Nadia Bergeron, de la Ville de Saguenay, a eu un entretien avec la directrice de la Maison des greffés de Montréal, Micheline Cyr Asselin, et l’ambassadeur de Saguenay, Stéphane Gagnon.

À Montréal pour les gens des régions

CHRONIQUE / La directrice de la Maison des greffés Lyna Cyr de Montréal, Micheline Cyr Asselin, était de passage dans la région, lundi, pour faire connaître cette résidence destinée aux patients de toutes les régions du Québec. Cette maison fondée par sa mère, Lyna, en 1994 accueille les personnes en attente de greffe d’organe, avant, pendant et après cette aventure médicale.

« Quand ton nom est sur la liste d’attente, tu dois être près de l’hôpital pour recevoir un don d’organe, ça doit se faire rapidement. La maison des greffés nous permet d’attendre et de vivre notre convalescence et d’être accompagnés de nos proches à raison de 25 $ par jour, nourri et logé », fait valoir Stéphane Gagnon de Jonquière, qui a profité des services de cette maison pour une greffe du foie en mars 2016. Il a accepté le rôle d’ambassadeur pour la région en vue de la campagne de financement qui sera lancée le 26 avril.

À Montréal pour les régions

« La maison est située à Montréal, mais ce sont les gens des régions qui en profitent, car les gens de Montréal habitent déjà près des hôpitaux où se font les opérations médicales », explique Micheline Cyr Asselin. Depuis l’ouverture de la maison, pas moins de 2098 personnes du Saguenay-Lac-Saint-Jean ont été hébergées. « En 2015-2016, 64 greffés et 127 accompagnateurs de la région ont passé 357 jours en hébergement », met en relief la directrice de la maison.

On ne sait jamais quand un organe sera accessible pour une greffe. La Maison doit être ouverte et accessible 24 heures par jour, 365 jours par année. « Les malades qui reçoivent une greffe du foie ou du poumon doivent passer de deux à trois mois à l’hôpital, et consacrer une période équivalente à leur convalescence. Les gens ne peuvent pas vivre leur convalescence à l’hôtel, ça finit par être trop coûteux », fait valoir Micheline Cyr Asselin.

« Au début, dans l’attente de ma greffe, je logeais à l’hôtel. J’étais sur que j’allais mourir, alors ça ne me dérangeait pas de dépenser mon argent. Ce fut un petit moment de folie avant de découvrir la Maison des greffés, un endroit propre, sécuritaire et très accueillant », commente Stéphane Gagnon.

Sentiment étrange

Vivre avec le foie d’un étranger dans son corps demande un bon six mois d’adaptation, fait savoir Stéphane Gagnon. « Au début, on se demande si c’est un homme ou une femme, si le donneur est vieux ou jeune. On se pose un paquet de questions. On a toujours peur d’un rejet, mais on finit par accepter », explique celui qui a reçu une deuxième vie après avoir été diagnostiqué d’un cancer du foie.

Le Jonquiérois se considère chanceux, car il a attendu seulement deux mois avant de recevoir une greffe après son inscription sur la liste. « Le don d’organes est très important. Une seule personne peut sauver huit vies à son décès en donnant ses reins, le foie, les poumons, le cœur, le pancréas et l’intestin », souligne-t-il.

Avertir la famille

La directrice de la Maison des greffés rappelle que signer sa carte d’assurance maladie ne suffit pas pour faire le don d’organes. « Il faut absolument en parler aux membres de votre famille. Même si vous avez signé votre carte, si les membres de votre famille refusent, il n’y aura pas de dons d’organes. Les personnes sont maintenues en vie artificiellement et trop souvent les membres de la famille vivent de grandes émotions et refusent le don d’organes », explique Micheline Cyr Asselin.

Stéphane Gagnon se rappelle d’ailleurs avoir refusé qu’on pratique une autopsie lors du décès de sa mère en 1996. « C’est l’émotion qui a embarqué, les médecins l’avaient déjà opéré deux fois et ma réponse a été : “vous l’avez ouvert deux fois, c’est assez”. Maintenant je n’hésiterais pas à dire oui avec tout ce que j’ai vécu, ne serait-ce que pour la science », confie l’ambassadeur de la Maison des greffés.

« Comme les patients sont maintenus en vie artificiellement, les familles deviennent très émotives, il est donc essentiel d’avoir ces discussions avec vos proches pendant que vous êtes en santé », insiste celle qui vit quotidiennement avec des gens en attente d’un don d’organe.