Le bièrologue Mario D’Eer a prononcé une conférence devant les finissants en techniques de production en microbrasserie du Cégep de Jonquière.

À Jonquière pour «péter de la broue»

CHRONIQUE / Le professeur, auteur et bièrologue Mario D’Eer était de passage au Cégep de Jonquière, mercredi, pour péter de la broue (c’est son expression) avec les élèves du programme d’attestation d’études collégiales (AEC) de techniques de production en microbrasserie. Il a également rencontré les 250 participants de la conférence Les micros de la région, c’est pas de la petite bière, une rencontre de dégustation, qui en était à sa deuxième édition en collaboration avec les 10 microbrasseries du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

La bière fait partie de notre ADN, nous avons grandis entourés de ce breuvage mousseux, d’abord à la maison en voyant nos pères consommer les traditionnelles Labatt 50, O’Keefe, Dow ou Molson. Au début de ma vie adulte, nous buvions, dans les bars, de la Laurentide, de la Labatt bleue et de la Black Label. Nous avons aussi assisté à l’arrivée des bières américaines comme la Budweiser et la Miller. Plus tard, nous avons vu débarquer des bières comme Heineken, Corona, Grolsch et Stella Artois qui se sont retrouvées à un moment donné sur les tablettes de nos réfrigérateurs.

Une référence dans la bière

Le bièrologue Mario D’Eer fait partie de l’histoire de la bière au Québec et il a émergé en même temps que les microbrasseries. Il compte à son actif 14 livres sur la bière et il parle de ce breuvage sur toutes les tribunes depuis 30 ans. « Mon père est d’origine belge et j’ai fait plusieurs voyages en Belgique pour visiter des microbrasseries. Les premières microbrasseries du Québec ont vu le jour au milieu des années 1980 et je me suis intéressé au goût des bières brassées au Québec. J’ai écrit un petit guide en 1991 et j’ai tout de suite constaté la curiosité des gens pour en savoir plus sur le sujet. Quand les microbrasseurs se faisaient poser des questions par des journalistes, ils leur disaient de me contacter pour en savoir plus. Je suis donc devenu une référence malgré moi et j’ai continué à documenter mes connaissances par de nombreux voyages », raconte Mario D’Eer, amateur, connaisseur, buveur et dégustateur de bière.

Comme bien des amateurs, Mario D’Eer a brassé sa bière. « C’est difficile de brasser de la bière. On doit accomplir de nombreux petits gestes plates à exécuter. Il faut apprendre à aimer chaque petit geste. Mais aujourd’hui, quand tu es tanné de faire ces petits gestes quotidiens, tu peux engager un technicien du Cégep de Jonquière pour le faire à ta place », lance en boutade le spécialiste devant la vingtaine de finissants de la 2e cohorte de techniciens brasseurs qui partiront en stage en milieu de travail, dès lundi, dans une des 200 microbrasseries du Québec.

On ne boit pas la bière de notre père

Les jeunes finissants ont posé plusieurs questions au conférencier et ils lui ont entre autres demandé ce qu’il pensait des premières bières de microbrasserie comme La Belle-Gueule, La Boréale ou la Tremblay qui sont devenues, selon eux, des bières ordinaires ou des bières commerciales. « Mes amis brasseurs du début ont commencé petits, comme l’ensemble des micros d’aujourd’hui et leur bière étaient révolutionnaire dans le temps, alors qu’elles sont considérées ordinaires aujourd’hui. Ça, c’est le temps qui passe et le fait, aussi, que les jeunes n’aiment pas boire la bière que leur père buvait et ils les ont vu boire de la Boréale », met en relief le spécialiste, indiquant que c’est comme ça pour toutes les générations.

Pour ce qui est de l’avenir des micros au Québec, Mario D’Eer assure que tout est à faire encore dans ce domaine. « Au début des années 2000, on me demandait combien on pourrait compter de microbrasseries un jour au Québec et j’avais répondu 50. On riait de moi alors qu’on en compte plus de 200 aujourd’hui », dit-il, reconnaissant que Robert Charlebois a été le porte-parole qui a véritablement popularisé les bières de microbrasserie.

Plein d’autres bières à inventer

« Il y a un côté très créatif dans le monde de la bière au Québec et il se fait de plus en plus de recherche sur les cultivars, le houblon et les levures. C’est un grand monde à explorer et il y a encore plein de choses à inventer » élabore celui qui parcourt le monde pour goûter des bières et découvrir de nouvelles saveurs.

En ce qui concerne les intentions de l’Association des microbrasseurs du Québec d’élaborer un sceau de qualité afin de certifier les brasseurs québécois, Mario D’Eer estime que ça ne garantira pas la qualité des produits une fois sortie de l’usine. « Il sera possible de certifier un brasseur avec des normes de qualité et de salubrité des équipements, mais ça ne pourra pas empêcher un mauvais entreposage de la part des distributeurs et des revendeurs, ce qui pourrait altérer le goût de la bière d’origine », fait valoir celui qui prétend que la meilleure bière est celle qu’on boit avec des gens qu’on aime. Il a quand même confié que la Tante Tricotante de la Microbrasserie du Lac-Saint-Jean est une des meilleures bières québécoises.