Roger Blackburn

Le choc des générations

CHRONIQUE / Les temps changent, les comportements changent, les façons de parler au monde changent et ça ne fait que commencer. La dernière affaire dans le feu de l’actualité est celle de Gilbert Sicotte mercredi. Le comédien et professeur au Conservatoire d’art dramatique de Montréal a été suspendu lorsque Radio-Canada a fait enquête pour des allégations de harcèlement psychologique et de violence verbale par la direction de l’école qui forme des comédiens.

Les vieilles façons de faire ne tiennent plus la route. Il y a 40 ans, les professeurs nous tapaient derrière la tête quand nous étions agités dans la classe, plusieurs parents donnaient la fessée aux enfants ou les corrigeaient physiquement en raison de mauvais comportements. Ça ne se fait plus de nos jours. Avec les années, les sévices physiques ont laissé la place à la punition dans la chambre, à la privation d’un jouet ou de dessert au souper.

Les professeurs ne touchent plus aux élèves avec une caresse pas plus qu’avec une tape d’encouragement sur les épaules de crainte de se faire accuser d’attouchements. Les professeurs masculins s’interdisent de rencontrer une étudiante seule dans leur bureau pour des raisons similaires. 

Nous avons ensuite intégré les méthodes de renforcement positif dans l’éducation des enfants. On ne leur dit plus « non ». Quand un enfant demande du chocolat avant le souper, les parents ont appris à ne pas dire : « non, tu va gâcher ton repas », mais : « oui, tu auras du chocolat après ton repas si tu manges tes légumes ». Les enfants doivent vivre des succès au lieu de subir des échecs. Ce sont de nouvelles façons de faire qui ont accompagné ces jeunes jusqu’à l’âge adulte.

Ces jeunes adultes aujourd’hui n’acceptent donc pas qu’on leur crie après et se sentent menacés ou intimidés face aux vieilles méthodes d’enseignement. C’est comme ça dans le monde artistique comme dans la plupart des milieux. On ne casse plus les soldats dans l’armée comme à l’époque de Full Metal Jacket. On n’entraîne plus des joueurs de hockey comme à l’époque de Scotty Bowman qui se faisait haïr de ses joueurs pour les mener à la victoire et les amener à se dépasser. On ne crie plus d’insultes à la tête des gens, c’est comme ça maintenant.

Que ce soit dans une cuisine de restaurant, dans un vestiaire sportif, sur une scène, dans une salle de rédaction d’un journal, sur un plateau de tournage ou dans une classe, on ne démolit plus les gens pour les pousser en avant et les amener à se dépasser. 

De nos jours on accompagne, on récompense, on valorise, on félicite, on reconnaît ce que les gens réalisent. On critique avec des gants blancs, on choisit nos mots, on ménage nos propos, on n’agresse plus les gens verbalement, on n’insulte plus.

Le pendule continue de se balancer dans l’extrême, tellement que, parfois, on n’ose plus complimenter de peur que ce soit mal interprété.

Conflit de générations

« Depuis qu’on a sorti des églises à la fin des années 70, la notion d’autorité est en perpétuel changement. Les taloches derrière la tête n’étaient pas la meilleure façon de faire comprendre les choses, mais ça avait le mérite d’être clair », fait valoir le psychologue du Centre de réadaptation régional, Louis Legault, à qui j’ai parlé avant qu’il prononce une conférence sur la parentalité, vendredi matin. 

« De nos jours, la notion d’autorité n’est pas claire pour les jeunes qui font face à différents modèles. L’autorité à la maison, l’autorité au centre de garde, l’autorité à l’école, l’autorité d’un entraîneur sportif ou d’un professeur de musique ne s’exercent pas de la même façon. Les plus âgés qui ont vécu dans un environnement différent des jeunes d’aujourd’hui doivent s’adapter aux réalités générationnelles », exprime le psychologue.

Les plus âgés ne peuvent plus faire subir ce qu’ils ont subi. Les gens de plus de 60 ans en autorité sur des gens de moins de 30 ans ont de grands défis relationnels; ils ne viennent pas de la même planète, pourrait-on imager.

Depuis quelques mois, des cas d’inconduites sexuelles, dont certains très graves, ont été dénoncés. Dans le cas de Gilbert Sicotte, on dénonce la façon Scotty Bowman d’enseigner, les vieilles manières de pousser les gens à la performance ; bienvenue en 2017 ! Et ce n’est pas fini, le pendule va continuer de basculer à l’extrême encore longtemps.

Les enfants-rois élevés par des parents hélicoptères, qu’on appelait autrefois des mères ou des papas poules, arrivent à l’âge adulte. Ces enfants ont grandi avec des casques de vélo, des sièges d’auto avec des coussins gonflables, de l’anxiété ou de l’hyperactivité contrôlée par médication et n’ont connu que des succès, peu d’échecs.

Une nouvelle espèce

Lucien Francoeur, le rockeur, poète et professeur de littérature au cégep, disait en 2011 à propos des nouveaux élèves : « Ce n’est pas seulement une nouvelle génération. C’est une nouvelle espèce. Ils font partie d’une civilisation qui est celle du numérique... On est VHS, ils sont MP3. On est brosse, craie, tableau. Ils sont dans la navette spatiale avec cellulaire, laptop et iPod. »

Les jeunes n’endurent plus qu’on lève le ton, qu’on fasse des commentaires déplacés, qu’on critique sévèrement. Soit on s’adapte, soit on se fait remettre à sa place et, comme dans plusieurs cas, ça finit par « tasse-toi mononcle ! ».

Chroniques

Les études n'ont pas d'âge

CHRONIQUE / Une cohorte d’environ 70 étudiants âgés de 55 à 82 ans qui font partie de l’Association des universitaires du 3e âge (UTA) de l’UQAC célébrait le 30e anniversaire de ce regroupement mardi à La Pulperie de Chicoutimi.

