La propriétaire du Garelais est forcée de mettre les bouchées doubles par les temps qui courent.

«À boute» du manque de main-d’oeuvre

CHRONIQUE / Le manque de main-d’oeuvre commence à avoir des effets néfastes pour de nombreux commerçants. Des affiches «nous embauchons» sont placardées sur plusieurs portes de commerces un peu partout dans la région et dans les centres commerciaux.

Sonia Gagnon, propriétaire du restaurant Le Garelais à Alma, commence à être au bout du rouleau. «Ça fait 15 ans que je n’ai pas pris de vacances. On manque de monde, ça épuise. J’ai beau afficher les emplois disponibles sur la porte du restaurant ou publier sur Facebook, il n’y a personne pour combler les postes», déplore la dame qui se dit épuisée mentalement.

«On sert 150 déjeuners tous les matins, c’est beaucoup de travail derrière la plaque, et quand un employé ne se présente pas le matin, c’est moi qui rentre pour le remplacer», explique la femme d’affaires qui travaille sept jours sur sept par les temps qui courent.

Sonia Gagnon a laissé ses poêlons quelques instants pour me partager sa détresse alors que je lui demandais ce que représentait pour elle la pénurie de main-d’oeuvre.

Coeur au ventre

«Ça prend du coeur au ventre pour tenir le coup. C’est beaucoup de travail, c’est la gestion des réfrigérateurs pour s’assurer de la qualité des aliments, les commandes, la préparation des assiettes, le MAPAQ, les factures, la paperasse, l’entretien des équipements, la gestion du personnel, les systèmes informatiques; je me donne à 100 % pour bien servir les clients», désespère la restauratrice qui compte 17 employés.

Le restaurant Le Garelais est une véritable institution dans le paysage urbain d’Alma.

«Une chance que j’ai mes piliers. J’ai des employés fidèles qui me suivent depuis de nombreuses années et qui sont toujours au poste. Sans eux, ce serait la fin du monde», soutient-elle avec de l’émotion dans la voix et les yeux mouillés par les larmes.

«C’est dur. J’ai besoin d’un plongeur et de cuisiniers. Ça me prend deux mois pour former quelqu’un pour travailler dans la cuisine. Il faut qu’il connaisse le menu et qu’il apprenne à monter les assiettes. Avant, j’avais des étudiantes l’été et qui travaillaient les soirs et la fin de semaine. Ces jeunes restaient avec moi durant leurs études secondaires jusqu’à leur cégep. Maintenant, je ne trouve plus personne. Ça existe tu encore du monde fiable qui rentre travailler quand il est prévu à l’horaire et qui peut travailler les fins de semaine?», se demande la femme d’affaires, visiblement épuisée par les derniers mois intensifs de travail.

C’est elle qui était derrière les plaques quand j’ai pris mon petit-déjeuner mardi dernier. J’avais commandé le déjeuner du Cheminot, qui inclut une portion de patates fricassées avec des oreilles de crisse et deux tranches de «baloney». Ça faisait des années que je n’avais pas mangé ça. Ça m’a rappelé mon enfance. «On fait tout ici même: nos cretons, les fèves au lard, la sauce à spaghetti, la sauce aux fruits de mer et nos fish and chips qui sont très appréciés», expose la chef cuisinière.

Aimer son métier

«J’aime toujours ce que je fais. J’ai commencé avec mon père qui a tenu le restaurant pendant quatre ans alors que je suis au poste depuis 15 ans, et j’ai toujours aimé mon travail, sauf que c’est plus difficile ces dernières années. Je n’ai personne pour me remplacer, je veille à mes intérêts, je suis toujours ici», indique-t-elle.

«Les derniers jeunes employés que j’ai embauchés, ils ne rentrent pas une fois sur trois. Ça va être de plus en plus difficile pour des petits restaurants comme nous. Le coût des aliments a énormément monté ces dernières années et il y a des limites à charger pour des déjeuners. Nous avons un bon achalandage, mais il y a moins de monde qui arrête prendre un café l’après-midi. Il y a trois Tim Hortons à Alma. Ils ont le droit d’être en affaires, il n’y a pas de problème, mais trois Tim, juste à Alma, c’est beaucoup», fait valoir celle qui se demande combien de temps elle pourra continuer à ce rythme.

Les offres d’emploi sont nombreuses au Garelais, et pratiquement tous les postes sont à combler.

«Je réfléchis beaucoup ces temps-ci. Je suis épuisée mentalement et il y a des jours où je songe à fermer. Je vais continuer tant que je peux, mais ce n’est pas facile, je manque de personnel et j’ai vraiment besoin d’aide», lance-t-elle comme une main tendue. Le Garelais est une véritable institution dans le patrimoine urbain d’Alma. S’il y a des gens qui se sentent l’âme d’un cuisinier, vous savez à quelle porte frapper.