ROGER BLACKBURN

Le début de quelque chose de grand

CHRONIQUE / La rencontre des deux peuples, c’est l’événement que sont venus célébrer les Innus de Saguenay jeudi sur le site commémoratif du Poste de traite de Chicoutimi. Pour la première fois, les Innus qui fêtent depuis des millénaires le jour le plus long de l’année ont ouvert les célébrations à Chicoutimi, avec un programme d’activités à la Place du citoyen.

Ce sont les gens du Centre d’amitié autochtone du Saguenay (CAAS) qui ont mis sur pied cette initiative. «Le but est de répéter cet événement dans les prochaines années. Les gens sont rendus là, il faut célébrer la rencontre des deux peuples ensemble. C’est important de faire connaître à la population les traditions autochtones, c’est important de créer des liens, nous comptons 1700 membres des Premières Nations à Saguenay», a fait valoir la responsable de l’événement Karine Cleary, coordonnatrice de la vie communautaire au CAAS.

Roger Blackburn

Scout un jour, scout toujours

CHRONIQUE / Un éclaireur de longue date, originaire de Dolbeau, a décidé de former une troupe de scouts dans le village de Larouche. « Ce n’est pas la nouvelle de l’heure », m’écrit Sébastien Lessard dans un courriel, « mais si vous souhaitez en parler ce serait grandement apprécié », ajoute-t-il.

L’idée a piqué ma curiosité, je croyais que le mouvement scout était chose du passé. « J’ai deux enfants, un garçon de sept ans et une fille de quatre ans et comme parents, on cherche toujours des activités pour les occuper et leur faire découvrir différents intérêts », lance celui qui été louveteau et éclaireur dans sa jeunesse.

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Quand la vie nous sourit

CHRONIQUE / La fin des classes sonne aussi pour le brigadier scolaire Honoré Martel de Chicoutimi. Un beau monsieur de 86 ans (87 ans le 7 juillet) qui se pointe quatre fois par jour à la sortie de l’école Sainte-Bernadette, sur la rue Chabanel, pour faire traverser une trentaine d’élèves du primaire.

« J’aime ça, ça passe le temps, ça me garde actif. Je voulais arrêter, mais ma femme est décédée l’an passé, alors au lieu de rester seul à la maison, je viens faire traverser la rue aux enfants », bavarde le retraité que j’ai rencontré dans sa voiture, lundi, alors qu’il attendait la sortie des classes.

Roger Blackburn

Corriger une erreur historique

CHRONIQUE / Je suis allé faire un tour à la fête du 180e de la colonisation du Saguenay au monument des 21 à la Baie le lundi 11 juin, date de l’arrivée de la compagnie des 21 dans la baie des Ha ! Ha ! . Je suis désolé, mais je ne me sens pas très interpellé par cette fête. La région a existé bien avant l’arrivée des 15 colons de Charlevoix. Je crois que Mgr Victor Tremblay a commis une erreur en favorisant 1838 comme année de fondation.

À mon avis, l’histoire moderne du Saguenay commence avec la construction de la première maison à Chicoutimi, la maison du commis sur le site du poste de traite, au confluent de la rivière Saguenay et de la rivière Chicoutimi, en 1671. Une rencontre avec des archéologues à l’été 2017 m’avait fait penser que la fondation de Chicoutimi arrivait avec le poste de traite en 1676, mais je crois que ça commence avec la construction de la première maison en 1671 à Chicoutimi.

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On achète du vin plus coûteux

CHRONIQUE / « J’aurais tellement aimé ça que mes parents achètent une caisse de vin de l’année de ma naissance », me lance Philippe Lapeyrie en regardant vers le ciel. « Il m’en aurait fait cadeau à mes 18 ans et j’aurais pu les boire quand j’aurais voulu », explique le porte-parole de la 12e édition du Festival des vins de Saguenay.

