«Depuis quatre ans, les 28 jours sans boire avec une contribution de 28 $ de la Fondation Jean Lapointe attirent de plus en plus d'adeptes.»

28 jours sans alcool

CHRONIQUE / Ça fait trois ans que j'essaie le défi 28 jours sans alcool et je n'ai pas tenu plus qu'une journée. L'alcool fait partie notre vie au quotidien, que ce soit le 5 à 7 pour la cause, le repas au restaurant, la bière bien méritée à la fin d'une journée éprouvante, le petit quelque chose à fêter, la détente, le barbecue, l'anniversaire, l'occasion, l'accord mets vin, l'habitude, bref toutes les raisons sont bonnes pour prendre un verre.
Le vin qu'on a appris à découvrir et à connaître ces dernières années fait maintenant partie des repas entre amis ou en couple. Depuis quelques années les cocktails s'installent dans la maison en différentes versions, les vodkas et les gins québécois se distinguent et notre cidre de glace fait l'envie des Européens. La SAQ profile notre consommation et nous interpelle par courriel pour nous proposer des rabais et les vedettes de nos téléséries ont toujours un verre de vin à la main en arrivant à la maison. Les microbrasseries poussent comme des champignons et on peut boire local comme on consomme des fromages d'ici.
Depuis quatre ans, les 28 jours sans boire avec une contribution de 28 $ de la Fondation Jean Lapointe attirent de plus en plus d'adeptes. Vous connaissez sûrement quelqu'un dans votre entourage qui relève le défi ou vous en avez déjà entendu parler. Mais qu'est-ce qui motive les gens à relever ce défi?
«C'est pour diminuer ma consommation, l'été, l'automne, le temps des Fêtes, à un moment donné on se rend compte qu'on prend un verre quatre à cinq jours par semaine», avouent certains pour qui l'expression «un verre» peut vouloir dire un verre de bière en apéro et une demi-bouteille de vin en mangeant.
Une consommation régulière d'alcool entraîne inévitablement de dépenses et on ne parle pas ici de deux bières par jour, mais plutôt de la consommation quotidienne de vin qu'un couple peut s'offrir. Une consommation de six bouteilles de vin par semaine, en incluant les soupers entre amis les fins de semaine, peut facilement dépasser 400 $ de dépense par mois. Pour plusieurs, l'incitatif financier devient une motivation supplémentaire en réalisant ce défi.
Pour d'autres personnes, c'est un défi personnel pour se prouver à eux-mêmes qu'il n'ont pas de dépendance face à l'alcool et qu'ils sont capables de résister à la tentation. Certains m'ont confié que c'est probablement de vieux réflexes de notre éducation judéo-chrétienne qui nous font croire qu'on va grandir davantage comme individu dans la privation comme à l'époque du carême avant Pâques.
Peu d'études ont été réalisées sur le sujet, mais des expériences citées par l'Agence Science-Presse de Montréal indiquent que se priver d'alcool pendant un mois peut avoir des effets bénéfiques sur la santé comme une baisse du glucose sanguin, une baisse de graisse hépatique dans le foie et une baisse du cholestérol dans le sang.
D'autres expériences démontrent également qu'un pourcentage important (plus de 70 %) de gens qui se sont privés d'alcool pendant un mois ont par la suite diminué leur consommation d'alcool dans les mois suivants.
La consommation d'alcool est tellement ancrée dans nos habitudes et dans nos moeurs que l'abstinence cause même des malaises dans l'entourage de ceux qui relèvent le défi. Ça rend les autres coupables alors que l'abstinence est une démarche personnelle à chacun.
Aller au restaurant avec sa blonde sans prendre d'alcool nous fait un drôle d'effet pour les serveurs. Si le couple commande d'habitude chacun une bière comme apéro et qu'ils consomment une bouteille de vin pendant le repas, ça peut facilement représenter une dépense de 60 $ et si on ajoute le pourboire à 15 % c'est 69 $ que le couple économise. Le serveur quant à lui enregistre une perte de 9$ de pourboire. Ça doit être ennuyant de servir des clients qui ne boivent pas.
Ce 28 jours sans boisson permet au moins une prise de conscience et force est de constater que la boisson occupe beaucoup de place au sein de notre collectivité. Ça reste toujours que la modération a bien meilleur goût, même au quotidien. Je vais tenter le défi à nouveau l'an prochain.