Roger Blackburn

Andrà tutto bene

CHRONIQUE / Arièle Butaux, journaliste française, auteure de romans et de pièces de théâtre, est confinée à Venise, en Italie, en raison de la crise du coronavirus. L’auteure rédige de très beaux papiers, depuis quelques jours, sur cette ville romantique désertée par les touristes. Les Véniciens la redécouvrent dans sa presque authenticité.

Dans L’actualité du mois d’avril, elle nous écrit de cette « ville où les chiens promènent les humains et où la farine commence à manquer parce que la pasta a casa est redevenue la première religion du pays ! On avait un peu oublié comment cela sonnait, un rire à Venise », écrit-elle.

Comme on peut le constater, au Québec, faire la cuisine est redevenu une activité quotidienne, alors qu’avant, manger avait préséance sur le fait de cuisiner. Tous ces plats cuisinés, livrés et pour emporter pouvaient en témoigner sur les tablettes des épiceries et au comptoir des restaurants. On mangeait bien, mais on manquait de temps pour bien cuisiner. Ainsi, le confinement nous a retournés aux fourneaux... pour le plaisir.

Des effluves au coin des rues

On le sent dans les rues que ça cuisine dans les chaumières. Les effluves nous harponnent au passage dans les passerelles piétonnières. Voici comment la journaliste Arièle Butaux, dans L’actualité, nous raconte comment les odeurs de la cuisine ont regagné la ville, à Venise.

« Universelle comme la musique, la cuisine est partage, plaisir, instinct de vie. Résistance. Et dans cette ville où, toute pollution disparue, les effluves doux ou épicés courent librement les rues, c’est le coeur heureux que l’on rentre chez soi, le panier aux merveilles à bout de bras et la gratitude au coeur. De retour à la maison, dans le secret de nos cuisines, j’aime à penser que la conversation du marché se poursuit et que nous communions au-delà des murs, avec ceux qui vont bien comme avec ceux qui souffrent, avec ceux qui nous manquent et qui ne quittent pas nos pensées, dans des gestes simples et essentiels qui sont un hommage à la vie. Andrà tutto bene – ça va bien aller, en français.

Le brunch de Pâques

Ce sont des mots pleins de sens et qui font du bien, et c’est vrai qu’on aime passer beaucoup de temps dans nos cuisines. J’ai hâte au brunch de Pâques pour cuisiner une belle grosse tourtière au chevreuil, pour boire du mimosa et profiter de la pleine lune. Ça va aussi sentir le jambon et on va manger du chocolat. On ne sera que trois dans la maison, mais on va faire comme si tout le monde était là.

J’écris cette chronique en ce mercredi ensoleillé. La nouvelle réalité de l’édition papier du samedi a changé mon heure de tombée. Mon ordinateur est installé sur la table de la salle à manger. J’ai ramené ma chaise de la salle de rédaction, car ça finit par être dur pour le popotin de passer des heures assis sur une chaise de bois. Ma conjointe est installée à l’étage du haut, dans une chambre réaménagée en bureau.

J’ai une fenêtre avec vue sur la rue. Des enfants jouent à faire un lance-balle de neige avec le petit poteau métallique installé par le déneigeur pour délimiter le terrain. Ils ne sont pas à deux mètres de distance ; ce sont deux frères, je crois. Un autre botte le ballon à son père en marchant en face des maisons ; d’autres pédalent à vélo. Les couples marchent ensemble. Il fait beau soleil et ils gardent leur distance, à plus de deux mètres des autres marcheurs.

On devra s’habituer pour quelques mois à ce deux mètres de distance : le premier ministre François Legault a été clair sur le sujet, lors de son point de presse de mercredi.

Le premier ministre a voulu se montrer encourageant en nous parlant d’un retour progressif à la vie normale, mais on comprend bien, entre les lignes, que les écoles vont rester fermées et que la vie normale, ce n’est pas avant quelques mois.

François Legault a effleuré le fait qu’on fêterait la Saint-Jean-Baptiste en restant à la maison. C’est ce qu’on a de mieux à faire.

Si vous voulez mettre un sourire sur votre visage, cherchez sur Facebook. J’y ai partagé la vidéo d’une dizaine de secondes du garçon de 3 ans qui répond à quelqu’un au téléphone qui propose d’aller le visiter : « Monsieur Legault dit : ‘‘Envoye à maison ! Reste à maison ! ’’