À nous de décider

CHRONIQUE / Il a beaucoup été question d’aide médicale à mourir cette semaine, notamment avec les deux Québécois Nicole Gladu et Jean Truchon qui souffrent de maladies dégénératives et qui sont devant les tribunaux montréalais pour contester les critères d’aide médicale à mourir. Il y a eu ce couple de plus de 80 ans de Saguenay qui a fait un pacte de suicide et les confidences d’un homme d’affaires de Chicoutimi qui a vécu la tentative de suicide de sa mère.

Témoignage d’une femme

Une femme dont le mari souffrait de Parkinson m’a écrit au sujet de son compagnon de vie décédé en 2015. «Plus les années avançaient, plus le quotidien était difficile. Il me disait souvent que j’étais ses bras et ses jambes. Il avait besoin d’aide en permanence, que ce soit pour se rendre aux toilettes, pour les soins corporels ou pour l’aider à manger et boire, ce qui ne faisait plus lui-même. Après deux ans de demandes d’aide du CLSC et deux ans avant son décès, j’ai finalement reçu 9 heures par semaine pour m’aider uniquement pour le ménage et les repas, mais pas pour aider mon mari dans son quotidien et c’est cet aspect dont nous avions besoin.

«Un matin du mois de février en 2015, je me suis levée très épuisée et là, il a compris qu’il fallait qu’il fasse quelque chose. Il demandait depuis plusieurs années de l’aider à partir, ce que je ne pouvais me permettre.; d’abord émotivement, j’aurais été incapable, et j’aurais été accusée de complicité. Je me suis absentée qu’une heure dans la journée, prendre une marche avec mon chien. En revenant, j’avais constaté qu’il avait pris la voiture, malgré son état, pour mettre fin à sa vie. Il s’est rendu près d’un quai pour sauter à l’eau. Un employé du traversier a réussi à le retenir et il a été hospitalisé.

«Il a demandé au médecin de l’aider à partir, mais bien entendu, c’était impossible. Après avoir fait la grève de la faim et de la soif, ils se sont occupés de lui. Il est décédé une semaine après que les soins palliatifs ont débuté. Il a dû subir ce délai tout en étant conscient même deux jours avant de mourir. Il ne voulait pas mourir, mais il ne pouvait plus vivre dans cette souffrance physique et psychologique.

Cela fait déjà quatre ans et demi et j’en pleure encore. Toutes les souffrances qu’il a pu endurer pendant toutes ces années. Une bataille sans fin. J’espère de tout coeur que la loi va changer.»

La chance d’accompagner un proche

On sent dans l’extrait de la correspondance de cette dame tout le poids d’une fin de vie, une situation qui est vécue par de plus en plus de gens. Une autre femme m’écrit: «... mon beau-frère a fait deux demandes d’aide à mourir qui lui ont été refusées. Il ne voulait pas recommencer la chimio, donc suicide! Triste pour lui et surtout ceux qui restent, car s’il avait été accepté, on aurait pu être tous à ses côtés. Mais non il est parti seul! Il a reçu son diagnostic en décembre 2016 et en septembre 2017, il a mis fin à ses jours...» témoigne celle qui aimerait bien faire changer les choses.

Mutatis mutandis

Je terminais ma chronique de mercredi en espérant qu’un jour, les Québécois n’auront plus besoin d’aller en Suisse pour mettre fin à leur souffrance, et que la loi aura suffisamment évolué pour que la mort s’installe quand tout le monde considère que c’est la meilleure chose à faire.

Un lecteur a senti le besoin de l’exprimer plus clairement.

« Si je vous comprends bien, votre dernière phrase pourrait se lire mutatis mutandis: «j’espère qu’au moment de prendre ma décision, si cela m’échoit un jour, je n’aurai pas besoin d’aller en Suisse pour que l’on mette fin à mes souffrances; même si je ne suis pas considéré en fin de vie ou que ma mort naturelle n’est pas raisonnablement prévisible. Et que la loi aura suffisamment évolué pour que ma mort s’installe quand je vais considérer que pour moi c’est la meilleure chose à faire. Esti! Qui de mieux placé pour décider de sa fin de vie, sinon moi?»

Sujet très délicat

L’aide médicale à mourir ou le processus de fin de vie sont des sujets très délicats encore aujourd’hui. J’ai l’impression cependant que le débat avance doucement.

Les cas de Nicole Gladu et Jean Truchon devant les tribunaux vont sûrement nous permettre de faire un autre pas en avant pour permettre, à ceux qui le désirent, de décider eux-mêmes de leur fin de vie.