Samuel Ouellet lave Winter, le chien d’accueil du centre de toilettage Beauté canine et féline.

Autiste et câlineur professionnel

CHRONIQUE / Annie Perron est incapable de tolérer le jappement des chiens. Quand on est propriétaire de l’entreprise de toilettage Beauté canine et féline de Chicoutimi, ça pourrait causer problème, mais pour cette femme qui adore les animaux, cette situation a été l’occasion d’inventer le métier de câlineurs de chiens avec des personnes autistes.

« Souvent, nous avons de huit à neuf chiens ici en même temps et quand un animal plus anxieux que les autres se met à japper il excite les autres et la situation devient insupportable. Nous avons donc implanté en collaboration avec le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean des stages en entreprise avec des personnes atteintes du spectre de l’autisme pour faire des câlins aux animaux qui sont anxieux pour les calmer », raconte Annie Perron.

Calmes et doux

« Les autistes ou Asperger qui nous sont recommandés par le CIUSSS sont des personnes calmes qui adorent les animaux. Quand ils se présentent devant un chien, ils le font lentement et avec douceur, c’est dans leur nature. Ils prennent le chien dans leurs bras et lui font des caresses pour le rassurer », explique la propriétaire du centre de toilettage que j’ai rencontrée pour souligner le Mois de l’autisme en avril.

C’est un genre de relation idéale entre une personne qui aime caresser des animaux et un chien qui aime bien se faire cajoler. « Ils ont le don d’approcher les animaux pour les calmer et ça rend l’atmosphère de travail plus calme », fait savoir celle qui a inventé le métier de câlineurs de chien.

Samuel en profite

J’ai fait la connaissance de Samuel Ouellet lors de ma visite chez Beauté canine et féline. Il est âgé de 25 ans, on lui en donnerait 15 et il adore son travail qu’il accomplit à raison de trois jours par semaine. « J’ai toujours été élevé avec des animaux quand on vivait à Saint-David de Falardeau. J’ai eu plusieurs chiens et on avait une petite ferme avec des poules et des cochons, mais nous n’avons plus d’animaux depuis que nous sommes déménagés à Chicoutimi. Mon travail ici me permet de rester en contact avec des animaux et j’en profite », explique l’aide-toiletteur.

« Je n’aime pas le bruit, je n’ai pas la notion du temps et je ne décode pas le langage non verbal. Mais nous, les Asperger, quand nous avons une passion on ne peut plus nous arrêter, on approfondit le sujet et on veut toujours en savoir plus », décrit le jeune homme en décrivant son spectre de l’autisme.

Annie Perron, du centre de toilettage Beauté canine et féline de Chicoutimi, supervise Samuel Ouellet alors qu’il lave Winter, le chien d’accueil du centre.

Aide au développement

« Samuel est autonome à 80 %, il s’est beaucoup développé depuis un an et demi qu’il travaille ici. Au début, le bruit du séchoir l’épuisait, il n’avait pas de tolérance. Maintenant, il peut faire 40 minutes sur le séchoir, sans compter qu’il accomplit de nombreuses tâches par imitation. Il est très méticuleux et ne prend aucune décision sans se valider auprès de nous, que ce soit pour l’utilisation d’un shampoing ou pour d’autres soins de toilettage », fait valoir Annie Perron qui compte trois employés en déficience intellectuelle à son emploi. Simon Paquin et John Derek travaillent aussi au centre de toilettage à titre de câlineurs professionnels.

« C’est une décision d’équipe de faire le choix de travailler avec des personnes atteintes du spectre de l’autisme. C’est une intégration qui demande l’implication de tous, car ça demande de la supervision et de l’encadrement. Mes techniciennes en toilettage, Hélène Beaudoin, Isabelle Saint-Cyr et Alexandra Deschênes, sont d’ailleurs très attachées à nos câlineurs », fait valoir celle qui dirige le centre de toilettage depuis trois ans.

Un travail exigeant

« C’est un travail très exigeant. On serait tenté de comparer ça au métier de coiffeuse, sauf que quand vous allez au salon, vous n’éclaboussez pas votre coiffeuse, vous ne faites pas pipi, vous ne passez pas votre temps à bouger sur votre chaise et vous ne jappez pas », dit-elle en riant.

L’aventure d’Annie Perron a débuté il y a trois ans alors qu’elle voulait acheter des équipements pour faire le toilettage de ses deux chiens. « Le centre de Beauté canine et féline était à vendre et je me disais que je pourrais peut-être trouver du matériel à vendre. J’ai finalement acheté la compagnie, mais à condition qu’Hélène Beaudoin, une employée de plus de 15 ans d’expérience, demeure dans l’entreprise », raconte la gestionnaire qui a suivi des cours de formation pour faire l’apprentissage du toilettage.

Pour les empêcher de japper

Pour calmer les chiens qui jappent, Annie Perron a inventé le métier de câlineur de chiens et la profession est maintenant connue à travers le monde. « L’animateur Youcef Tadjer a mis en ligne une vidéo sur nos câlineurs qui a suscité la curiosité des stations de télé. Des reportages télé ont tourné en boucle sur TVA nouvelles et sur RDI, ce dernier a été visionné plus de 900 000 fois sur les réseaux sociaux. J’ai reçu 115 000 messages, c’est fou », fait savoir la femme d’affaires qui n’a pas l’intention d’agrandir son commerce et qui continuera à servir les 1300 clients qui font affaire avec son centre de toilettage.

Évidemment, il y a de nombreux parents d’enfants autistes qui aimeraient que leurs enfants atteints de cette déficience puissent faire des stages chez Beauté canine et féline, mais l’entreprise travaille avec le CIUSSS, car les stages sont supervisés par du personnel de soins de santé. « J’espère que le succès de notre initiative donnera l’idée à d’autres entreprises de trouver une idée pour intégrer des personnes en déficience intellectuelle dans leur milieu de travail, c’est une expérience qui fait autant de bien aux employeurs qu’aux employés », conclut l’amoureuse des animaux.