Carol Girard, directeur du Service de sécurité incendie et coordonnateur des mesures d’urgence de Saguenay, compte 30 ans de carrière en 2018.

« Sauver ou périr » ne suffit plus

CHRONIQUE / Quand Carol Girard a débuté comme pompier à Jonquière, il y a 30 ans, il travaillait sous la devise « sauver ou périr », une époque marquée par le courage de volontaires ou de policiers-pompiers qui fonçaient dans le tas au péril de leur vie avec un souci minimum pour leur sécurité.

C’est une époque révolue aujourd’hui alors que le directeur du Service de sécurité incendie et coordonnateur des mesures d’urgence de Saguenay doit gérer l’ensemble des risques sur le territoire de la ville. « En 2002, les gens avaient encore l’image du pompier qui joue aux cartes en attendant que la cloche sonne pour aller éteindre un feu. De nos jours, les pompiers sortent des casernes pour faire de la prévention en allant sur le terrain rencontrer les gens », fait valoir Carol Girard, qui célèbre en 2018 trente années de carrière en sécurité.

De rattrapage à prévention

« En 30 ans, notre organisation a connu une évolution extraordinaire. Nous sommes partis d’une culture d’intervention en rattrapage à une culture de prévention et de gestion des risques », explique celui qui prend les décisions en cas de mesure d’urgence à Saguenay.

Le déluge de 1996 a permis aux responsables de la Sécurité publique de constater que les villes n’étaient pas organisées pour gérer de telles situations. « C’est incroyable d’avoir pu gérer les impacts des inondations de juillet 1996 sans avoir eu les structures de gestion de risque qu’on a aujourd’hui. Il y avait trois villes avec trois services de police différents, des évacuations, de la prise en charge de citoyens, des pannes d’électricité, des problèmes d’approvisionnement en eau, des enjeux de transport et toutes sortes de problèmes à gérer en même temps. C’est grâce à la bonne volonté des intervenants qu’on a réussi à passer au travers de cet événement », laisse entendre le spécialiste de la sécurité de Saguenay.

Le Service de sécurité incendie en place aujourd’hui gère près de 2000 appels par année et n’a rien de comparable à ce qu’il était au moment de la fusion municipale de 2000.

L’incendie du pont Dubuc

« Ça nous a pris cinq ans pour harmoniser nos services et mettre en place une structure organisationnelle pour faire face aux différents risques qui menacent les citoyens. L’incendie sous le pont Dubuc a été un bon test pour notre organisation. Nous avons été capables de prendre des mesures immédiates pour les citoyens. On ne s’occupait pas de la réparation du pont, mais on contrôlait tout le reste des impacts », fait valoir celui qui se réjouit des progrès réalisés ces dernières années en matière de gestion des risques.

« Aujourd’hui, nous sommes capables d’asseoir à la même table des gens de la Sûreté du Québec, de la GRC, du ministère des Transports, des travaux publics de la ville, le chef des pompiers, le chef de police, le responsable des barrages, les ambulanciers, la Croix-Rouge, des gens d’Hydro-Québec, des gens de la Base de Bagotville et des gens de la gestion hydrique pour être en mesure d’agir rapidement et même de se préparer en cas d’événement », détaille Carol Girard.

« Dans le cas de l’incendie du pont Dubuc, dès 8 h le matin, nous étions prêts à réagir au détournement de la circulation, à mettre des navettes au service des citoyens, à demander aux forces armées d’installer des tentes sur le pont de Sainte-Anne pour protéger les citoyens du vent glacial. La structure mise en place a été efficace », raconte celui qui a dû composer avec les différents responsables liés aux travaux de réparation.

Poste de décision

« Je n’ai pas besoin de consulter les élus pour prendre une décision en matière de sécurité. Si une rivière menace de déborder et qu’on juge qu’il y a un risque pour les citoyens, je peux prendre cette décision immédiatement, en prenant soin évidemment d’informer tous les gens concernés, les élus comme les différents paliers de commandement », fait valoir Carol Girard.

« Aujourd’hui, en matière de sécurité, on ne se casse plus la tête avec les juridictions. Si un appel sur le 911 signale des problèmes sur l’autoroute 70 et qu’il faut une déneigeuse pour enlever de la neige, la réponse est immédiate. On ne se demande pas si c’est sous la juridiction de la SQ ou si le déneigement est sous la responsabilité du ministère des Transports ? Si c’est plus rapide d’envoyer une déneigeuse des travaux publics de Saguenay et un policier de la Sûreté municipale de Saguenay, on va le faire, l’important est d’offrir un service de sécurité aux citoyens », met en relief le directeur que j’ai rencontré au quartier général dans la salle de réunion des gestions de crise dans l’édifice du boulevard de l’Université à Chicoutimi.

Après dix années sur le terrain comme pompier, dix autres années comme cadre gestionnaire et dix années à la tête du Service de sécurité incendie, Carol Girard se dit fier de ce que ce service est devenu depuis la fusion des villes. « Pour l’avenir, il faut continuer à mettre nos gens sous tension et demeurer vigilant. Il faut lever des drapeaux rouges quand il y a des alertes météo d’abondance de neige pour être prêts à agir le plus rapidement possible, même chose en cas d’inondation ou du niveau élevé des rivières, il faut éviter le manque de vigilance », termine le chef de la sécurité de Saguenay.