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Roger Blackburn
Le Quotidien
Roger Blackburn

Ça n’a pas si bien été

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CHRONIQUE / Les jeunes (les 18-24 ans) ne vont pas très bien, nous dit le sondage de la firme Navigator réalisé pour le compte des Coops de l’information. Leur vie amoureuse, leur vie sociale, leur vie scolaire et leur santé mentale sont malmenées. Au secours !

C’est le temps que les spécialistes retournent les jeunes sur les bancs d’école, qu’ils inventent une façon de les rassembler à distance, quitte à enseigner dans les arénas, les églises vides ou les salles de spectacles pour qu’ils puissent apprendre, sociabiliser, flirter et vivre un peu plus en équilibre.

Il n’y a rien de surprenant de constater que dans la moyenne, les gens vont moins bien que dans la première vague, alors que tout le monde était dans le même bateau et que le beau temps favorisait les rencontres à l’extérieur. La deuxième vague a engendré des pertes d’emploi, des pertes de revenus et les communications par vidéos ont atteint leur limite de l’écoeurantite aiguë.

Les gens vont encore plus mal à Montréal qu’en région, nous apprennent les sondeurs. C’est sûr, personne ne veut vivre à Montréal par les temps qui courent ; trop de monde, trop de cas de COVID. C’est un peu pour ça que certains élus des régions demandent de fermer leurs frontières pendant la semaine de relâche. Allez en région orange, pour un Montréalais, c’est presque une destination exotique avec la possibilité d’aller manger au restaurant après une randonnée de ski de fond.

Ennui et solitude

Le sondage dit aussi que vous souffrez d’ennui et de solitude. Vous avez bien raison, car c’est ennuyant de vivre seul quand on ne peut voir personne. On s’ennuie de ne rien faire, mais on s’ennuie surtout du monde.

Les relations vont moins bien avec les membres de la famille vivant hors de votre bulle dans une proportion de 39 %. Quand on ne voit plus de monde, c’est difficile de dire si les relations vont bien ou mal. Ne plus avoir de relations avec des gens, c’est assez pour que ça aille mal.

C’est comme ces gens qu’on ne voit pas souvent, mais qu’on apprécie tout autant ; vous l’ignorez peut-être, mais ils vous manquent. Vous savez, ces rencontres impromptues qu’on faisait lors de rassemblements, les vieilles connaissances, des cousins, des cousines, d’anciens collègues de classe qu’on croisait au hasard des rues, avec qui on passait un bon moment, aussi court soit-il, ça manque. On le voit en zone orange, l’ouverture des restaurants et des centres commerciaux a fait grand bien. Juste le fait de revoir des visages connus, un serveur de restaurant, une coiffeuse, un habitué de la place, on dirait que ça nous remet d’aplomb. Il faut le vivre pour se rendre compte que ça nous manquait. Ce n’est pas vrai l’adage qui dit qu’« à force de se priver de tout, on finit par ne manquer de rien. »

Santé physique et mentale

Vous avez pris du poids et vous consommez plus d’alcool. C’est parce qu’à un moment donné, pour peut-être 35 % d’entre vous, c’est le seul plaisir de la vie qu’il vous reste. Vous ne prenez plus de bière avec les boys dans la chambre des joueurs, mais vous finissez, avec votre amoureuse, la bouteille de vin en écoutant Netflix après un souper bien arrosé. Comme vous cuisinez plus qu’avant la pandémie, c’est un peu normal que vous mangiez plus et que vous soyez plus enrobés.

C’est tout de même étonnant que le sondage révèle que c’est à Saguenay qu’on constate le plus faible pourcentage d’augmentation de consommation d’alcool (27 comparativement à 39 % à Montréal). Probablement qu’à Saguenay, le taux de consommation était déjà très élevé avant la pandémie (les Saguenéens sont moins nombreux que la moyenne québécoise à consommer de l’alcool, mais ils sont plus nombreux à dépasser les limites de consommation, selon Éduc’alcool).

« Entre deux joints, tu pourrais faire quequ’chose », mais il n’y avait rien à faire. La consommation de cannabis a augmenté de 38 % au Québec pendant la pandémie. Pourtant, il n’y avait pas d’événement, pas de party, pas de spectacle en plein air. Le pot n’est pas seulement festif, il a aussi des valeurs thérapeutiques. Si un petit joint peut faire tomber l’anxiété, tant mieux.

Le sondage raconte aussi que 34 % (45 % chez les 18-24 ans) d’entre vous ont perdu ou se sont éloignés de certains amis ou de membres de la famille à cause de leurs idées au sujet de la pandémie.

J’imagine ici qu’il est question du port du masque, d’être pour ou contre le vaccin, du respect des règles sanitaires et des gens qui croient à un complot. Je peux comprendre que des relations peuvent se distancer sur des désaccords aussi importants. La discussion ne dure pas longtemps quand un ami te dit que « c’est du niaisage tout ça, ce n’est pas pire qu’une grippe, et moi ils ne m’empêcheront pas de... »

Les plus âgés se sont débarrassés depuis longtemps de ces imbéciles dans leurs relations, alors que les jeunes commencent à peine à assainir leurs fréquentations.

Vie amoureuse

Imaginez un couple qui se levait le matin avec le branle-bas de combat dans la maison, les enfants, le déjeuner, les lunchs et la course pour la garderie. Chacun se retrouvait ensuite dans sa voiture pour écouter ce qu’il veut à la radio, avoir une conversation téléphonique avec un ami et profiter de ce petit moment à eux. Chacun vivait ses expériences dans son milieu de travail avec des collègues durant la journée.

De retour à la maison, c’est le branle-bas de combat qui reprenait avec le repas du soir, les devoirs ou les activités sociales ou sportives, avant de se préparer à aller au lit. Il n’y avait pas beaucoup d’espace pour la mésentente dans le couple.

La pandémie arrive, le télétravail à la maison, les enfants sur le dos toute la journée, fini le sport au gym en soirée, ou les sorties au théâtre et au restaurant. Ajoutez à cela une perte d’emploi. Ça m’étonne que vous soyez seulement 26 % à dire que votre vie amoureuse va moins bien qu’avant la pandémie. Vos relations amoureuses sont solides, car tous les ingrédients sont présents pour mettre les couples à bout. « Une chance qu’on s’a », peuvent dire certains, car pour 11 % d’entre vous, la vie amoureuse est mieux qu’avant la pandémie.

Changement d’habitudes

Les discours de nos politiciens et le Panier bleu ont sûrement eu de l’influence sur vos habitudes de consommation, car tôt dans la pandémie, l’achat local est apparu important. On voulait aider nos proches, nos voisins fromagers, nos concitoyens agriculteurs et nos fabricants régionaux. Vous êtes 82 % à avoir amélioré vos habitudes de consommation locale. Voilà une bonne habitude à conserver, tout comme le télétravail que vous considérez comme une bonne chose, surtout pour éviter les déplacements au travail.

Évidemment, les travailleurs de Montréal et Trois-Rivières affichent les plus hauts pourcentages de satisfaction en raison des déplacements qui ne sont plus nécessaires pour aller travailler. Mais curieusement, les télétravailleurs de Sherbrooke sont seulement 45 % à trouver que c’est une bonne chose, alors que la moyenne provinciale est de 68 %.