Roger Blackburn
Gaby Asselin, à droite, en compagnie du gérant Félix Savard, du restaurant-bar Le Stade de Chicoutimi, étaient impatients de retrouver la clientèle et de reprendre les activités, après trois mois d’interruption.
Gaby Asselin, à droite, en compagnie du gérant Félix Savard, du restaurant-bar Le Stade de Chicoutimi, étaient impatients de retrouver la clientèle et de reprendre les activités, après trois mois d’interruption.

Ça fait du bien

CHRONIQUE / L’expression « Ça fait du bien » avait remplacé le « ça va bien aller », lundi midi, dans les restaurants qui avaient ouvert leurs portes après presque trois mois, jour pour jour, de fermeture pour cause de pandémie.

Les restaurateurs sont contents, mais les clients le sont encore beaucoup plus.

« C’était le temps, on était tanné. Je vis seul et pour moi les restaurants c’est non seulement une occasion pour bien manger, mais aussi pour rencontrer des gens, voir du monde. Ça faisait trois mois, c’était assez », me lance le premier client à entrer au restaurant-bar Le Stade de Chicoutimi. « Que ça fait plaisir de vous revoir » a lancé Félix Savard à l’accueil du restaurant.

Un couple avec leur fille, assis à l’autre coin de la salle à manger, était aussi content de prendre place à table pour se faire servir. « Nous sommes des habitués du jeudi soir et nous venions régulièrement sur l’heure du midi avant la COVID », lancent l’homme et la femme qui se préparaient à déguster leur bière.

Pour le propriétaire du restaurant-bar sportif, c’est un grand bonheur de rouvrir ses portes. « Trois mois sans travailler, je n’ai jamais vu ça en 40 ans. Je venais quand même tous les jours au restaurant, pour vérifier le bon fonctionnement des équipements. Nous en avons profité pour nettoyer les cuisines à la grandeur et pour retaper ici et là des coins de la salle à manger. C’était le temps qu’on reprenne les affaires », a confié le propriétaire Gaby Asselin.

Des règles à respecter

« Nous réalisons une part importante de notre chiffre d’affaires durant les mois de mars, avril et mai. D’habitude il y a les séries éliminatoires de hockey à la télé ou au Centre Georges-Vézina qui génèrent une bonne clientèle. Ce sont ces mois actifs, d’habitude, qui nous permettent de passer au travers de l’été qui est une période plus tranquille. Nous allons passer au travers, même si nous savons que la reprise sera graduelle et lente », estime le restaurateur d’expérience.

Pour les employés, c’est le plaisir de retravailler avec une équipe et de reprendre contact avec les habitués de la clientèle, même s’ils doivent travailler avec masque et visières. Les règles sanitaires sont tout de même assez strictes à respecter. Félix Savard du bar Le Stade se demande comment il sera possible de faire respecter la règle du nombre de personnes provenant d’au plus trois familles différentes quand quatre joueurs de golf vont se présenter pour consommer la bière du 19e trou.

Les serveuses du restaurant Chez Georges à Chicoutimi attendent patiemment au soleil que les clients s’installent sur la terrasse, en cette journée de réouverture des restaurants.

« Mon rôle à l’accueil sera de placer les gens à des tables en respectant les règles de distanciation, mais je ne jouerai pas à la police des adresses, on va se fier à l’intelligence des gens », fait valoir Félix Savard.

Protéger les employés et les clients

Pour Raphaël Girard, des restaurants l’Inter et Rouge burger de l’Hôtel Chicoutimi, la réouverture des salles à manger va demander une gymnastique importante pour la gestion de la clientèle.

« Le but, c’est de protéger nos employés, mais nous allons mettre la même attention pour protéger la clientèle. S’il y a quatre personnes et plus à une table, elles doivent provenir d’au plus trois ménages différents. Il y aura un système de verrou pour qu’il y ait une seule personne à la fois dans les toilettes. Les clients ne pourront pas arriver ici à 18 h pour repartir à 22 h. Nous allons limiter la présence des clients à deux heures pour prendre leur repas et leur consommation. Nous allons prendre des réservations pour la période de 18 à 20 h et une autre réservation à la même table de 20 h à 22 h, pour permettre à un plus grand nombre de personnes de profiter de la salle à manger », explique Raphaël Girard que j’ai rencontré à l’Inter alors qu’il préparait l’ouverture prévue pour le mercredi 17 juin.

« Les gens ne pourront pas rester debout autour des tables bistrots, comme cela se faisait régulièrement avant la COVID-19. Les clients devront réserver par Internet ou demander à l’hôtesse, à l’entrée du restaurant, s’il y a de la place. Les clients n’auront pas à attendre en file devant la porte, nous allons les aviser par SMS que leur table est libre », explique le restaurateur.

Police des adresses

Les propriétaires de restaurants ne veulent pas jouer à la police des adresses dans leur établissement, mais ils manifestent tout de même quelques inquiétudes. Si par exemple quatre joueurs de golf s’installent à la même table d’un restaurant avec un petit mensonge à l’hôtesse disant que deux d’entre eux vivent sous le même toit. Supposons qu’un d’entre eux est responsable d’une éclosion et qu’une employée transmette le virus à sa mère qui en décède. Est-ce que le restaurant peut être tenu responsable pour ne pas avoir respecté la règle des trois familles ? Ce sont des questions qui se posent présentement.

Tannés de manger dans les pick-up

Mais pour le moment, la clientèle et le personnel sont unanimes, il était temps que ça rouvre. « Les travailleurs étaient tannés de manger dans leur pick-up », lance Hélène Tremblay, serveuse d’expérience derrière le bar du restaurant Chez Georges à Chicoutimi.

En face du bar, sur une banquette, des personnalités connues du monde des affaires étaient assises autour d’une banquette. « On est à bout du Facetime, du Zoom et toutes autres patentes du genre. On dînait ensemble tous les lundis avant. Ça faisait trois mois qu’on ne s’était pas vu ; c’était le temps que ça finisse », me lance un d’entre eux en commandant une bouteille de vin.

Les serveuses du restaurant Chez Georges a Chicoutimi attendent patiemment au soleil que les clients s’installent sur la terrasse, en cette journée de réouverture des restaurants.

Sans être des services essentiels, les restaurants sont des lieux importants de rencontre où l’on peut échanger et interagir. Ces établissements font partie de notre équation de vie sociale, un lieu où le hasard provoque des rencontres et des rassemblements.

« Ça demeure encore un plaisir de se faire servir », me disait un client du restaurant-bar Le Stade qui a été cuisinier dans sa carrière. « Ce n’est pas parce que je n’aime pas cuisiner que je viens au restaurant, c’est parce que c’est agréable de se faire servir », dit-il, bien installé à sa table.