« Les études n’ont pas d’âge », a lancé l’animatrice Christiane Pilote. Ils étaient une soixantaine dans la salle pour cette rencontre de reconnaissance et pour souligner la fin du cours de politique américaine qu’ils venaient de terminer. L’an dernier, les étudiants du troisième âge ont suivi un cours sur l’islam. « Ce n’est pas toujours collé sur l’actualité, ça dépend des sujets qui intéressent nos gens, ça change chaque session », explique Danielle Hébert qui est présidente de l’UTA.

L’animatrice relatait les débuts des cours de communication et expression offerts pour les gens du 3e âge qui s’adressaient surtout à la génération silencieuse. « À cette époque, on n’osait pas s’exprimer, on n’osait pas répondre à nos besoins culturels, de savoir et de connaissance », en faisant référence à 1987.

« Au début, ce sont des femmes qui ont choisi de rester à la maison pour l’éducation des enfants et qui n’ont pas eu la chance de faire des études qui ont exprimé le désir d’aller à l’université. Aujourd’hui, c’est différent, il y a une dizaine d’hommes qui suivent des cours avec nous et la génération des baby-boomers qui arrivent à la retraite a eu la chance de réaliser des études postsecondaires », met en relief Danielle Hébert.

Pour comprendre et apprendre

Ma vieille mère s’était inscrite à l’université à la fin des années 70 pour suivre un cours de théologie (c’est dans ce département qu’est née l’UTA en 1987), car elle manquait d’arguments face à 14 enfants qui n’allaient plus à la messe et qui avaient basculé la religion par-dessus bord. « Dans 2000 ans, quand les gens liront qu’il tombait des cordes ou des peaux de lièvre à Chicoutimi, ça va prendre quelqu’un qui explique ce que voulaient dire ces paraboles. C’est la même chose pour la Bible ; il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre », m’expliquait-elle alors qu’elle revenait de l’université la tête pleine de nouvelles connaissances. C’était une joie pour cette femme de la génération silencieuse qui avait passé sa vie à la maison à élever ses enfants.

C’est un peu la même chose que ces étudiants du troisième âge ressentent quand ils ont suivi une dizaine de cours sur l’islam ou la politique américaine ; on comprend et interprète mieux l’actualité quand on possède la connaissance et le savoir. Si le contact humain figure en tête de liste des motivations pour ces gens de s’inscrire à l’UQAC, les besoins intellectuels viennent tout de suite après.

Rendre le savoir plus accessible

La première femme rectrice de l’UQAC, Nicole Bouchard, a profité de cette occasion pour parler de l’avenir de l’université régionale qui fêtera ses 50 ans l’an prochain. « Il fallait de l’audace au début pour mettre sur pied l’UTA. Ça prenait des gens qui croyaient à l’éducation au-delà de la formation », a lancé Nicole Bouchard lors d’une courte allocution.

« L’avenir, c’est la formation et l’éducation tout au long de la vie. On parle de plus en plus du 4e et du 5e âge », dit-elle faisant référence aux gens qui vivent de plus en plus vieux et en pleine santé physique et intellectuelle. « Nous avons un défi de mixité intergénérationnelle pour éviter le repli sur soi-même. D’ailleurs, le réflexe de nommer les générations mène à du cloisonnement. Les baby-boomers ne sont pas responsables des maux passés de notre société, pas plus que les milléniaux sont responsables des maux à venir », a plaidé la rectrice de l’UQAC, qui considère que les gens n’auront pas le choix de développer leurs connaissances tout au long de leur vie .

Nicole Bouchard a insisté sur l’importance de ne pas mélanger formation et éducation. « Nous avons de la pression pour offrir de la formation qui mène à des métiers payants, mais la formation sans éducation mène à des dérives intellectuelles. Il faut éviter les raccourcis de la pensée critique. Des thèmes comme la neutralité religieuse, l’aide médical à mourir ou la légalisation du cannabis doivent être traités par des gens informés », a lancé la rectrice.

Pour elle, la solution face aux nouveaux défis passe par l’université populaire, une démocratisation du savoir qui s’est manifestée lors du printemps arabe en Europe. « Le savoir ne doit pas être seulement réservé aux élites. Il faut être éduqué pour devenir de meilleures personnes. Il faut s’ouvrir à l’intergénérationnel par des ateliers d’échanges et des conférences. L’université populaire n’existe pas au Québec, mais on ne part pas de zéro. Il faut que ça passe par un noyau comme l’UTA qui a une histoire à succès pour y arriver avec la collaboration des collèges, des villes, des commissions scolaires et des employeurs. L’université populaire est un projet de société pour les 30 prochaines années », a conclu la rectrice sous les applaudissements des étudiants du 3e âge.

Chroniques

L'ivresse de la généalogie

CHRONIQUE / J’ai eu la piqûre de la généalogie. J’ai effectué une visite à la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) à Chicoutimi, mardi, pour en savoir plus long sur leur journée porte ouverte prévue pour le samedi 18 novembre. On m’a expliqué que la généalogie est un phénomène de plus en plus populaire et que le goût pour retrouver ses racines est très marqué dans la population. Toutes les semaines, des gens se présentent pour faire des recherches et pour trouver d’où ils viennent.

Myriam Gilbert, archiviste-coordonnatrice de la BAnQ, s’est assise à côté de moi devant un écran d’ordinateur dans la salle de consultation publique et m’a demandé les noms de mes grands-parents. Je ne connaissais pas le nom de ma grand-mère, c’est gênant, mais elle est morte en 1918 de la grippe espagnole, c’est tout ce que je savais d’elle.

« On va se partir avec le nom de vos parents », me dit Myriam Gilbert pendant que Joëlle Hardy de la Société historique apporte un petit document de la grandeur d’un napperon de restaurant intitulé « Mon arbre généalogique ».

Un arbre en quelques clics

En quelques clics sur l’ordinateur, nous avons créé mon arbre généalogique jusqu’à mon arrière-arrière grand-père. J’avais entendu parler de Hugh Blackburn, ce soldat du 78e régiment Highlander originaire d’Écosse qui s’est installé à La Malbaie et qui est à l’origine de la plupart des Blackburn de la région. Le magazine de la Société historique, Saguenayensia, en avait déjà fait l’objet d’une publication.

