Atchoum le clown

«Atchoum, une vieille picouille»

CHRONIQUE / Atchoum le clown est devenue une vieille picouille. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est elle, ça fait partie de son vocabulaire. La contagieuse artiste transmet ses microbes depuis 20 ans. «Souvent j’oublie l’anniversaire d’Atchoum, c’est M. Tremblay, un homme de 70 ans de Chicoutimi qui me suis depuis mes débuts qui me fait parvenir une carte d’anniversaire en date du 13 février», raconte Véronique Gagné qui se dit étonnée qu’un homme de cet âge soit tant impressionné par ce personnage.

«Je vous rassure, c’est une relation saine, c’est un monsieur poli et gentil qui assiste à mes spectacles chaque fois que je suis au Saguenay. Il m’écrit des lettres à Noël et à mon anniversaire. Il a dû lire dans un article du Quotidien qu’Atchoum est née un 13 février lorsque j’ai été engagée pour la fête de Louis Antoine pour mettre un peu de couleur avec mon personnage», détaille celle qui est aussi porte-parole du parc des Milles lieux de la colline à Chicoutimi.

Atchoum fait partie de ces rares personnages pour enfants qui traversent les années au même titre qu’Arthur l’aventurier, Carmen Campagne ou Annie Brocoli. Dans mon enfance, il y avait des personnages comme le clown Patof (Jacques Desrosier) ou Nestor (Claude Blanchard) ou même le Capitaine Bonhomme (Michel Noël) qui s’adressaient aux enfants sans les infantiliser, avec des clins d’oeil aux adultes comme le fait Atchoum. Le clown Sol (Marc Favreau) est un autre exemple, à la différence qu’il a commencé dans des émissions s’adressant aux enfants pour terminer sa carrière sur scène avec des monologues pour adultes.

Atchoum le clown, c’est une belle histoire qui a pris son envol ici à Saguenay. Véronique Gagné, qui campe ce personnage, est originaire de la Gaspésie et faisait partie d’une troupe de clowns à Rimouski quand elle a décidé de s’inscrire au bac interdisciplinaire en art à l’UQAC. «J’étais échassière à la base et je gagnais des sous en livrant des bouquets de ballons pour des anniversaires ou des télégrammes chantés dans des entreprises», se rappelle Véronique Gagné qui retournait en Gaspésie l’été pour oeuvrer au sein de la troupe de Clopin Lanouille à Rimouski.

À la fin de ses études à l’UQAC, Véronique Gagné entend parler que les camps de jour du Pavillon sportif de l’UQAC proposent des activités de cirque pour les jeunes. «Je me dis qu’avec mes compétences comme échassière et mon personnage d’Atchoum le clown que j’avais développé à Rimouski pourrait m’être utile pour les camps de cirque», se rappelle celle qui vit à Beloeil depuis quatre ans avec son conjoint qui enseigne la musique au primaire.

«C’est Chantale Boivin du Festival international des Rythmes du monde de Chicoutimi qui m’a appelée un moment donné me disant qu’elle cherchait des gens du monde du cirque pour leur événement. Je n’avais pas de carte d’affaires, les gens me demandaient où ils pouvaient me contacter pour que je participe à leur événement. J’écrivais mon numéro de téléphone sur des bouts de papier appuyé sur le toit des camionnettes parce que j’étais trop grande avec mes échasses», raconte-t-elle lors d’une entrevue téléphonique entre deux éternuements. «C’est l’histoire de ma vie», répond l’artiste après que je lui aie dit «À vos souhaits!»

L’histoire s’est poursuivie quand l’agence GD musique de Jonquière lui a demandé de monter un spectacle musical pour enfants. «Je chantais déjà des reprises avec mon band musical, alors je me suis dit qu’on pourrait bien le faire avec des chansons pour enfants. On a monté un band et Atchoum chantait des chansons de Caillou, d’Annie Brocoli et de Carmen Campagne. J’avais aussi une chanson que j’avais composée pendant ce spectacle. C’est un ami, Pascal Beaulieu, qui m’a poussée à écrire mes propres chansons. Il m’a dit ‘‘fais-leur des tounes, ils vont aimer ça’’», raconte l’artiste qui donne une centaine de spectacles par année, partout en province.

Aujourd’hui Atchoum a réalisé cinq albums de musique dont un a été en nomination à l’ADISQ, deux livres de chansons dont un troisième à venir, deux films et quatre DVD avec des vidéoclips et plus de 10 000 admirateurs qui la suivent sur sa page Facebook.

«On ne tombe pas en amour soudainement avec Atchoum quand on a 11 ou 12 ans, mais j’ai des amis adolescents qui me suivent encore et qui ont donné leur disque à leur frère ou leur soeur plus jeune. Il y a un âge où le regard des enfants change, ils deviennent très jeunes des préados. Quand je croise des garçons de 12 ans dans mes spectacles et qui savent que c’est Véronique déguisée en clown, je leur glisse un mot à l’oreille avec ma voix de femme et j’en fais ainsi des complices, ça leur fait plaisir», fait valoir celle qui a toujours fait attention de ne pas infantiliser les jeunes et de se faire complice des parents et des grands. «J’ai grandi avec Shrek et Nemo, c’est le genre d’humour pour enfant qui me plaît», dit celle qui utilise toujours l’improvisation dans le cadre de ses spectacles.