Le documentaire montre des populations vivant dans des dépôts de déchets à Dandora, au Kenya, l’une des plus vastes décharges à ciel ouvert d’Afrique.

Bienvenue dans l’ère de l’Anthropocène

CHRONIQUE / Si vous êtes «climato-dépressif» ou «anxio-catastrophique», ne faites pas un détour pour regarder le documentaire Anthropocène: l’époque humaine réalisé par les Canadiens Jennifer Baichwal, Edward Burtynsky et Nicholas de Pencier. Le Ciné-club de Jonquière l’a présenté mercredi dernier pour les élèves du cégep inscrits au cours Catastrophes climatiques et impacts sur l’humain. Après ce visionnement, vous avez le goût de partir à la course pour signer le pacte de la transition. C’est le documentaire de l’heure, dit-on, chez les défenseurs de la planète.

Nouvelle époque géologique

Anthropocène, c’est le nom scientifique pour identifier une nouvelle époque géologique, celle dominée par l’action humaine, qui fait suite à la précédente période de l’Holocène, qui correspond aux 11 500 dernières années. Après l’Âge de pierre et l’Âge du fer, nous sommes entrés dans l’Âge de l’homme. La trace de l’humanité peut maintenant être mesurée dans les strates géologiques.

Les scientifiques parlent du plastiglomérat, une roche sédimentaire intégrant des matières plastiques, une trace géologique laissée par ce que certains appellent l’«homo plasticus». Les images du documentaire, sous la narration de Pascale Bussières, sont catastrophiques. La déforestation, la surpêche, la pollution par le plastique, l’assèchement des cours d’eau, l’érosion des sols, l’exploitation des mines, la culture des sols; bref, on prélève plus que la Terre peut en donner. Ça donne des frissons.

On prélève plus que la terre peut en donner

La déforestation est plus rapide que la croissance des arbres, des dizaines de milliers de barrages retiennent l’eau pour diminuer le flux des rivières, et on gruge des mines sur des profondeurs et des superficies inimaginables sans compter tout ce qu’on balance dans l’air qui génère des gaz à effet de serre, ce qui nous fait craindre des hausses de température dépassant les deux degrés d’ici la fin du siècle.

Au 1er août 2018, l’humanité avait consommé les ressources que la nature peut renouveler en un an, selon l’ONG Global Footprint Network. À cette date, les habitants de la Terre avaient utilisé plus d’arbres, plus d’eau, plus de sols fertiles et plus de poissons que ce que la planète peut fournir en un an pour nos besoins.

Extinction massive

Les biologistes estiment que nous sommes en train de vivre la sixième extinction massive depuis l’apparition de la vie sur Terre. Le portrait tracé par le documentaire est à la fois désolant et fascinant. On y voit des excavatrices géantes de 100 mètres de haut pour extraire le charbon en Allemagne et des enfants de 7 ans qui creusent des mines de cobalt à la main ou avec des outils rudimentaires, sans protection, en République démocratique du Congo.

Le documentaire montre également des populations vivant dans des dépôts de déchets à Dandora, au Kenya, l’une des plus vastes décharges à ciel ouvert d’Afrique. Elle n’en finit plus de grossir. Le site d’enfouissement sanitaire est leur milieu de vie. Ils piétinent les vidanges du matin au soir pour recycler du plastique et trouver des restants de nourriture.

Surexploitation

La planète sort de sa zone de confort. C’est fou raide. L’Italie exploite des montagnes de marbre blanc dans la carrière de Carrare, un site exploité depuis plus de 2000 ans, à l’époque de Jules César. Le documentaire Anthropocène nous promène partout sur la planète, nous montrant les raffineries de pétrole du Texas et les usines de lithium au Chili. Les auteurs amorcent et concluent le film avec d’immenses feux pour brûler des défenses d’éléphants et de rhinocéros au Kenya, fruit du braconnage et du commerce illégal.

La Terre entière est en train d’être transformée complètement par la trace de l’humanité. Les actions humaines génèrent des impacts majeurs sur le climat, l’eau, l’air et la vie humaine. Ce sujet est de plus en plus d’actualité et mobilise de plus en plus de gens, comme on l’a vu récemment avec le mouvement social au Québec pour signer le Pacte de la transition.

Un nouveau cours au cégep

Le sujet est tellement d’actualité que le Cégep de Jonquière a décidé d’offrir à ses élèves un cours complémentaire intitulé Catastrophes climatiques et impacts sur l’humain. «Nous en sommes à une deuxième session. Nos deux groupes sont pleins. Il y a 63 élèves d’inscrits pour cette session», expose le professeur Martin Bertrand, qui enseigne la matière.

«Les questions que se posent les élèves, le plus souvent, sont au sujet des coûts relatifs aux changements climatiques. Ils veulent savoir, au départ, comment coûtent les changements climatiques et combien ça coûte pour y faire face.

Ensuite, ils creusent la question et s’intéressent à ce phénomène mondial», fait valoir le professeur, qui possède une formation en biologie.

C’est la marche pour le climat, aujourd’hui, le samedi 8 décembre. Partout dans le monde, des gens marcheront pour lancer un message de Climate alarm à compter de 14h. Cette marche permettra de constater quel est l’éveil citoyen devant cet enjeu planétaire.