Notre éducation judéo-chrétienne a fait qu’on se souciait surtout du nom de famille du père quand venait le temps d’établir une descendance, le nom de la mère tombant simplement dans l’oubli. En cherchant un peu du côté de la mère et de la grand-mère, on fait des découvertes extraordinaires. On se rend compte tout d’un coup qu’on a dans le sang de l’ADN de Leclerc, de Doucet, de Gravel, de Richard ou de Gagnon. J’ai découvert tout un intérêt à parcourir mon arbre généalogique et tout ça gratuitement, au bout d’un clic, avec l’aide d’une spécialiste qui peut vous orienter dans vos recherches.

Caverne d’Ali Baba

« C’est la journée idéale pour les gens qui veulent initier une recherche généalogique, pour faire les premières démarches. Après ça, on met les pieds dans un engrenage qui n’a plus de fin pour qui veut s’y intéresser », avise l’archiviste.

« Les raisons qui motivent les gens à faire des recherches généalogiques sont diverses. Ça peut être pour le bénéfice des petits-enfants, alors que des parents veulent tracer l’histoire de la famille. Pour d’autres, c’est une démarche personnelle, mais la généalogie, c’est une véritable caverne d’Ali Baba. Parfois, on découvre des personnages mystérieux dans notre famille et on veut investiguer pour en savoir davantage », fait valoir Joëlle Hardy.

Non seulement on peut retracer nos ancêtres, mais on peut aussi mettre la main sur leur contrat de mariage, leur certificat de naissance ou leur certificat de décès. On peut même pousser les recherches dans les archives de photos dont vous ignorez l’existence. Vous pouvez aussi avoir accès à des contrats notariés, des rapports de coroners, des procès-verbaux, des articles de journaux, vente de terrains ou d’entreprises, les sources sont un puits sans fond.

Le nombre de documents disponibles aux Archives nationales est impressionnant. Le plus vieux livre des archives date de 1517, il a 500 ans cette année. « Nous avons du travail encore pour 100 ans devant nous. Nous recevons chaque année les documents des palais de justice, des corps policiers, des commissions scolaires, des firmes d’architectes, bref de tous les organismes publics. Nous n’avons pas suffisamment de personnel pour traiter toutes ces informations en même temps », estime l’archiviste Myriam Gilbert.

En plus des archives nationales, la Société historique reçoit tous les fonds privés des familles ou des entreprises de la région. « Il faut identifier et classer les photos et divers documents. Dans le domaine des archives, ce que l’on fait doit être bien fait, car on ne peut pas le refaire. Si un document ou une photo est égaré dans les archives sans être indexé, il y a de fortes chances qu’il soit perdu pour toujours », explique Myriam Gilbert pendant notre visite de l’entrepôt où reposent des milliers de boîtes de documents, de microfilms et d’archives numériques.

Profitez-en donc, samedi, pour découvrir cette bibliothèque. C’est gratuit et elle vous appartient. Vous y ferez peut-être des découvertes extraordinaires.

Roger Blackburn

Quand la fée des étoiles décore Noël

CHRONIQUE / Je ne suis pas très décorations de Noël. Plus jeune, avec les enfants en bas âge, j’ai fait mon effort de guerre avec les jeux de lumières extérieures en grimpant dans les épinettes pour les fixer jusqu’au sommet. Avec les années, on le fait un peu plus sobrement, mais quand même, les décorations de Noël continuent à illuminer nos rues et l’intérieur de nos maisons. C’est encore beau, même en prenant de l’âge.

Cette semaine, je suis allé faire une virée à Saint-Honoré dans le cadre des élections municipales et j’ai fait une halte aux Jardins de Noël, dans les Serres Louise Turcotte. En ouvrant la porte pour entrer dans la boutique, je vous jure, on se croirait dans l’atelier du père Noël. Les arrangements conçus dans cette boutique sont à faire rêver.

Ça fait sept ans que les horticultrices, Nataly Savard, Marilyn Tremblay et Véronique Tremblay, travaillent au froid, habillées en hiver avec leur tuque et des mitaines. Elles n’ont pas voulu que le photographe les prenne en photo avec leurs vêtements de travail. «La première année, on chauffait les serres au complet. On travaillait avec des poinsettias. Nos profits ont servi à payer les frais de chauffage. Il a fallu revoir notre projet», raconte Véronique Tremblay, toute souriante au coeur de la boutique.

Elles chauffent maintenant seulement l’espace boutique pour le confort des clients, mais à une basse température, et elles ont laissé tomber les poinsettias. «Au début décembre, il fait plus froid, ça devient intense comme milieu de travail», concèdent les artistes de Noël qui ne craignent pas la froidure.

Ça sent Noël, ça sent le sapin. Il y a des lumières, des cocottes géantes, des branches de pin, du cèdre, des branches d’épinette, des branches de bouleau, des étoiles en écorce, des couronnes, des guirlandes, des boucles rouges, c’est beau, ça donne le goût de Noël.

«Nous avons des fournisseurs qui nous approvisionnent. Nous ne partons pas dans la forêt pour couper des branches de bouleau ou des branches de pin. Il y a des entreprises spécialisées dans ce domaine qui nous font la livraison de ces articles de décoration naturelle», font valoir les artisanes.

Party de bureau

«Nous avons beaucoup de commandes corporatives. Les compagnies nous commandent des centres de table pour leur party de bureau et les font tirer parmi leurs employés à la fin de la soirée. Très souvent, les gagnants reviennent nous voir l’année suivante pour qu’on réalise leur centre de table qu’ils ont apprécié», raconte Nataly Savard. 

«Cette année, le blanc est à la mode. Ça fait deux ans qu’on le voit venir, mais cette année, c’est une tendance forte, alors nous exploitons cette couleur dans nos créations», fait remarquer l’horticultrice. Les artistes en création florale ont lancé ce projet pour prolonger la saison des fleurs en période estivale. Elles utilisent leur savoir-faire pour redécorer Noël.