Âgé de 44 ans, le spécialiste des vins s’imaginait déguster de grands crus hors de prix pendant notre entretien lors de la rencontre de presse qui avait lieu à la Place du Citoyen pendant qu’un employé municipal tondait le gazon avec son bruyant tracteur.

Roger Blackburn

Hommage à un porteur d’eau

CHRONIQUE / Le mois de juin au Québec est consacré Mois de l’eau. Vous ne le saviez pas ? C’est normal, c’est la première édition cette année. C’est tout de même incroyable qu’une province qui s’est développée grâce à son eau n’ait pas songé, auparavant, à rendre hommage à sa ressource principale, alors que l’arbre et les forêts sont à l’honneur en mai depuis 1882.

C’est en plein ce que se disait le Baieriverain Daniel Desgagné, président du Regroupement des organismes de bassins versants du Québec (ROBVQ), qui a passé les dix dernières années à faire la promotion d’un Mois de l’eau auprès du gouvernement du Québec. « L’eau est au cœur de nos vies. L’eau qu’on boit, l’eau qui nourrit les animaux, l’eau qui arrose nos cultures, le milieu de vie de la faune aquatique, l’eau des lacs et des rivières, dans lesquels on pêche, l’eau comme moyen de transport pour les bateaux et les embarcations de loisir, l’eau dans laquelle on se baigne, l’eau pour la production industrielle, l’eau pour produire de l’électricité, l’eau pour éteindre les feux, l’eau pour nos besoins domestiques ; notre eau. Il faut la mettre en valeur et la protéger », a défilé le défenseur de l’eau, le porteur d’eau en version plus noble, au cours d’un entretien lors de sa soirée de reconnaissance.

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Couvrez ce sein que je ne saurais voir

CHRONIQUE / Quand j’étais en sixième année du primaire, je me rappelle que les garçons n’étaient pas très gentils avec les filles qui vivaient des changements corporels. La phrase la plus souvent entendue quand les filles commençaient à avoir une poitrine était : « Ouais, ça pousse » ! Les filles de caractère répondaient du tac au tac : « Ouais, pis toé, ça r’trousse ».

D’autres filles qui n’avaient pas encore de poitrine portaient des soutiens-gorges et plaçaient des papiers mouchoirs pour gonfler artificiellement leur poitrine. Les garçons leur donnaient le surnom de Kleenex. Les jeunes garçons ne faisaient que répéter ce qu’ils avaient entendu par les plus grands avant eux, ils ne savaient pas que ces méchancetés pouvaient faire de la peine ou intimider les jeunes filles. Mais ça se passait au début des années 1970. J’espère qu’en 2018, on a évolué sur ce sujet ; j’espère qu’on en parle ouvertement dans les salles de classe.

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Un semeur de sourires

Je revois encore cette vieille dame, toute petite, poussant sa marchette et qui a fait le tour de la salle à manger, avançant à petits pas pour se trouver sur le chemin du premier ministre canadien Justin Trudeau. J’étais près d’elle et je me suis écarté pour la laisser passer. Elle a réussi à se frayer un chemin jusqu’à lui. Elle lui a tendu la main, il l’a regardé dans les yeux en lui prenant la main pour lui adresser un beau bonjour. La dame a saisi sa marchette, s’est retournée avec un grand sourire aux lèvres en opinant du bonnet, contente de sa rencontre.

Pourtant, les résidants de la Villa Saint-Alexis de La Baie, tout comme le chroniqueur, attendaient son épouse Sophie Grégoire pour une visite, jeudi midi. La première dame du pays n’a pu se présenter pour des raisons personnelles alors c’est son sympathique époux qui a pris la relève pour ne pas décevoir les gens. Il est arrivé en compagnie de la candidate Lina Boivin qui représente le Parti libéral à l’élection partielle dans Chicoutimi-Le Fjord.

