Roger Blackburn

Ce qui devrait rester

CHRONIQUE / On l’entend sur toutes les tribunes depuis quelques semaines : il y aura un avant et un après COVID-19. Il paraît qu’il y a des choses qui vont changer, il paraît qu’il y a des choses qu’on ne faisait pas avant et qu’on fera dorénavant. Il y a effectivement bien des changements qui devraient demeurer pour un meilleur vivre-ensemble.

J’aimerais bien que les épiceries restent fermées le dimanche. Je me rappelle d’une époque où les affaires étaient plus faciles pour les dépanneurs quand les supermarchés n’étaient pas ouverts le dimanche et seulement les jeudis et vendredis soir. Je me souviens d’avoir acheté une pinte de lait 0,50 $ plus cher qu’à l’épicerie pour me dépanner un dimanche matin. C’était l’époque où les dépanneurs servaient à dépanner.

Quand les épiceries ont commencé à fermer à 22 h le soir, les dépanneurs ont perdu une bonne part de marché au profit des grands supermarchés. Donc, les épiceries devraient demeurer fermées le dimanche et revoir peut-être leurs heures d’ouverture, ce qui ne serait pas mauvais dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre.

Travail à distance

Le travail à distance est un concept qui devrait rester et qui devrait continuer d’évoluer.

Depuis quelques semaines, des consultations en matière de soins de santé se font à distance par le biais de visioconférence, et ça fonctionne très bien.

Je comprends qu’on ne peut pas faire une biopsie par téléphone, mais nous pouvons très bien régler de petits problèmes de santé ou de suivi sans que les gens aient à se déplacer dans le bureau d’un médecin. Tout ce qu’on fait depuis trois semaines en termes de consultation médicale devrait continuer à se faire.

Les gens n’auraient pas besoin de prendre congé pour aller rencontrer un médecin pour renouveler une prescription, par exemple.

Tous ces rituels qui sont les nôtres, comme partir à la course le matin avec les enfants pour l’école, le café à la commande à l’auto, le déplacement en voiture pour se rendre au travail et le rassemblement dans un même lieu pour accomplir un travail ; eh bien, tout ça devrait être remis en question.

Une autre nouvelle façon de faire que nous avons adoptée en trois semaines, ce sont les appels FaceTime avec les amis et la famille. Ça fait du bien de se voir la face, chacun dans sa maison, pour un petit rassemblement virtuel de 15 à 30 minutes. Ça conserve et renforce les liens. Les amis que nous avons présentement sont précieux, car les gens de plus de 60 ans que je connais me disent qu’on ne se fait pas beaucoup de nouveaux amis une fois à la retraite.

L’achat local

Bon ça, l’achat local, ça va probablement prendre une loi ou des mesures gouvernementales pour qu’on achète et produise ici. L’exemple des masques dans le cas de cette pandémie démontre à quel point on se met à risque quand on achète du « made in China ».

Un de mes amis travaille dans un cégep et me jure qu’il est obligé d’acheter les produits les moins chers. Sinon, il se fait accuser de gaspiller l’argent public. « Si j’ai besoin d’acheter des masques, par exemple, pour un programme de soins infirmiers, je dois acheter en Chine s’ils sont moins coûteux que des masques fabriqués au Québec », dit-il.

Je pense que tout ce qui est gouvernemental – santé, éducation, fonction publique, etc. – devrait adopter une politique d’achat local pour les besoins de fonctionnement. Il y a des limites à tout faire fabriquer en Chine pour sauver quelques dollars.

Dans la région, parfois, on pogne les nerfs quand une entreprise de restauration rapide n’achète pas de lait de nos laiteries régionales ; eh bien, on devrait avoir les mêmes réflexes pour d’autres produits.

Autonomie alimentaire

Le Québec devra travailler à se développer une forme d’indépendance alimentaire. On devrait songer à fournir de l’électricité à très bas prix pour développer la culture en serre de légumes l’hiver.

Pour les oranges et les bananes, je comprends que l’on doit importer, mais on devrait être capables de produire des légumes « made in Quebec » à longueur d’année.

Ah oui, pis les bateaux de croisière de 5000 passagers qui débarquent à Venise, ça ne devrait plus exister, ça non plus. Les gens qui voyagent disent souvent à la blague ou en dérision qu’en Italie, c’est beau, mais que le problème, c’est qu’il y a des Italiens.

Peut-être que si vous vous faisiez envahir par des millions de touristes chaque année, vous seriez tannés du monde.