Créations personnalisées

Les artisanes utilisent différents objets pour réaliser leurs créations. Ça peut être des objets personnels qui vous appartiennent, qui vous sont chers et elles les intègrent dans un concept de décoration. Ça peut être une paire de raquettes, de vieux patins à glace, un coffre ou une antiquité, peu importe, ces objets feront vivre Noël. Les clients peuvent acheter les créations proposées ou un projet personnalisé.

«Les arrangements extérieurs peuvent servir d’ornement jusqu’au printemps. Il suffit d’enlever la boucle de Noël pour se retrouver avec une création en pot comme un bouquet floral hivernal», fait valoir Véronique Tremblay.

«Le beau c’est beau», dirait ma blonde, mais ce n’est pas donné, il faut s’attendre à payer un peu plus cher que pour une couronne en plastique du Dollorama, mais votre intérieur des Fêtes n’en sera que plus gai. Si les artisanes des Jardins de Noël ne se rendent pas dans les forêts pour couper leurs branches d’arbre, elles passent quand même de longues heures à arpenter les plages pour ramasser des bois de grève. 

«On part avec notre camionnette et on remplit la boîte arrière, on trouve toutes sortes de belles formes, ça fait marcher notre imagination», confie Nataly Savard en pointant du doigt une souche grugée par un castor qui risque de finir comme centre de table.

Noël semble plus beau quand il passe entre les doigts de ces fées des étoiles.

Chroniques

Saint-Honoré au féminin

CHRONIQUE / La ville de Saint-Honoré a élu un conseil municipal composé uniquement de femmes, à l’exception du maire qui a été reporté au pouvoir sans opposition. Je n’ai pas fait le tour des 1100 municipalités et des quelque 8000 élus pour vérifier, mais d’un coup d’oeil rapide, c’est le seul conseil municipal au Québec où les élues, excluant le maire, sont exclusivement des femmes.

Les Honoriennes suivent la tendance provinciale qui se dessine depuis 2005 au Québec alors que les femmes sont de plus en plus nombreuses à se présenter en politique municipale. Évidemment, le maire de Saint-Honoré, Bruno Tremblay, a entendu tous les commentaires clichés du genre « il va falloir que tu lèves la main si tu veux prendre la parole » ou « le pauvre gars yé pas chanceux, y va être poigné avec des femmes ». Mais au-delà des blagues sexistes qu’on entend de génération en génération, Saint-Honoré fait bande à part avec son conseil de ville féminin.

Pas de différence

« C’est vrai que je me fais taquiner sur le fait que je vais travailler seulement avec des femmes sur mon conseil et j’ai bien hâte d’entamer le prochain mandat avec elles. J’ai passé ma vie à travailler avec des femmes dans mon épicerie et à la boucherie et ça c’est toujours bien passé. Je ne vois pas de différence entre le travail d’un homme ou celui d’une femme quand le travail est bien fait », met en relief celui qui en sera à son deuxième mandat à la mairie de Saint-Honoré.

« Je pense que notre situation est unique au Québec, je pense même que c’est une première au Québec. Tant mieux si ça fait parler de nous dans les médias, ça va faire connaître notre ville davantage », souligne en riant Bruno Tremblay qui ne doute pas un instant de la qualité des candidates élues à la table du conseil. 

« Généralement, quand tu te présentes en politique municipale, c’est parce que tu as le goût de t’impliquer et de faire avancer ta ville. Ce sont donc des qualités de départ que je reconnais aux femmes qui sont à la table du conseil », fait valoir le maire.

« J’ai toujours été en désaccord avec la discrimination positive pour la présence des femmes en politique et nous avons la preuve cette année avec ces femmes qui se sont fait élire avec les mêmes règles pour tous. Denis Coderre s’est fait battre par une femme à Montréal et à Saguenay c’est une femme qui a remporté les élections avec des règles égales pour tous », analyse Bruno Tremblay.

Les organisations féministes disent souvent : une femme accepte un poste si elle se sent capable à 140 %, alors qu’un homme accepte s’il se sent capable à 40 %. Il faut donc s’attendre que Saint-Honoré prenne les bouchées doubles au cours des quatre prochaines années.

Roger Blackburn

Agressions chez les aînés

CHRONIQUE / Je vais l’appeler Rose. Ce n’est pas son vrai nom, mais elle veut dénoncer ce qu’elle a subi dans une résidence pour personnes âgées de la région. Je ne peux pas non plus identifier cette résidence, mais les personnes du milieu communautaire à qui j’ai parlé me disent toutes que les aînés qui subissent des mauvais traitements dans leur résidence ont peur de dévoiler ce qu’ils vivent dans leur quotidien. Ils ont peur de dénoncer par crainte d’en subir les conséquences.

C’est d’ailleurs une personne d’un organisme venant en aide aux personnes âgées qui m’a informé du cas de Rose, m’assurant qu’il s’agissait d’une personne fiable, qui a toute sa tête. Elle va être déçue, car elle tenait tellement à ce que je nomme le nom de la résidence, mais des modalités légales m’empêchent de le faire.

Harcèlement sexuel

Rose a 83 ans. Elle a fière allure, s’exprime bien, en bonne santé et plein d’aplomb. En avril dernier, elle décide de déménager dans une résidence après le décès de son compagnon de vie. Elle avait choisi cet endroit en raison des services qui étaient offerts. Elle payait 1716 $ par mois plus un montant de 442 $ pour le crédit de maintien à domicile et un montant de 200 $ par mois pour le menu végétarien.

« Une diététicienne est venue me voir, mais je n’ai jamais eu de repas végétarien, sauf quand il y avait des plats sans viande sur le menu », dit-elle tout en dénonçant la qualité de la nourriture, comme dans bien des endroits de ce genre d’ailleurs.

