Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien
Ali Nestor a trouvé les mots justes pour aborder le racisme systémique de front, dimanche à <em>Tout le monde en parle</em>.
Ali Nestor a trouvé les mots justes pour aborder le racisme systémique de front, dimanche à <em>Tout le monde en parle</em>.

TLMEP: un ministre bombardé

CHRONIQUE / Racisme systémique: l'expression divise, suscite le débat, crée le malaise. Mais c'est pourtant une évidence pour Ali Nestor, qui a trouvé les mots justes pour aborder le sujet de front, dimanche à Tout le monde en parle.

Le champion de boxe ne pouvait laisser passer la présence sur le plateau de Ian Lafrenière, de la CAQ, qui refuse toujours d'utiliser ces mots. Pour parler en terme de boxe, disons qu'Ali Nestor a envoyé plusieurs bons uppercuts au nouveau ministre des Affaires autochtones, qui en cherchait ses mots, et qui a d'ailleurs été bombardé de toutes parts dimanche. Regardant l'ancien policier droit dans les yeux, il lui a dit: «Si quelqu'un le sait encore mieux que tout le monde, c'est vous». Une confrontation comme on n'en avait pas vue depuis longtemps sur ce plateau.

«Même aujourd'hui, avec une barbe blanche, je me fais encore arrêter», dit-il, convaincu qu'il existe un racisme systémique. Sur sa lancée, Nestor a aussi écorché le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux. «Lionel Carmant ne peut pas l'avouer parce qu'il doit suivre sa ligne de parti.»

Ali Nestor a mis une quinzaine d'années à écrire son autobiographie Moi, Ali Nestor, petit prince de la rue. «Un volcan en éruption», dit-il en décrivant le jeune homme en colère qu'il était. Dès l'adolescence, il a commis des vols, pris part à des bagarres, été l'objet d'une fusillade, en plus de vivre dans la rue et d'additionner les centres jeunesse. Le confinement a lourdement nui à son École de la relève, qui vient en aide aux jeunes, confrontés à la violence ou sur la mauvaise pente. «Ça nous a affecté énormément. On a échappé des jeunes», déplore ce modèle de persévérance, qui mérite notre étoile du match.

«Y'a du racisme, de la discrimination, du profilage», reconnaît Ian Lafrenière, qui a gardé la ligne de parti.

«Laissez-moi ma chance», a imploré plus tôt Ian Lafrenière, qui promet des annonces concrètes d'ici Noël au sujet des autochtones, sans toutefois élaborer sur ses priorités. Il reconnaît qu'il y a «beaucoup de méconnaissance» de la réalité des autochtones, ce à quoi il compte remédier, en plus d'évoquer le développement touristique. «Pourquoi cet entêtement?» a demandé l'animateur au sujet du refus de reconnaître le racisme systémique. «Y'a du racisme, de la discrimination, du profilage», reconnaît le ministre, qui a gardé la ligne de parti. «On n'est pas dans le cosmétique. […] Y'a du travail à faire collectivement», affirme Ian Lafrenière, conscient de l'ampleur de la tâche. «Jugez-moi là-dessus, je mets la barre assez haute, je ne peux pas faire autrement que de livrer.» Luc Dionne s'est permis de lui demander s'il voterait pour la destitution de Martin Prud'homme, le directeur de la Sûreté du Québec, suspendu depuis plus d'un an. Une personne pour qui M. Lafrenière dit avoir énormément de respect, en ajoutant qu'il n'avait pas vu le rapport d'enquête. «Votre question est bonne», a répondu l'ancien policier à l'auteur de District 31, qui souhaite qu'il ait le courage de voter.

D'entrée de jeu, on a souligné la 500e diffusion de la série de Luc Dionne avec les comédiens Gildor Roy, alias Chiasson, et Sébastien Delorme, Poupou pour les intimes. «Ma petite récompense quotidienne», a confié Guy A. Lepage à l'auteur, qui a choisi de ne pas tenir compte de la pandémie dans son histoire. «Un jour, ça va finir. Je ne veux pas que cette série-là vieillisse mal», confie Luc Dionne, qui ajoute que son métier, «c'est d'offrir un divertissement». Dans une courte montée de lait, l'auteur s'est dit attristé que le public s'inquiète autant pour ses personnages, mais n'en fasse pas autant quand ça arrive dans la vraie vie. «Si vous pensez ça d'une émission de télé, ben les gens qui travaillent avec ces ripoux-là, ils pensent la même affaire de leurs collègues et veulent aussi les protéger», dit-il, découragé de constater que des gens prennent la rue «pour un bout de kleenex [le masque]», mais pas pour les enjeux importants.

«Il faut que les hommes changent», martèle Janette Bertrand, qui se dit quand même pleine d'espoir. Elle s'adresse à eux dans son nouveau roman, Le viol ordinaire, même si elle craint qu'ils ne le lisent pas. La presque totalité des viols sont commis par des gens qui connaissent leurs victimes, rappelle-t-elle. En studio plutôt que sur un écran comme la dernière fois, Janette se montre réticente à propos de la vague de dénonciations sur les réseaux sociaux. «Il faut dénoncer mais avec son nom. Quand tu nommes quelqu'un, il faut que tu aies le courage de te nommer, toi», affirme celle qui a célébré ses 95 ans, bien en selle pour devenir centenaire. Malgré la deuxième vague, elle reste optimiste. «Je pense qu'on va tous s'en sortir et que dans cinq ans, on va l'avoir oubliée.»

Rien de mieux que les témoignages de victimes de la COVID-19 pour mieux saisir que ce n'est pas «juste une grosse grippe». Francis Brizard, qu'on peut voir dans les publicités du gouvernement, a passé 12 jours dans le coma, en plus de subir une trachéotomie. Ses cordes vocales resteront paralysées. Marie-Michèle Lajoie, qui se considère en temps normal un tank, une machine de guerre, a dormi durant cinq jours, perdu l'appétit et passé 17 jours aux soins intensifs, pensant qu'elle y passerait. Encore aujourd'hui, elle n'a pas retrouvé son énergie. Brizard, qui était lui-même sceptique avant de contracter la maladie, s'est fait injurier et traiter de menteur, accusé de comploter avec le gouvernement et d'avoir été un gros fumeur alors qu'il n'a jamais fumé. Les deux invités craignent de contracter la maladie une seconde fois, comme ça s'est vu.

Il y a un an, Marie-Lyne Joncas a eu une bonne conversation avec son agente, qui la trouvait «beaucoup trop sur le party». L'humoriste a senti qu'il était temps de ralentir si elle voulait affronter l'avenir, une décision qui lui a donné raison avec l'année de rêve qu'elle connaît. Celle qui a joué une agente de probation dans L'heure bleue rêve d'un rôle de psychopathe à la Monster avec Charlize Theron, ou dans une série de Luc Dionne.

Le très sympathique rappeur montréalais Imposs ne pouvait mieux conclure l'émission qu'avec Trop à perdre, un titre lié au racisme systémique. L'ancien membre de Muzion a voulu rappeler que les personnes qui sont la cible de racisme «ne sont pas des victimes, mais des gens qui mènent un combat avec dignité, depuis l'esclavage et le colonialisme».    

Pour commenter, rendez-vous sur ma page Facebook.

Suivez-moi sur Twitter.

Consultez QuiJoueQui.com.

Le très sympathique rappeur montréalais Imposs ne pouvait mieux conclure l'émission qu'avec <em>Trop à perdre</em>, un titre lié au racisme systémique.