... et mon masque.

Le langage des yeux et la gestuelle ne suffiront pas à remplacer un sourire d’enfant lors de la rentrée scolaire.

Si ça vous tente de rassurer vos enfants, qui devront porter le masque en classe, vous pouvez toujours regarder avec eux le livre virtuel Les yeux qui parlent, de Manon Berthod, éducatrice de la petite enfance, et Solène Laferrière, illustratrice . Vous allez constater que les yeux expriment beaucoup de sentiments, mais que sans la bouche, ce n’est pas évident.

La communication sera très difficile dans les corridors d’école à la rentrée. Non, le langage des yeux et la gestuelle ne suffiront pas à remplacer un sourire. Jamais.