Roger Blackburn

Le McDo Talbot a 40 ans

CHRONIQUE / Quand le restaurant McDonald’s du boulevard Talbot à Chicoutimi a ouvert ses portes le 26 juin 1978 il n’y avait pas un chat pour le matin de l’ouverture. « Je me rappelle que je paniquais un peu. Nous n’avions pas les menus déjeuner que nous avons aujourd’hui, c’était des œufs brouillés comme les Américains, les gens n’aimaient pas ça. Il n’y avait que les membres de ma famille dans le restaurant. J’ai descendu dans mon bureau au sous-sol afin d’appeler les stations de radio pour acheter de la pub en direct pour faire savoir aux gens que le McDonald’s ouvrait aujourd’hui. Pendant que je parlais au téléphone, mon gérant est descendu pour me dire de monter voir ça. Le restaurant était plein, les gens attendaient l’heure pour les hamburgers », se rappelle le propriétaire, Daniel Bédard, que j’ai rencontré autour d’un café sur une banquette à l’entrée du restaurant qui fêtera bientôt ses 40 ans.

10 cents pour un hamburger
« Le hamburger se vendait dix “cennes”, le cheeseburger 15 “cennes” et le Big Mac 0,95 $. À part ça, sur le menu, il y avait le petit et le gros frite, et le filet de poisson. Il y avait une file de voitures jusqu’en face de l’hôtel le Montagnais. Les clients se stationnaient tout autour, car il n’y avait pas beaucoup de commerces autour du restaurant », raconte l’homme d‘affaires de 72 ans qui se souvient entre autres de la grande enseigne géante de M. Mufler de l’autre côté de la rue.

Roger Blackburn

Brasseur d'un jour

CHRONIQUE / J’ai croqué dans de l’orge maltée et dans du blé pour savoir ce que ça goûte. J’ai écrasé du houblon au creux de ma main pour sentir l’amertume. J’ai goûté et senti l’odeur de la bière avant qu’elle soit embouteillée. J’ai brassé les mélanges et surveillé leur ébullition pour éviter les débordements. On m’a invité, en compagnie d’autres médias, à fabriquer de la bière.

Le Cégep de Jonquière a obtenu son permis de brasserie artisanale au mois de janvier, après deux années de démarche avec la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ) du Québec. 

Je n’ai pas besoin de vous relater toutes les pirouettes administratives que la direction du cégep a dû faire pour avoir le droit de brasser de la bière dans un établissement d’enseignement. Il fallait croire à ce projet pour y arriver.

Le nouveau programme d’attestation d’études collégiales (AEC) Techniques de production en microbrasserie a été lancé en septembre 2016 et en est à sa troisième cohorte d’élèves. Les deux premiers groupes ont dû brasser leur bière à l’usine de La Voie Maltée pour leurs travaux de laboratoire. «Nous avons fait l’achat d’équipements pour brasser de la bière et nous avons loué un espace à l’usine de La Voie Maltée pour les cours pratiques, car le cégep n’avait pas encore de permis pour brasser de la bière», a expliqué le coordonnateur à la formation continue et sur mesure chez Mastera du Cégep de Jonquière, Gilbert Grenon, qui semblait fier de faire visiter le local de la brasserie artisanale aux médias régionaux.

Une blanche

J’ai donc eu le privilège de brasser une blanche dans les nouveaux locaux de la brasserie aménagée dans le pavillon Lionel-Gaudreau et qui devrait être inaugurée le 7 juin. En fait, brasser est un bien grand mot, car on a brassé pendant deux à trois minutes, sur un processus de fabrication qui dure environ six heures.

Le laboratoire est très exigu, et l’espace est utilisé au maximum pour l’installation des équipements et la présence des apprentis brasseurs. Le plancher de béton antidérapant est en pente pour diriger l’eau dans des drains au sol. Dans le monde des microbrasseries, on dit qu’il faut six litres d’eau pour produire un litre de bière. C’est qu’il faut autant d’eau pour fabriquer ce doux breuvage qu’il en faut pour nettoyer les équipements et rincer le plancher. Les brasseurs ont besoin de bottes de caoutchouc pour travailler.

