Roger Blackburn
Ce n’est pas demain la veille que l’on verra une foule aussi massive que sur cette photo prise le 1er août 2019, à l’occasion du spectacle du groupe The Mavericks, au Festival international des Rythmes du Monde.
Ce n’est pas demain la veille que l’on verra une foule aussi massive que sur cette photo prise le 1er août 2019, à l’occasion du spectacle du groupe The Mavericks, au Festival international des Rythmes du Monde.

Ça va faire du bien

CHRONIQUE / On avait hâte « en p’tit Jésus de plâtre » de se regrouper. Aussitôt que la vice-première ministre, Geneviève Guilbeault, a annoncé la possibilité pour les rassemblements de trois résidences avec un maximum de dix personnes, le téléphone a sonné. On avait des rassemblements prévus le vendredi, le samedi et le dimanche.

Ça va faire du bien ! On avait envie de se voir autrement que dans l’entrée d’auto et à travers le cadre de porte. On avait hâte de se retrouver en gang, de se couper la parole et de s’entendre rire sans que le son soit coupé sur l’écran d’ordinateur ou que l’image disparaisse.

On a des choses à fêter depuis deux mois : des anniversaires, des mariages, des retraites et des moments importants qu’on a laissés filer à cause de ce virus qui nous restreint dans nos habitudes de vie.

Dans les règles de l’art

Nous sommes de nature grégaire pour la plupart d’entre nous et ça commençait à nous manquer. Le docteur Horacio Arruda l’a souligné lors d’un point de presse : des sondages indiquent que les gens avaient déjà commencé à se voisiner et à se rencontrer.

Quand c’est rendu que des familles se font des câlins à travers une bâche de plastique, ça démontre à quel point nous sommes en souffrance.

N’allez pas croire qu’on a prévu de se rassembler autour d’une table pour un bon repas. Ce n’est pas l’envie qui manque, mais on n’est pas rendus là. On a prévu des 5 à 7 avec des petites bouchées commandées chez un traiteur, qui les prépare avec un masque et des mesures d’hygiène.

Les amis apportent leur bouteille de vin et leur coupe, qu’ils rapportent. Les gens se servent avec distanciation dans des assiettes jetables, sans manipulation d’ustensiles. Au moment où j’écris ces lignes, en un beau jeudi ensoleillé, nous avons l’intention de le faire dans les règles de l’art.

Ouverture des chalets

Le fait que la Santé publique lâche un peu de leste arrive à point avec l’ouverture des chalets, alors que les gens pourront rassembler leur famille autour d’un feu en sirotant une bière en fin de soirée.

D’habitude, quand on ouvre les chalets de villégiature, au printemps, les enfants de nos voisins et nos amis arrivent en courant pour nous sauter dans les bras et dire bonjour. Nous sommes contents de nous retrouver. Les voisins de chalet d’été ne se voient pas beaucoup l’hiver, un peu comme sur les terrains de camping. C’est donc toujours un bonheur de se revoir, de flatter la tête des enfants qui ont encore grandi pendant l’hiver et de se faire des câlins pour célébrer le retour du temps doux.

On va devoir se retrouver à distance, ce printemps, pas d’étreinte, avec ce beau grand « Saluuuuut ! Comment ça vaaaaaa ? C’est donc bien plaisant de se revoir ! » On va se faire des beaux saluts de la main à deux mètres de distance.

Un été sans...

En principe, on ne pourra pas jouer aux cartes, on ne pourra pas souper entre amis autour de la même table et on ne pourra pas s’asseoir à trois biens collés sur la balançoire autour du feu.

On ne pourra pas monter quatre personnes de familles différentes à bord d’un véhicule pour aller cueillir des fraises biologiques dans les champs.

Si quatre amis veulent aller jouer au golf, il va falloir se rendre au terrain avec quatre voitures différentes.

Les gens ne pourront pas se regrouper dans un bateau pour faire de la promenade de plaisance.

Ça va être un été bizarre, sans festivals et sans spectacles. J’ai une pensée ici pour mon ami Robert Hakim, promoteur du Festival international des Rythmes du Monde et du Festival des Bières du Monde, et son équipe, dont le travail est d’organiser des rassemblements.

Ce sera aussi un été sans Festival du cowboy, sans Traversée, sans Festival des vins, sans événements sportifs, sans spectacles musicaux, sans Fabuleuse, sans bateaux de croisière, sans soupers entre amis. Y a besoin de faire beaux, parce que ça va être long longtemps.

Et le pire dans tout ça, c’est qu’il faut retenir le commentaire du premier ministre François Legault dans son analogie avec le hockey : « Ce n’est pas le temps de poigner une punition niaiseuse, en fin de troisième période, qui va nous faire perdre le match. »

On va devoir s’habituer à la distanciation physique pour un bout de temps et développer le réflexe de porter un masque dans les lieux publics.