Pendant qu’elle me raconte les nombreux désagréments de son séjour, elle me balance tout d’un coup : « J’ai été agressé cinq fois par un bonhomme. Il m’attendait partout pour me croiser dans la résidence, il aurait dû être placé dans une maison pour malades mentaux, ici, c’est une maison pour gens autonome », dit-elle.

« J’ai porté plainte à la quatrième agression, ça faisait quatre fois qu’il m’écœurait. J’ai porté plainte à la direction de la résidence et ils m’ont dit : faites venir la police, y vont le ramasser. Il y a quatre autres femmes qui ont fait des plaintes. Voyons donc, je n’ai pas appelé la police... », raconte la vieille dame.

« La cinquième fois, il m’attendait à l’entrée de l’ascenseur, j’ai accoté le bonhomme avec sa marchette et je lui ai demandé ce qu’il faisait là et de me laisser tranquille. Il m’a dit : je t’attendais, je veux coucher avec toi, mais tu ne veux pas », raconte la dame exaspérée par ces gestes de harcèlement.

« Je lui ai dit de retourner à sa chambre, il m’a fait le coup du gars qui ne se rappelait plus où se trouve sa chambre », détaille la vielle dame.

Harcèlement à 83 ans

Je vous entends déjà dire : ben voyons donc, voire si on va avoir des inconduites sexuelles à l’égard d’une dame de 83 ans. Les femmes de tous âges doivent faire face à ce genre d’inconduite ou de harcèlement, ça se poursuit même pendant leur vieillesse, alors qu’elles sont plus vulnérables.

C’est difficile d’imaginer un mouvement de dénonciation, via Twitter et Facebook pour les gens de cette génération, comme on le voit récemment dans le cas de vedettes et de personnalités connues. Je dénonce aujourd’hui pour peut-être encourager les proches à supporter leurs aînés qui vivent des moments difficiles dans ces endroits.

Rose a finalement quitté cette résidence pour personnes âgées où elle espérait trouver du réconfort et une vie intéressante. Elle vit seule dans un appartement, ses enfants sont tous décédés, elle compte sur un bénévole qui vient la visiter une fois par semaine.

Elle a fait parvenir une mise en demeure à la résidence par l’intermédiaire d’un avocat pour tous les inconvénients subis lors de son séjour, mais elle a refusé d’aller devant les tribunaux. Les avocats de la résidence ont évoqué que Rose a fait de fausses représentations concernant le menu végétarien, car ce n’est pas indiqué dans son bail, ni dans le document « profil général du résident ».

La direction de la résidence affirme qu’ils n’ont jamais reçu de plainte de la part de Rose en regard de harcèlement sexuel. « C’est plutôt elle qui a fait de l’exhibitionnisme en se promenant nue dans son appartement tout en laissant la porte ouverte », ont laissé entendre les avocats de la résidence.

Rose a cessé les démarches judiciaires pour ne pas se retrouver en cour, mais se dit très insultée qu’on lui fasse une mauvaise réputation. « Pensez-vous que je vais commencer à me promener nue dans mon appartement la porte ouverte à mon âge ? franchement »... dit-elle en fin de rencontre.

Elle me dit de ne pas m’inquiéter, quand je lui ai souhaité bon courage, qu’elle a vécu des choses pires que ça dans sa vie. Elle a bon pied bon œil et garde le sourire malgré tout, mais elle avait besoin de dénoncer.

Chroniques

Le nouveau face à l'ancien à L'Anse

CHRONIQUE / Il y a une campagne électorale aussi à L’Anse-Saint-Jean. Les petits villages sont un peu laissés de côté dans ces campagnes municipales partout en province. Je suis allé faire un tour, mercredi, du côté des négligés médiatiques, dans la métropole du Bas-Saguenay, le village du Roi de L’Anse, le village dont le pont couvert figurait au dos des billets de 1000 $.

C’est un maudit beau village, même quand les voiliers sont entreposés sur le quai en marge du fjord et que le gazon recouvre encore les pentes de ski du mont Édouard. C’est mort à L’Anse entre deux saisons. Il n’y a plus de feuilles dans les arbres, personne sur les routes et seulement quelques clients au restaurant L’Est-Anse-Ciel.

C’est mort, en novembre à L’Anse, mais ça reste beau. Le fjord tel un miroir reflétait les flancs de montagnes, la rivière à saumon coulait, agitée dans son lit, et le cimetière de pierres blanches, près de l’édifice municipal, nous rappelle toujours notre rendez-vous final. C’est là, dans son bureau de l’hôtel de ville, que j’ai rencontré Lucien Martel qui a terminé un premier mandat et qui en sollicite un deuxième.

Une montagne et un fjord

La municipalité anjeannoise de 1223 habitants ne se résume pas à une montagne et un fjord, mais ces attraits demeurent les deux principaux axes de développement. « Pour un petit village, nous avons une montagne de ski, un quai avec des bateaux de croisières, une zec de chasse et pêche, une rivière à saumon, une école secondaire, une école primaire, deux médecins, sept restaurants, deux épiceries et deux microbrasseries », détaille le maire qui brigue un deuxième et dernier mandat.

« Le tourisme s’impose comme notre produit intérieur brut. Il n’y aura jamais de grandes entreprises ici et l’industrie du bois n’est plus ce qu’elle était. On ne vise pas à développer un parc industriel, notre principale industrie c’est le tourisme », expose Lucien Martel.

Le maire explique qu’au village, en période estivale, les gîtes, hôtels et condos peuvent héberger 900 touristes par soir. « Il faut s’organiser pour bien recevoir les visiteurs. Au quai l’été, nous devons être en mesure d’accommoder les gens en aménageant des stationnements et en réalisant la promenade des navigateurs jusqu’au camping. Il faut que les infrastructures soient adéquates si on veut que les gens reviennent », dit-il.

L’hiver, la station de ski affiche environ 52 000 visites alors que de 80 à 100 000 visiteurs se pointent en période estivale.

