L’homme de théâtre, humoriste et professeur Dominique Lévesque, ici en compagnie de Marie-Lise Pilote lors d’un retour du Groupe sanguin au Gala Juste pour rire de 2012, mériterait un espace hommage au Cégep de Jonquière pour honorer sa mémoire.

Au cégep d’honorer sa mémoire

CHRONIQUE / Il y a un an, le 8 janvier 2017 la famille et les proches du comédien Dominique Lévesque célébraient les funérailles du professeur, comédien et humoriste originaire de Jonquière décédé le 20 décembre 2016, lors d’une activité de plongée en apnée au Honduras.

L’homme de théâtre, Pierre-Paul Legendre, qui a partagé les premières années de vie professionnelle avec Dominique Lévesque comme professeur de théâtre au Cégep de Jonquière avait lu un texte lors de la cérémonie. Il a accepté de partager avec nous le souvenir de cet artiste qui a marqué une génération.

J’étudiais au Cégep de Jonquière quand Dominique Lévesque enseignait le théâtre (entre 1976 et 1986). J’ai eu la chance d’avoir ce duo de profs allumés qui avait monté la pièce Une Job lors de mon passage.

Si Dominique Lévesque s’est fait connaître en province avec le Groupe Sanguin et son personnage du gars fatigué dans le duo Lévesque et Turcotte, il avait déjà semé des graines de création ici dans la région.

Pierre-Paul Legendre l’avait rappelé dans son témoignage. « À l’hiver 1982, quelques étudiants d’ATM s’essayaient à l’improvisation selon les règles de la LNI. Puis ce fut l’embrasement. Il devint le moteur principal de l’activité, allant jusqu’à organiser, le soir, des ateliers de formation pour les joueurs. Le profit que nous tirâmes de ces explorations et de ces expérimentations fut immédiat, conséquent et durable pour notre enseignement. Une ligue réunissant six équipes se forma à l’automne 1982. La compétition était forte et Dominique fouillait tous les ressorts de la créativité pour améliorer la qualité du jeu. En 1983 l’engouement pour l’impro avait gagné toute la région et des équipes de partout relevèrent le défi d’un tournoi organisé dans le cadre des Jeux du Québec. Les affrontements prirent une tournure épique. Chacun des spectateurs se souvient d’une pièce d’anthologie opposant deux débutants très prometteurs, Michel Barrette et Marie-Lise Pilote dans un pugilat explosif de traits plus comiques les uns que les autres. Le tournoi se termina en apothéose devant un public en délire. On avait dû refuser l’entrée à au moins 300 personnes», a rappelé Pierre-Paul Legendre, nous faisant comprendre que Dominique Lévesque avait contribué fortement à faire naître l’impro dans la région.

Les mécanismes du comique

«Le mouvement d’improvisation des équipes du Cégep se poursuivit jusqu’à l’Improvincial 84, nouveau tournoi où les équipes de la région accueillirent des équipes d’ailleurs au Québec», a-t-il souligné.

«Ce serait une bonne idée, dans le cadre du 50e anniversaire du Cégep de Jonquière de penser à rendre hommage à titre posthume à ce personnage qui a marqué l’établissement d’enseignement.»

«Mais Dominique, insatiable expérimentateur, voulait plus encore. Tout naturellement ses réflexions sur la création l’amenèrent au ‘‘stand up comic’’. Il ne s’agissait plus cette fois d’improvisation, mais de numéros écrits, structurés, placés, mis en scène. Avec les 21 étudiants qui s’étaient collés à ses basques pour faire partie de l’équipe de production, il expérimenta tous les mécanismes du comique. Avec eux, il envahit le café Le Bedeau, petit théâtre de poche de soixante places bien tassées. Le petit plateau était orné d’une colonne, en plein centre de l’avant-scène. Mais qu’importe! Il faisait tout, animation, remue-méninges, direction d’écriture, scénographie, mise en scène, prestation. Les jeudis soir, l’atmosphère de la salle était surchauffée, on se bousculait pour obtenir les trop rares places. Dominique disciplina son équipe, exigea les meilleurs impacts sur le public, élimina les éléments les moins productifs. L’équipe passa à dix membres, puis à huit, à six, enfin à quatre. Au printemps 1986, le Groupe Sanguin était fondé», rappelle Pierre-Paul Legendre qui a assisté à la naissance du grand Dominique Lévesque, ici même à Jonquière.

Une trace dans nos mémoires

L’homme de création demeure encore dans nos mémoires et son passage dans le monde artistique québécois laisse une trace indélébile. D’ailleurs, dès son arrivée au Cégep de Jonquière, Pierre-Paul Legendre savait déjà qu’il n’y resterait pas. « L’instantané était emblématique de l’homme, déterminé à conquérir les foules, à faire sa place dans le monde du spectacle. Dès lors j’appréhendais son départ, mais entre-temps, pour mon bonheur et celui des étudiants, ce rêve donna lieu à une série d’expériences qu’il ajouta à son activité débordante d’enseignant. Littéralement, on peut dire qu’il occupait deux emplois, celui d’un super prof et celui du créateur qui expérimentait son futur métier d’artiste de la scène et des médias. Dans la vie cégépienne, il jouait ainsi un rôle comparable à celui d’un animateur socioculturel aux fabuleux projets. Ces passions intimement conjuguées détermineront deux trajectoires qui traverseront toute sa vie professionnelle», a confié son ami et collègue.

« Ces rencontres heureuses avec des personnes de qualité, rares dans une vie, nous fascinent et nous façonnent, nous font devenir meilleurs que nous-mêmes», dira Legendre au sujet de Dominique. Ce serait une bonne idée, dans le cadre du 50e anniversaire du Cégep de Jonquière de penser à rendre hommage à titre posthume à ce personnage qui a marqué l’établissement d’enseignement. Un espace avec des photos et une plaque commémorative dans un endroit comme les «Pas perdus» serait sûrement apprécié des élèves et du personnel.