Le brise-glace Pierre Radisson sur le fjord du Saguenay ouvre un tracé de navigation afin d’assurer la circulation des vraquiers aux installations portuaires de Rio Tinto, à La Baie, et au quai de Grande-Anse. On le voit ici en action dans le fjord, à la hauteur de L’Anse-Saint-Jean.

Casser la glace sur le Saguenay

Le chroniqueur Roger Blackburn et le photographe Michel Tremblay du Quotidien sont montés à bord du brise-glace Pierre Radisson, de la Garde côtière canadienne, lundi, pour assister aux préparations des manoeuvres de déglaçage du fjord du Saguenay, lesquelles visent à faciliter la navigation des navires marchands. Vol de reconnaissance en hélicoptère et manoeuvres pour escorter un vraquier étaient au menu pour cette journée.

CHRONIQUE / Le brise-glace Pierre Radisson, de la Garde côtière canadienne, attend un vent d’ouest pour libérer le Saguenay de ses glaces afin de faciliter la navigation commerciale. « Sur le fjord, ce n’est pas compliqué : c’est du vent d’est ou du vent d’ouest. Avec un vent d’est, les glaces demeurent dans le fjord et se font pousser en amont. La météo annonce des vents d’ouest pour le mercredi 11 mars, c’est à ce moment que nous allons commencer à casser le Saguenay », explique le commandant Stéphane Julien, que j’ai rencontré à bord du navire, lundi dernier, alors qu’il se préparait, avec son équipage, à libérer le passage.

La journée a commencé par une inspection des glaces à bord de l’hélicoptère 429 de la Garde côtière, en compagnie du pilote Claude Dion. L’hélicoptère, stationné dans un hangar amovible, fait partie des équipements du navire. Il est à la disposition du commandant pour faire l’inspection des glaces et vérifier s’il y a encore des cabanes à pêche avant de procéder au grand déglaçage.

Ça fait 40 ans que le commandant Julien tient le cap sur des navires de la Garde côtière canadienne. Il en a vu de toutes sortes pendant sa carrière, qui l’a mené sur les océans, les Grands Lacs, le fleuve, le fjord et dans l’Arctique. « Le lac Supérieur est un bon indicateur de la rigueur de l’hiver », dit-il, en déroulant des cartes maritimes sur la console de navigation dans la timonerie.

Des opérations importantes

« En 2014, le lac Supérieur avait une épaisseur de glace de 40 cm et nous avons dû intervenir pour libérer le passage. Cette année, le lac est presque à l’eau libre », montre-t-il sur la carte.

Cette photo du brise-glace Pierre Radisson, en train d’ouvrir une voie de navigation à travers la glace sur le Saguenay, a été prise à partir de l’hélicoptèree 429 lors d’un vol d’inspection des glaces sur le fjord du Saguenay.

Cet hiver, l’épaisseur de la glace dans la baie des Ha ! Ha ! est estimée entre 45 cm et 65 cm. « Avec des vents favorables, ça devrait nécessiter sept jours de navigation pour libérer le fjord de ses glaces. Nous allons commencer dans la partie du fjord à l’eau libre pour remonter et libérer les secteurs de L’Anse-Saint-Jean, Rivière-Éternité et la baie des Ha ! Ha ! », explique celui qui a été le premier capitaine du brise-glace de recherche NGCC Amundsen.

« L’important, c’est de ne pas laisser partir de grosses plaques de glace, pour éviter qu’elles se fixent ensemble à la rive et pour donner une chance au traversier de Tadoussac, qui ne veut pas avoir à négocier avec de grosses plaques de glace pendant ses opérations. On fait le nécessaire aussi pour décoller toutes les plaques de glace sur les rives pour éviter que des pêcheurs s’aventurent sur une banquise restante et qu’ils dérivent à la marée montante », fait savoir le commandant d’expérience.

Cette photo du brise-glace Pierre Radisson en action sur le Saguenay a été prise à partir de l’hélicoptèree 429 lors d’un vol d’inspection des glaces sur le fjord du Saguenay.

Collaboration entre pêcheurs et Garde côtière

Pour ce qui est des cabanes à pêche sur les glaces pendant les activités commerciales de navigation, le capitaine Julien n’y voit pas de problème. « Les zones de pêche sont à environ un kilomètre de la trace de navigation que nous déglaçons pour le passage des bateaux durant l’hiver », dit-il.

La proue du brise-glace Pierre Radisson vue de la timonerie, où s’exécutent les commandes de navigation. Des images à couper le souffle en plein coeur du fjord du Saguenay.

Évidemment, il y a toujours des pêcheurs téméraires qui s’approchent du brise-glace. « Il y avait des pêcheurs à moins de 100 pieds de notre couloir de navigation cet hiver. On a fait sonner le klaxon pour les avertir de s’éloigner, mais ils nous envoyaient la main, pour nous saluer, raconte le navigateur, en plaçant sa main sur sa tête en signe de découragement. Il a fallu appeler la police pour les ramener à l’ordre. »

En plus de procéder aux activités de déglaçage, le Pierre Radisson peut aussi être appelé à fournir des services d’escorte de navire dans les voies maritimes.