Un village d’étrangers

Lors des quatre dernières années, selon le maire sortant, 64 nouvelles constructions ont été érigées dans la municipalité. « Ça représente 170 000 $ de nouvelles taxes chaque année », fait-il valoir. Le village alpin du Mont-Édouard compte 300 portes, ce qui fait dire au maire que le village anjeannois peut compter plus de 3500 habitants au plus fort de son activité. « On estime que 50 % des propriétaires de L’Anse-Saint-Jean possèdent une deuxième adresse à l’extérieur », soutient Lucien Martel, démontrant ainsi l’importance de l’aspect villégiature et destination vacances du village.

Assainissement des eaux

Un des gros dossiers de L’Anse-Saint-Jean pour le prochain mandat est l’assainissement des eaux. « On a trois réseaux sanitaires au village : celui du Mont-Édouard qui est conforme aux normes ; celui du croisement des routes sur la 170 où toutes les propriétés déversent leurs égouts dans la rivière à saumon et les maisons du village qui déversent dans le Saguenay. Ce n’est pas chic, il faut que ça cesse, on espère que les gouvernements vont nous aider à hauteur de 95 % des coûts, nous n’avons pas les moyens d’assumer une telle facture », souligne Lucien Martel qui affronte l’ancien maire Claude Boucher dans la campagne électorale.

L’ancien et le nouveau

Claude Boucher a été maire de L’Anse-Saint-Jean pendant huit ans de 2005 à 2013. Il a perdu ses élections il y a quatre ans et se présente à nouveau cette année. « En 2013, j’ai perdu mes élections parce que les gens ont opté pour le changement. On ne peut pas grand-chose quand les gens souhaitent du changement, ça arrive après deux mandats à la tête du village », a-t-il commenté alors qu’il me recevait à sa résidence au pied des pentes dans le village alpin.

Évidemment, il a des reproches à faire au maire sortant et à sa façon de diriger la ville, mais veut lui aussi procéder à l’assainissement des eaux et développer la promenade des navigateurs, des dossiers qu’il a initiés lors de ses deux mandats.

Claude Boucher diverge d’opinion avec le maire sortant concernant le développement du Mont-Édouard. « C’est bien beau d’investir 2,5 millions $ dans la montagne pour faire homologuer des pistes pour des compétitions nationales, mais ce qu’il faut dans la montagne, c’est élargir les pistes, développer deux pistes de plus pour les skieurs de tous les jours et surtout investir dans un télésiège débrayable et dans le développement résidentiel. Des canons à neige c’est bien, mais entre nous, ce n’est pas la neige qui manque ici », commente celui qui voudrait faire un dernier mandat pour préparer la relève et faire de la place aux jeunes dans l’administration municipale.

Claude Boucher est resté amer de sa défaite de 2013, mais l’ancien professeur de mathématiques à l’UQAC philosophe un peut avant les élections de dimanche. « J’ai dit à mon fils: ‘‘si je gagne, je vais fêter ça, et si je perds, je vais fêter ça aussi’’, comme ça, ça me laissera plus de temps pour m’occuper de mes affaires et de ma collection de timbres », a laissé tomber le philatéliste qui possède une collection impressionnante.

Chroniques

La population embarque et s'implique

CHRONIQUE / La campagne électorale tire à sa fin. Nous saurons le dimanche 5 novembre qui sera le nouveau maire ou la nouvelle mairesse de Saguenay et qui seront les conseillers qui siégeront autour de la table du conseil. La semaine dernière, j’ai fait du terrain avec les quatre candidats à la mairie de Saguenay et j’ai constaté que le milieu prend part activement à cette campagne électorale.

Les organismes communautaires, la chambre de commerce, les étudiants et des regroupements de commerçants, entre autres, ont demandé des rencontres aux candidats et ces derniers ont accepté de prendre part à ces discussions en fonction de leur agenda. J’ai perçu que les gens avaient le goût de participer à l’exercice démocratique, un aspect qui semblait faire défaut avec le règne de la dernière administration municipale. Le manque d’écoute et de consultation du milieu est un commentaire que j’ai souvent entendu sur le terrain, tout comme le fait que Promotion Saguenay en mène très large dans les relations avec la communauté, pour le meilleur ou pour le pire, selon les organisations.

Débat public et démocratie

Lors des débats ou lors des rencontres organisées, les candidats ont dévoilé leur programme électoral et leurs propositions ont provoqué des discussions pour en faire un débat public. Honnêtement, ça fait du bien de sentir que la population participe à ces débats et son implication montre clairement son intérêt pour les affaires municipales.

Le maire Tremblay a trôné pendant plus de 15 ans au sommet des sondages de popularité et il y avait peu de place pour les débats, voire pour une lutte à la mairie. Avec les quatre candidats, on sent que les différents enjeux prennent de l’importance, ça peut sûrement augmenter l’intérêt des citoyens au moment d’aller voter. Les électeurs ont de quoi débattre dans les chaumières. Plus l’élection approche, plus on entend dire : «Pour qui vas-tu voter ? » On l’entend dans les réunions de famille et dans les rencontres entre amis, les opinions s’affrontent et les discussions s’animent ; ça fait longtemps qu’on n’avait pas vu ça.

Des villes négligées

Pendant cette campagne électorale, il y a des négligés. Les médias d’information n’ont pas les ressources et le temps nécessaire pour couvrir toutes les municipalités de la région. La campagne de Saguenay fait ombrage aux autres enjeux sur le territoire. 

Ce serait bien, par exemple, si Montréal et Québec, tout comme Saguenay et Alma ou Saint-Félicien et Roberval, n’étaient pas en élection la même année. L’attention médiatique devrait être répartie un peu comme les Olympiques d’hiver et les Olympiques d’été qui n’ont plus lieu la même année, de sorte que nous avons des Olympiques aux deux ans au lieu de deux aux quatre ans.

Nous pourrions donc avoir des élections municipales aux deux ans au lieu d’une méga élection pour toutes les municipalités aux quatre ans. Il me semble que la couverture médiatique serait plus équitable pour les 49 municipalités.

