La propriétaire du restaurant Persil et Cacao Danielle Audet, à droite sur la photo, pose en compagnie de la serveuse Audrey Gagnon avec une assiette de brunch. Des fournisseurs, les employés et des bénévoles ont reçu des personnes dans le besoin à quelques jours de Noël.

Ça sentait la générosité

CHRONIQUE / La générosité sentait plus fort que le bacon, lundi matin, dans le restaurant Persil et Cacao de la rue Roussel, à Chicoutimi-Nord, campé en plein cœur du centre-ville sur l’autre rive du Saguenay. La propriétaire, Danielle Audet, avait ouvert ses portes en avant-midi pour offrir le petit-déjeuner gratuit aux personnes dans le besoin.

La salle à manger était pleine quand je suis entré peu avant midi. Je reconnaissais, attablés devant un bon repas, des habitués de la Soupe populaire et des responsables de la Maison d’accueil pour sans-abri de Chicoutimi. Debout à travers eux, Danielle Audet se frayait un chemin entre les tables avec des assiettes bien garnies entre les mains.

Fournisseurs généreux

« On leur offre l’assiette de brunch avec un œuf, une gaufre, de la tourtière (pas un pâté à la viande, précise-t-elle), du jambon, du bacon, des patates, des toasts, des tranches de tomate, de la salade et des fruits », défile la propriétaire qui a pris quelques minutes pour me jaser, entre deux services.

« Je pensais accueillir 20 personnes à mes frais, mais quand j’ai lancé l’idée, tout le monde a contribué. Ma serveuse Audrey a proposé de ramasser des dons, les fournisseurs ont offert du lait, du pain et divers produits pour finalement offrir le déjeuner à plus de 60 personnes », raconte la restauratrice.

« Les gens d’ici nous ont aidés à poser ce geste de générosité et je me fais un devoir moi aussi d’encourager les gens d’ici. On achète le lait de la Laiterie de La Baie, du Pain Roger de la boulangerie de Saint-Fulgence, des gaufres des Mômes du fjord et du fromage Boivin. On essaie d’être le plus local possible », fait valoir la généreuse restauratrice.

Propriétaire accueillante

Le resto Persil et Cacao est installé sur la rue Roussel depuis à peine un an. Meublé avec une dizaine de tables de cuisine et des chaises disparates, l’endroit sans prétention se veut très accueillant. « J’ai acheté ces tables une à une pendant un an, tout comme les chaises que j’ai choisies une à une. Je suis tellement contente d’avoir pignon sur rue sur une artère principale, ici c’est vivant et l’été on ouvre les portes, c’est extraordinaire », dit-elle.

C’est vrai que la rue Roussel en bas de la côte, à Chicoutimi-Nord, est un beau secteur commercial avec des petits restaurants, bijouteries, boulangeries et divers commerces, dont une SAQ et un marché d’alimentation. Il s’agit d’un des plus anciens milieux de vie de Saguenay. L’historienne Russel-Aurore me rappelle souvent que cet endroit était occupé par de belles terres agricoles, au début de la colonisation.

D’infirmière à restauratrice

Danielle Audet a passé une bonne partie de sa vie dans la restauration. Elle a été infirmière auxiliaire de 2005 à 2015 avant d’ouvrir son restaurant au sous-sol de l’édifice Place du Fjord, sur le boulevard Talbot à Chicoutimi, pour une période de deux ans. « C’était un restaurant pour la clientèle de la bâtisse. J’ai essayé de convaincre une clientèle extérieure, mais un restaurant dans un sous-sol, ce n’est pas très attrayant. Quand j’ai vu que les locaux de la Confiturerie Mme Ethel étaient disponibles sur la rue Roussel, j’ai sauté sur l’occasion », raconte la jeune femme d’affaires.

Gènes généreux

La restauratrice de la rue Roussel a grandi avec le gène généreux, comme dirait le conteur Fred Pellerin. « Je me rappelle avoir aidé une maman de Laterrière quand j’étais à la Place du Fjord. Elle avait signalé sur Facebook qu’elle était enceinte et qu’elle manquait de nourriture. Elle ne pouvait pas se déplacer, alors je lui ai livré des repas toute la semaine », raconte celle qui trouve que c’est plus facile d’avoir pignon sur rue. Danielle Audet assure également que tous les restes de nourriture de son restaurant sont acheminés à la Soupe populaire. « On s’assure de ne pas faire de gaspillage alimentaire », dit-elle.

Cadeaux pour emporter

La générosité de Danielle Audet va encore plus loin qu’offrir le déjeuner, elle s’est assuré que ses clients de la matinée repartent avec un cadeau de Noël et un sac de provisions. « Pouvez-vous l’écrire que ce n’est pas seulement moi qui ai fait ça ? J’ai une dizaine d’employés et des clients bénévoles qui se sont impliqués dans la démarche. Nous avons acheté des cadeaux, nous les avons emballés et on s’assure que chacun puisse partir avec », met en relief la restauratrice qui dit avoir grandi dans la bonté et la générosité.

À l’an prochain

Ravie de cette première expérience, contente de voir le sourire des gens à table, la propriétaire souhaite répéter l’expérience l’an prochain.

« On se dit même que ce n’est pas juste à Noël que les gens sont dans le besoin. Nous sommes habituellement fermés le lundi et c’est possible qu’on ouvre nos portes dans une autre occasion. J’aimerais bien organiser un souper et un beau party de Noël pour les jeunes de la DPJ et des centres jeunesse, l’an prochain », souhaite Danielle Audet.