Pierre-Yves Tremblay prononcera une conférence grand public, le 22 mars, à l’hôtel Delta de Jonquière, devant plus de 500 personnes.

À vélo jusqu'au ciel

CHRONIQUE / Pierre-Yves Tremblay, c’est ce jeune crinqué de Chicoutimi qui a décidé de faire le tour du monde à vélo de 1994 à 1996, quand il avait 22 ans, un périple qu’il a raconté dans son livre À vélo jusqu’au ciel publié en 1999. Il est parti de Paris avec deux de ses amis, Jean-Pierre Doré et Jean-Denis Cantin, qui ont dû abandonner le projet au premier tiers du trajet pour des raisons de santé. Pierre-Yves a continué seul ce périple de 863 jours en parcourant 25 000 kilomètres à travers la France, la Suisse, l’Italie, la Grèce, la Turquie, l’Iran, le Pakistan, l’Inde, la Thaïlande, la Malaisie, l’Indonésie, l’Australie, les États-Unis et le Canada.

Ça fait déjà plus de 20 ans et il prononcera une conférence grand public le jeudi 22 mars, alors qu’il lutte depuis quatre ans contre un cancer très rare, une tumeur neuroendocrine pulmonaire à grandes cellules. Son aventure prend un tout autre sens quand on fait face à un combat quotidien pour la vie.

« J’ai fait beaucoup de conférences après mon aventure, pour différentes organisations, quand on m’invitait à le faire, mais plus rarement ces dernières années. Ce sera seulement la deuxième fois que je ferai une conférence où le grand public est invité. C’est l’équipe Les rayons du fjord, qui participe au Grand défi Pierre Lavoie, qui a eu cette idée pour amasser des fonds pour la cause », explique Pierre-Yves que j’ai rencontré dans le confort de sa maison à Chicoutimi alors qu’il a interrompu des travaux de construction d’un cabanon à l’extérieur.

À ne pas faire

« Cette aventure va me suivre toute ma vie. Je ne conseille ça à personne, je ne le referais pas, c’est trop difficile physiquement et mentalement. Ce que les gens retiennent de cette aventure, quand je la raconte, c’est le goût du dépassement. Ça leur donne envie de faire ce qu’ils ont envie de faire et de prendre le temps de réaliser leur projet. Que ce soit de passer plus de temps avec leurs enfants, de réaliser des objectifs professionnels, de pratiquer une nouvelle activité, bref de faire ce qui les allume », fait valoir le sportif.

Pendant son expédition, l’aventurier dit avoir frôlé la mort à au moins trois reprises en plus des embûches quotidiennes. « J’ai eu froid, j’ai eu chaud, j’ai dû traverser des routes détruites par des avalanches en transportant mon vélo alors que je calais dans la neige jusqu’aux cuisses, j’ai dû escalader des éboulis de roches grosses comme la maison en grimpant mon vélo et mes sacoches sur les pierres, j’ai roulé 1500 kilomètres de routes fermées dans l’Himalaya, j’ai traversé des rivières où les ponts sont enlevés pour ne pas être emportés par la fonte des neiges. J’ai vécu tout ce qu’une personne peut vivre en passant deux ans et demi sur son vélo », résume l’aventurier, reconnaissant que ce n’était pas rationnel de rêver de faire le tour du monde à vélo.

L’impression d’être invincible

« J’avais l’impression d’être invincible et qu’aucune difficulté ne pouvait être insurmontable, j’avais l’impression que je pouvais tout faire. J’étais à la recherche de ce qui pouvait m’arrêter, je voulais toujours aller plus loin, au-delà de ce qu’on peut connaître de soi-même », philosophe l’ingénieur de carrière qui a passé deux ans et demi à faire de l’introspection seul sur son vélo dans des endroits inimaginables allant du sommet des montagnes aux grands déserts de sable.

« J’ai atteint mes limites en Iran, en plein milieu du désert. J’ai craqué, je n’en pouvais plus. C’est là que j’ai réalisé que je croyais faire ce périple pour moi alors qu’en réalité je le faisais pour les autres. J’ai enduré toutes ces souffrances pour arriver enfin à cette décision d’abandonner. C’était la première fois depuis mon départ que je me disais “j’arrête, c’est fini” », raconte Pierre-Yves avec encore un peu d’émotion dans sa voix.

C’est contradictoire, mais c’est après avoir décidé d’abandonner que Pierre-Yves s’est senti libéré d’un immense poids sur ses épaules. « Je me sentais libre de tout dans ma tête et dans mon cœur. C’est dans ce moment de découragement que j’ai trouvé ce que je cherchais. À partir de ce moment, je n’étais plus en quête, j’ai continué à faire ce voyage par plaisir », raconte l’aventurier qui dit avoir été accompagné par des anges qui l’ont aidé tout au long de son parcours.

Jusqu’au ciel

« Je me rappelle comme si c’était hier mon arrivée à l’hôtel de ville de Chicoutimi, le samedi 23 novembre 1996. J’ai traversé les États-Unis comme une machine à pédaler avec l’hiver qui menaçait mon retour à la maison. Je suis arrivé sur le boulevard Talbot et il neigeait à plein ciel. On a tous des moments marquants dans notre vie et celui-là je ne l’oublierai jamais », confie-t-il.

Le père de trois enfants, dont des jumeaux frères et sœurs, est confronté au fait qu’il n’est pas invincible, depuis quatre ans, alors qu’il lutte contre un cancer très rare. « Il n’existe pas de traitement spécifique, c’est un cancer orphelin qui est très difficile à comprendre. Il a fallu deux pneumonies pour que je passe des rayons X et un taco pour qu’on découvre cette masse invasive sur mon poumon », explique celui qui a dû faire 47 visites en deux ans au Dana-Farber Cancer Institute de Boston pour recevoir des traitements expérimentaux.

« J’étais en phase un du protocole de recherche. Avant moi, ce sont des souris qui ont reçu ce traitement qui n’a pas donné de résultat », fait savoir celui qui a finalement trouvé un traitement intraveineux plus efficace à Québec avec le Lutétium 177. 

« J’ai subi trois traitements depuis le mois d’octobre et pour la première fois, ils ont réussi à couper la progression, c’est très encourageant.

“On ne peut pas passer au travers de telles épreuves sans que quelqu’un de plus grand veille sur nous. Je disais que j’avais des anges qui s’occupaient de moi, lors de mon tour du monde à vélo. Dans ma lutte contre ce cancer, j’ai remis ça entre les mains de Dieu, ça m’a libéré de mes angoisses et je dors beaucoup mieux depuis que je lui ai laissé ça sur ses épaules”, confie Pierre-Yves Tremblay.

“Je ne considère pas que je connais le secret du caramel dans la Caramilk, mais dans cette conférence, je fais part aux gens de mes réflexions et de mon cheminement. Ils repartiront avec ce qui fait leur affaire”, laisse tomber celui qui se sent un peu nerveux, car environ 500 personnes ont acheté des billets pour cette conférence qui aura lieu à l’hôtel Delta de Jonquière.