Des noms pour les districts

Un des irritants pendant cette campagne, c’est le fait que les districts électoraux soient identifiés par des numéros au lieu d’utiliser des noms. Dans la ville de Québec, les 21 districts portent un nom avec un numéro entre parenthèses (exemple : Montcalm–Saint-Sacrement [#2]), tout comme les districts électoraux des villes de Sherbrooke, de Laval ou de Trois-Rivières. 

C’est beaucoup plus facile de situer géographiquement les quartiers en leur donnant un nom plutôt qu’un simple numéro. Je vote depuis au moins 25 ans et je n’ai jamais su le numéro de mon quartier, ça ne me dit absolument rien.

Ça pourrait être un beau défi de consultation populaire pour les conseillers municipaux, lors de leur prochain mandat, de trouver un nom pour leur district électoral. Je vous en propose quelques-uns, histoire de lancer le débat, et je suis convaincu que les gens du milieu sauront sûrement trouver un nom qui leur convient.

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Arthur Gobeil, l’anti-politicien gestionnaire de budget

Notre chroniqueur Roger Blackburn s’est invité dans la course à la mairie de Saguenay en vue des élections municipales du 5 novembre. Il a passé une journée avec chacun des candidats pour vivre le quotidien d’une campagne électorale. Il a côtoyé Jean-Pierre Blackburn, le bon père de famille doté d’une grande sensibilité, Josée Néron, une femme organisée et structurée, Dominic Gagnon, un verbomoteur inspiré par les saines habitudes de vie, et Arthur Gobeil, l’anti-politicien à l’écoute du milieu. Aujourd’hui, Arthur Gobeil.

La journée commence tôt avec le candidat indépendant Arthur Gobeil. Il m’attendait à 7 h 50 sur le stationnement du Musée du Fjord à La Baie. Avec sa voiture identifiée à son image de candidat, on ne pouvait pas le manquer. La direction du musée voulait connaître son opinion face à différents projets. Il était en pays de connaissance, il a vérifié les états financiers du musée pendant plusieurs années.

« Très tôt dans ma carrière, j’ai décidé de m’investir dans le bénévolat économique. Toutes les causes sont bonnes, mais le développement économique s’est imposé rapidement », dit-il. Il suffit d’ailleurs de parcourir son curriculum vitae pour constater qu’il a été reconnu en tant qu’acteur essentiel du développement économique régional dans plusieurs sphères d’activités.

Il a pris la peine de féliciter les gestionnaires du musée de travailler en collaboration avec d’autres organismes du milieu, de faire des maillages. « On n’a pas le droit comme élu de rejeter un projet du revers de la main quand le milieu se prend en main. Soit on a les moyens d’avoir un projet ou pas, mais si on a les moyens, il faut y aller et offrir notre support pour ne pas perdre les acquis », explique-t-il, précisant que c’est son approche dans la plupart des dossiers.

Il a relevé l’importance d’avoir des dossiers actifs pour les organismes tout comme à la ville. « Il ne faut pas attendre après les programmes gouvernementaux pour élaborer des projets. Il faut être prêt quand un nouveau programme est mis de l’avant par les gouvernements. Si nous avons des dossiers bien préparés avec une vision à long terme sur cinq ou dix ans, on peut se qualifier avant que les enveloppes budgétaires soient dépensées », élabore le comptable, qui se qualifie de visionnaire.

De l’industriel au communautaire

En sortant du Musée du Fjord, Arthur Gobeil avait rendez-vous chez l’entreprise JMY inc. à La Baie, pour serrer les mains des employés de cette usine de fabrication et réparation de pièces, de soudure et d’usinage. « Le propriétaire de cette entreprise qui compte 170 employés est mon cousin. Ce sont des gens vaillants qui ont travaillé fort pour bâtir cette compagnie », fait valoir l’associé-conseil de la firme Raymond Chabot Grant Thornton.

« Raconte au journaliste comment vous avez bâti cette entreprise », dit-il au propriétaire Jean-Marc Maltais. « Moi et mon associé Yves Bouchard, on a commencé il y a 23 ans avec deux pick-up, deux soudeuses et un petit local pas plus grand que ça », dit-il, souriant en me montrant un espace d’environ 20 X 20 dans la salle de « break » des employés. C’est le genre d’histoire qui plaît au comptable qui connaît bien le milieu industriel.

Au sortir de l’entreprise, Arthur Gobeil se dirige à la Bambinerie du Fjord pour rencontrer les dirigeants qui cherchent à se relocaliser depuis l’incendie de leurs locaux dans le Pavillon Saint-Marc, à La Baie.

« Comme maire, nous n’avons pas toutes les solutions, mais il faut écouter les gens du milieu. Il y a des locaux de disponibles à Saguenay, mais il faut obliger les gens à se parler, que ce soit les commissions scolaires, le CIUSSS ou les églises. Comme maire, je peux être rassembleur et m’organiser pour que les solutions viennent du milieu. On ne peut pas toujours imposer des décisions qui viennent d’en haut, le milieu connaît ses besoins et il faut les écouter », répète le gestionnaire.

L’anti-politicien

Arthur Gobeil a tenu une conférence de presse, en fin d’avant-midi, alors qu’un groupe d’individus de tous les milieux de Saguenay (professeurs, avocats, étudiants, entrepreneurs) sont venus lui offrir leur appui pour mettre en relief que la ville a plus besoin d’un gestionnaire que d’un politicien. Le candidat à la mairie a été emporté par l’émotion devant cet appui et ce n’était pas de la frime, sa conjointe me l’a confirmé. « Il reçoit une carte de fête et il pleure avant de l’ouvrir », dit-elle, pendant que son fils essuyait ses yeux humides.

« J’ai décidé de me présenter à la mairie parce que j’étais tanné de voir tout le cynisme qui entoure les élus et la perception que les gens ont des politiciens. Je suis peut-être naïf, mais je voulais donner une opinion différente des gens qui font le choix d’aller en politique », dit-il.

