Les résidants, des bénévoles et le personnel de la maison d’hébergement l’Abord’âge de Chicoutimi ont réalisé des paniers de Noël pour quatre familles du quartier.

Ces entrevues qui font du bien

CHRONIQUE / Quand je suis entré dans la maison L’Abord’Âge du Centre le Phare, sur la rue Morin à Chicoutimi, il y avait une douzaine de boîtes de Noël sur le plancher destinées à quatre familles du quartier. Autour des boîtes dans la maison il y avait les huit locataires souffrant de maladies mentales qui vivent ensemble sous la supervision de travailleuses sociales.

Ces huit personnes de 55 ans et plus vivent ensemble comme une famille et sont prises en charge par le Centre le Phare de La Baie, un organisme à but non lucratif. « Ça fait 30 ans que j’entends des voix dans ma tête », me dit l’homme assis près de moi à la table de cuisine, alors que je bavarde avec la responsable de l’hébergement, Louise Dufour, qui dirige la maison depuis 10 ans.

Depuis un mois, les colocataires de cette maison d’hébergement ramassent des biens avec l’aide du personnel et leur famille pour remplir quatre gros paniers de Noël. « C’est pour rendre cette période un peu plus gaie. Durant un mois, la préparation de ces quatre paniers nous occupe l’esprit et permet de donner un autre sens à Noël pour les résidants de la maison » fait valoir Louise Dufour.

Vivre normalement malgré tout

Parce que ces gens, même s’ils souffrent de maladie mentale, doivent essayer de vivre leur vie normalement et se trouver des occupations même s’ils ne travaillent pas. Certains d’entre eux reçoivent la visite des membres de leur famille, sortent librement pour faire des courses, quand l’état de leur santé leur permet, et tous participent à l’organisation de la vie quotidienne de la maison d’hébergement.

Anne-Marie Côté, stagiaire en éducation spécialisée, procède au chargement des paniers de Noël gracieusement livrés par la firme Urgence COlis Cargo.

Sur le mur près de la cuisine, il y a un horaire, avec les noms des pensionnaires, qui indique qui doit faire la vaisselle durant la semaine. Ils organisent leur vie comme ils peuvent et trouvent des activités à organiser. La force des organismes sociaux est incroyable et Louise Dufour dirige cette maison quotidiennement depuis 10 ans et fait partie de la vie de ces gens, c’est leur ange gardien.

« Je suis ici du lundi au vendredi, de 8 à 4. Le soir, il y a une autre intervenante et nous avons un gardien de nuit pour veiller sur les résidants sept jours sur sept », explique Louise Dufour le plus normalement du monde, comme si cela allait de soi.

Le Phare est un organisme à but non lucratif qui offre 21 lits d’hébergement dans deux maisons pour accueillir les personnes de 55 ans et plus souffrant de maladie mentale. Ce n’est pas l’État qui prend soin d’eux, c’est un organisme avec des travailleurs sociaux qui s’en occupent, des âmes généreuses qui donnent du sens à l’expression « tout autres tâches connexes » dans leur description d’emploi.

Même si les pensionnaires de la maison sont autonomes la plupart du temps, c’est le personnel aidant qui voit à l’hygiène, à la prise de médicaments, à la salubrité des lieux et qui agit comme intervenant social.

Les perceptions ont changé

« Les perceptions face à la maladie mentale ont beaucoup changé avec les années », évoque Louise Dufour, qui compte plus de 25 années d’intervention dans le domaine. « C’est beaucoup moins tabou qu’auparavant, nous avons plus de connaissances et c’est mieux accepté socialement. Il y a plus d’ouverture de la part de la société, c’est plus facile d’en parler et de comprendre ce qui se passe dans leur tête », fait valoir la travailleuse sociale.

Il y a trois ans, les colocataires de la maison L’Abord’âge se sont réunis autour de la table de cuisine avec la responsable de l’hébergement pour trouver une façon de rendre l’attente de Noël moins nostalgique et moins triste. « Plusieurs idées sont émergées, mais c’est l’idée de faire des paniers de Noël qui a été retenue. Le projet s’appelle “‘Bordée de sens”’ et c’est le Centre des enfants qui choisit les familles qu’on va aider à Noël. Cette année, 12 enfants vont profiter de l’initiative des résidants de la maison d’hébergement. Les commerces du coin et le conseiller Simon-Olivier Côté se sont impliqués pour garnir les paniers de Noël en fonction des besoins des enfants », raconte Louise Dufour. L’entreprise Urgence colis Cargo a offert ses services pour livrer les paniers de Noël. Le temps des Fêtes est souvent l’occasion de rencontrer la générosité et d’avoir une conversation avec la bienveillance. J’ai été ému par les travailleuses sociales de la maison L’Abord’âge qui offre un milieu de vie agréable et sécuritaire ; le genre d’entrevue qui fait du bien à l’âme, de savoir que des gens bien intentionnés prennent soin des gens qui en ont besoin.