Sur le franc-bord de la coque avant du Pierre Radisson, la glace se fracasse et se morcelle sous le passage du brise-glace pour faciliter la navigation sur le fjord du Saguenay.

Lundi soir dernier, le commandant Julien et son équipage ont dû travailler tard dans la soirée pour ouvrir la voie à un bateau industriel qui était accosté dans les installations portuaires de Rio Tinto à La Baie.

Cette photo prise à bord de l’hélicoptère 429 de la Garde côtière canadienne montre le brise-glace Pierre Radisson qui ouvre la trace de navigation en plein centre du fjord du Saguenay, en préparation de l’opération déglaçage qui a commencé mercredi et qui devrait se terminer en début de semaine.

La vie à bord

Le Pierre Radisson comptait 41 membres d’équipage à bord lors de notre visite, lundi. « Nos opérations se divisent en trois sections : l’équipe de navigation, l’équipe de mécanique et l’équipe de la logistique, en plus du pilote d’hélicoptère », fait savoir le commandant de bord, Stéphane Julien. Le minimum pour les opérations est de 33 membres d’équipage, mais le navire compte 78 lits avec l’infirmerie.

« C’est comme une grande famille sur le navire. Nos missions durent 26 jours, sept jours sur sept, à bord du bateau, pour ensuite avoir 26 jours de congé. Quand on part en Arctique l’été, la mission est de 47 jours », fait savoir le marin de 57 ans.

Pour le confort de l’équipage, il y a tous les services et tous les corps de métiers à bord. Le bateau compte une quarantaine de cabines, une salle à manger, des cuisines, une salle de conditionnement physique, une salle de détente, une salle pour la télévision et le cinéma, et des ordinateurs. « Moi, j’ai connu l’époque sans Internet, sans FaceTime et sans communication, les longues missions sont plus faciles aujourd’hui », estime le navigateur.

« Les marins généralement sont des gens de même tempérament, qui aiment l’eau, la vie de groupe et le travail en équipe. Sur un navire, les tâches de chacun peuvent avoir une influence sur le travail de l’autre, et ce, dans tous les genres de tâches accomplies à bord », constate Stéphane Julien, qui laisse tout l’espace possible de travail à son équipe.

Une routine unique

Le 1er lieutenant Simon Girard-Larouche, de Jonquière, témoigne de ce genre de vie. « J’ai toujours fait de la voile avec mon père sur le lac Saint-Jean et sur le Saguenay. J’aime bien les missions de 28 jours. Je ne suis pas du genre à faire du 9 h à 17 h au travail. La vie maritime me permet de casser cette routine », exprime le marin de 27 ans, qui a déjà réalisé quatre expéditions dans l’Arctique depuis la fin de sa formation, en 2015, au Collège de formation de la Garde côtière canadienne. 

« Ça nous permet de voir le monde différemment et de profiter de paysages extraordinaires », ajoute-t-il.

S’amarrer au quai des croisières

L’équipage vit comme une famille à bord du bateau, mais l’amarrage au port de Grande-Anse est une expérience malheureuse comme les pierres pour les membres de l’équipage. Le personnel du bateau n’a nulle part où aller une fois accosté au quai industriel. « Ça fait du bien de sortir du bateau pour aller marcher sur terre, fait valoir Julie Gagnon, responsable de la logistique à bord du Pierre Radisson. Si on veut aller en ville après une journée de travail, il faut prendre un taxi. Sinon, on sort marcher pour se rendre en haut de la côte d’accès du quai de Grande-Anse. »

« Nous avons eu des discussions avec Port de Saguenay pour s’amarrer au quai de croisière dans la baie des Ha ! Ha ! . Ce serait beaucoup plus agréable comme environnement. Les lumières de la ville, la possibilité d’aller marcher près du pavillon du quai de croisière et celle d’aller simplement faire des courses représentent des activités intéressantes pour ceux qui vivent sur un bateau. Le Pierre Radisson est un navire qui a fière allure et qui occuperait une belle place dans le décor du quai. Avec la collaboration de la Ville de Saguenay et de Port de Saguenay, nous pourrions même organiser des journées portes ouvertes pour faire connaître notre travail et faire visiter le bateau », argumente le commandant, qui aimerait bien accoster son navire à bon port.

« Ce serait une relation gagnant-gagnant avec la Ville. On pourrait même recevoir des visites d’élèves à bord en collaboration avec les écoles. Ça pourrait peut-être semer des graines dans la tête des enfants qui rêvent d’une carrière dans la marine », explique le commandant, qui doit faire face, comme dans bien d’autres domaines, à une pénurie de main-d’oeuvre.

Le capitaine du Pierre Radisson a déjà estimé sa trajectoire pour s’amarrer au quai de croisière sans déranger ou affecter le village de pêche dans le secteur de l’Anse-à-Benjamin. La mairesse de Saguenay et les élus de l’arrondissement de La Baie devraient songer à faire une place au brise-glace au quai de croisière. Ça mettrait encore plus de vie dans le secteur.

Le commandant du brise-glace Pierre Radisson, Stéphane Julien, a mis à contribution ses 40 années d’expérience pour manoeuvrer près d’un vraquier, aux installations portuaires de Rio Tinto à La Baie, pour briser la glace autour du navire de marchandises afin de l’escorter dans le fjord du Saguenay.