Roger Blackburn
Le Quotidien
Roger Blackburn
Le policier de Saguenay Jean Sebastien Allaire a aidé une femme à accoucher à son domicile, en tout urgence, le lundi 16 novembre, à Chicoutimi. ­
Le policier de Saguenay Jean Sebastien Allaire a aidé une femme à accoucher à son domicile, en tout urgence, le lundi 16 novembre, à Chicoutimi. ­

Appel à 9 h 03, bébé à 9 h 09

CHRONIQUE / Il y a de ces histoires qu’on aime se faire raconter et qui font du bien à l’âme.

Il est 9 h du matin, le lundi 16 novembre, et l’agent Jean-Sébastien Allaire, du Service de police de Saguenay, est dans une voiture de patrouille dans une rue de quartier de Chicoutimi. Des citoyens se plaignent que les automobilistes ne font pas leur arrêt obligatoire et qu’il y a un danger pour les enfants du quartier.

« Un appel à toutes les patrouilles est lancé sur les ondes : “Une femme demande de l’aide d’urgence, elle croit devoir accoucher à la maison” », raconte le policier de 32 ans, qui écoute la réponse des autres patrouilleurs sur les ondes.

« Il y a une ou deux équipes en route, mais j’estime que je suis plus proche qu’elles, alors je me mets en direction de la résidence », explique-t-il lors d’une entrevue téléphonique.

La maman était à 41 semaines et devait se faire provoquer. Elle avait des contractions et elle a téléphoné à l’hôpital pour savoir quoi faire. On lui a dit de se coucher sur le côté gauche et de prendre son bain. « En route vers le domicile, sur les ondes de la radio-police, on rapportait que son conjoint était en contact avec la salle d’accouchement de l’hôpital et il disait qu’il y avait des pertes et qu’il voyait la tête du bébé. On réclamait une assistance policière en attendant les ambulanciers », relate Jean-Sébastien Allaire, qui était seul à bord de son véhicule.

« Je voyais la tête »

« L’appel a eu lieu à 9 h 03 et le bébé est arrivé à 9 h 09. Quand je suis arrivé au domicile, je n’ai même pas frappé à la porte. Je suis entré immédiatement. En entrant, son conjoint m’indique la direction de la salle de bain et je vois la maman couchée sur le sol. Elle sortait de son bain. Et je voyais très bien la tête du bébé qui sortait, je voyais son front et le cuir chevelu. Ça se passait là, en ce moment, pas à l’hôpital », raconte le policier, qui se rappelle de chaque détail de l’intervention.

« J’avais déjà enfilé mes gants stérilisés. Je me suis mis à genoux, en me disant : “Il faut que ça se fasse là”. Je lui ai dit de pousser et elle a poussé un bon coup et le bébé s’est retrouvé entre mes mains. Je lui ai donné une petite tape dans le dos pour libérer les sécrétions et le bébé s’est mis à pleurer. J’ai pris soin de vérifier que tout allait bien, le bébé et la mère, avant de déposer l’enfant sur son ventre, avec le cordon ombilical. À ce moment, un collègue policier est arrivé et le conjoint apportait les couvertures que je lui avais demandées pour envelopper la mère et l’enfant », décrit l’agent Allaire, qui a gardé son calme tout au long de l’intervention.

Dans le calme

Pendant que la maman poussait pour accoucher, le policier se faisait toutes sortes de scénarios dans sa tête. « Je me demandais ce que j’allais faire si le cordon ombilical était autour du cou du bébé. Dès que je l’ai vu apparaître, tout était normal. Le bébé avait une belle couleur et la maman allait bien. Son conjoint et leur fille en bas âge sont aussi demeurés calmes devant la situation. À l’arrivée des ambulanciers, nous étions un peu à l’étroit dans la salle de bain, mais ils ont pris la situation en main pour placer la maman et son bébé sur une civière pour les conduire à l’hôpital. On m’a dit qu’il y avait une infirmière de la salle d’accouchement au téléphone, mais je n’ai jamais eu le temps de lui parler », rapporte Jean-Sébastien Allaire.

Le policier a aidé cette dame de Chicoutimi à donner naissance à son deuxième enfant, une fille, avec son masque de procédure et ses gants stérilisés. « Sur l’appel dans l’autopatrouille, il disait que le travail du bébé était assez avancé, mais je ne pensais pas devoir aider la maman à accoucher. J’imaginais plus une situation où j’allais rassurer la dame en attendant l’arrivée des ambulanciers », laisse savoir le policier.

Jean-Sébastien Dallaire est papa d’une fillette de 2 ans et avait assisté à l’accouchement de sa conjointe. « J’étais derrière le médecin et je posais beaucoup de questions. Je me suis toujours intéressé aux gestes médicaux. Mais je savais que les chances étaient très minces que je doive procéder à un accouchement dans le cadre de mon travail. Je vais sûrement me souvenir de ce moment toute ma vie », avoue celui qui pratique ce métier depuis 11 ans.

« La maman a été super ; le papa et leur fillette aussi. J’ai téléphoné à la maison en fin d’avant-midi pour savoir si la maman et le bébé allaient bien, et on m’a répondu que oui », de confier le policier.

Pour préserver leur intimité, les nouveaux parents ont décliné la demande d’entrevue du Progrès.