Le principe de fabrication est relativement simple. Il suffit de trouver une recette. Il en existe des centaines sur Internet. On pèse la quantité d’orge maltée. Ensuite, il faut moudre du blé et mélanger tout ça avec des écorces de riz dans un grand récipient (cuve filtre, empattage) avec une quantité d’eau déterminée. Ensuite, on brasse ce mélange qui ressemble à du gruau et on le laisse tremper pendant une heure.

Après ça, on transfère le liquide de trempage, le moût filtré, dans un autre récipient et on le laisse bouillir pendant une heure. C’est là que j’ai entendu cette phrase célèbre: «Il y a deux sortes de brasseurs de bière, ceux qui se sont brûlés et ceux qui ne se sont pas encore brûlés». On manipule de l’eau bouillante en tout temps. J’ai goûté cette préparation de moût filtré, un jus très sucré que j’utiliserais pour déglacer des sauces. On ajoute une petite quantité de houblon pour donner un peu d’amertume et d’autres ingrédients selon la recette. Dans notre cas, du gingembre et de l’écorce d’orange ont été ajoutés.

Ensuite, on transfère le liquide, en passant par un refroidisseur et en ajoutant de l’oxygène dans un récipient pour laisser fermenter la bière. Puis, on ajoute des levures, et ensuite, la magie opère par fermentation, et une bière sera à boire dans quelques jours, après maturation.

Passionnés de chimie

Ça semble simple à première vue, mais cette magie a été possible grâce à la passion des deux brasseurs et enseignants au cégep, qui ont bien accepté d’organiser une journée d’initiation à la fabrication de la bière. La production sera dégustée lors de l’inauguration du laboratoire d’enseignement le 7 juin.

J’étais en compagnie de deux maîtres brasseurs, Marc Gauthier et Martin Bertrand. Le premier est professeur à l’AEC; le second, professeur de biologie.

«J’ai fait des études collégiales en chimie, un baccalauréat en biologie et une maîtrise à l’Institut national de recherche scientifique. Je pensais que j’allais faire de la recherche biomédicale et que j’allais inventer des médicaments», raconte celui qui brassait de la bière comme hobby depuis l’âge de 17 ans.

«Après mes études, j’ai déménagé en Gaspésie, et comme il n’y avait pas de laboratoire de recherche, j’ai utilisé mes compétences en biochimie pour brasser de la bière à la microbrasserie Pit Caribou, avant de fonder ma brasserie artisanale Frontibus», raconte le chimiste. 

«Quand j’ai vu que le cégep de Jonquière cherchait un professeur pour leur nouveau programme, j’ai tenté ma chance, et depuis mon embauche, je suis tombé en amour avec la pédagogie», explique le brasseur, qui a réorienté sa carrière à 43 ans.

De professeur à brasseur

Pour Martin Bertrand, ç’a été le chemin inverse. Il a quitté le monde de l’enseignent en s’offrant une année sabbatique pour aller travailler à la microbrasserie La Voie Maltée pendant un an comme directeur de production, avant de revenir à l’enseignement et au développement du nouveau programme brassicole.

«Je jouais de la musique avec un groupe à La Voie Maltée et j’ai tissé des liens avec le propriétaire Daniel Saint-Gelais. Je l’ai invité dans le cadre de mes cours pour expliquer à mes étudiants la chimie de la bière. Il m’a aidé à monter mon cours», raconte celui qui a profité de cette journée d’initiation pour prendre des notes à toutes les étapes, afin d’écrire de façon détaillée la procédure de fabrication pour les futurs élèves.

Ça prend des chimistes passionnés pour enseigner la fabrication de la bière. 

Les futurs brasseurs ont la chance de les côtoyer.