Le candidat indépendant répète à qui veut l’entendre qu’il n’est pas un politicien, qu’il n’est pas le meilleur dans les débats, qu’il ne fait pas de promesses spectaculaires. « Je ne suis pas motivé par les guerres de parti, je trouve que c’est plus sage de connaître son budget avant de le dépenser. Je suis un gestionnaire, pas un politicien », confesse-t-il, sachant très bien que ce n’est pas très populaire sur le plan de l’image.

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Gagnon, le candidat qui veut convaincre

Notre chroniqueur Roger Blackburn s’est invité dans la course à la mairie de Saguenay en vue des élections municipales du 5 novembre. Il a passé une journée avec chacun des candidats pour vivre le quotidien d’une campagne électorale. Il a côtoyé Jean-Pierre Blackburn, le bon père de famille doté d’une grande sensibilité, Josée Néron, une femme organisée et structurée, Dominic Gagnon, un verbomoteur inspiré par les saines habitudes de vie, et Arthur Gobeil, l’anti-politicien à l’écoute du milieu. Aujourd’hui, Dominic Gagnon.

Né à Jonquière, l’urgentologue Dominic Gagnon travaille à La Baie et son local d’élection a pignon sur rue à Chicoutimi, sur la rue Racine. Il s’est offert pour être mon chauffeur toute la journée à bord de sa Toyota Prius, une voiture hybride qui manque un peu d’amour dit-il. Ça fait partie de ses valeurs environnementales d’user sa voiture au maximum.

« Elle a 234 000 km, je vais mettre un peu d’argent pour son entretien après les élections. Il n’y a pas seulement la consommation d’essence qui est mauvaise pour l’environnement, la fabrication aussi. C’est pour ça que je ne change pas de voiture aux trois ans », fait valoir le candidat à la mairie de Saguenay avec qui j’ai passé la journée de lundi.

Dominic Gagnon est un homme qui cherche à convaincre. Il serre des mains et se présente aux gens comme le candidat qui ne fera pas monter le compte de taxes, qui dénonce le bac brun, qui explique ses convictions. Il a un tempérament rieur, il sourit souvent et parle beaucoup.

Lundi, il a parlé toute la journée. Entrevue à Radio-Canada, entrevue à Rouge FM, conférence de presse à 10 h au local de la rue Racine, rencontre avec des personnes âgées dans une résidence de La Baie avec la candidate Martine Gauthier et dîner au Café Summum.

« Dans les restaurants, je me garde une petite gêne, je ne veux pas déranger les gens pendant qu’ils mangent. C’est leur moment d’intimité à eux, ils payent pour ça, je respecte ça », fait valoir le médecin que la serveuse a reconnu en se rappelant une de ses visites à l’urgence.

100 heures par semaine

Quand j’ai contacté Dominic Gagnon pour prendre rendez-vous avec lui, il venait de travailler deux nuits à l’urgence et il fallait trouver un trou dans son horaire. « Ces temps-ci, je roule à 100 heures par semaine, je suis arrivé tard dans la campagne et je prends les bouchées doubles », témoigne celui qui a remplacé Jean-Pierre Blackburn à la tête du Parti des citoyens de Saguenay qu’il nomme l’Équipe Dominic Gagnon.

Il se décrit comme un scientifique. « J’ai l’esprit cartésien, je creuse les dossiers pour être en mesure d’en parler. Je crois que je suis le candidat le plus vert dans cette élection, les valeurs environnementales sont très importantes pour moi », précise-t-il.

Les saines habitudes de vie font aussi partie de son discours. « Il faut de saines habitudes alimentaires, de saines habitudes physiques, de saines habitudes de santé préventive et de saines relations interpersonnelles. Je résume souvent les concepts avec le chiffre quatre, c’est mon chiffre fétiche. Mon père et ma mère sont nés un quatre. C’est comme les quatre valeurs en or de Saguenay : l’or blanc (neige), l’or bleu (fjord), l’or vert (forêt) et l’or gris (aluminium et la matière grise de nos citoyens) », exprime celui qui avoue ne pas avoir de saines habitudes alimentaires depuis le début de la campagne électorale.

À l’aise avec tout le monde

Dominic Gagnon est à l’aise avec tout le monde, les jeunes comme les gens âgés. « Après mes études, j’ai fait une spécialisation en gérontologie, alors je connais bien les dossiers des aînés. » Père d’un garçon de cinq ans, il connaît les réalités familiales et travaille présentement sur un projet pour les jeunes de 0 à 5 ans. Il était d’ailleurs très à l’aise de rencontrer les responsables de La Bambinerie du fjord à La Baie qui intervient auprès de cette jeune clientèle. Il a accepté, au cours de la journée, de participer à des rencontres avec les organismes communautaires de Saguenay pour discuter avec eux de différents sujets.

« Je suis sorti de l’université dans la crise des urgences, il y avait des besoins et c’est pour ça que j’ai orienté ma carrière dans les urgences. C’est plus diversifié comme intervention, tous les cas sont là et on doit être à l’écoute des gens. Comme médecin, on doit parler avec les gens, ce qui est aussi un des aspects de cette campagne électorale », explique celui qui est bien connu pour ses exploits sportifs en ski de fond et son implication pour le Grand défi Pierre Lavoie.

Journée du maire

Dans sa définition de saines habitudes dans ses relations interpersonnelles, le Baieriverain promet à qui veut l’entendre qu’il veut instaurer la journée du maire à Saguenay. « Si je suis élu, une fois par mois, je vais inviter les citoyens qui veulent rencontrer le maire pour faire part de leurs doléances ou pour proposer des projets à venir me rencontrer », fait-il valoir.

Ses attaques envers les autres candidats et les saines relations interpersonnelles semblent être en contradiction, mais Dominic Gagnon assure qu’il ne fait que se prêter au jeu des débats. Il m’informe qu’il a gagné des concours oratoires étant plus jeune, et que ça lui facilite la tâche dans les débats et lors d’entrevue avec les médias. « Plus on en fait, plus on développe des habiletés, mais là je dois avouer que je suis en entraînement intensif », convient-il.