Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien
Les Québécois regardent la télévision presque autant qu’ils en regardaient avant la pandémie.
Les Québécois regardent la télévision presque autant qu’ils en regardaient avant la pandémie.

Télé et pandémie: avons-nous changé?

Article réservé aux abonnés
CHRONIQUE / La pandémie a-t-elle changé notre façon de consommer la télévision? S’est-on mis compulsivement à en regarder sur toutes les plateformes, tout le temps?

Dans son rapport de 2021 sur les tendances dans l’industrie audiovisuelle, dévoilé en début de semaine, le Fonds des médias du Canada illustre les changements de comportements partout au pays et même à l’étranger. Oui, on change, mais pas comme on pourrait le croire.

D’abord, ceux qui prédisent à court ou à moyen terme l’effondrement de la télévision traditionnelle et des abonnements chez les fournisseurs devraient changer leur boule de cristal. Les Canadiens en regardent presque autant qu’ils en regardaient avant la pandémie, les Québécois aussi.

«Il y a une très légère baisse de l’écoute de la télévision traditionnelle dans la dernière année, mais pas significative. Par contre, il y a certainement un net intérêt du côté des plateformes web gratuites des réseaux de télévision», observe Catherine Mathys, directrice de la veille stratégique au FMC.


« Je ne pense pas du tout que la télé soit perdante dans le contexte actuel. 2020 a quand même été une année salutaire, qui a peut-être même freiné la baisse des abonnements [aux télédistributeurs] qu'on observait dans le passé. »
Catherine Mathys, directrice de la veille stratégique au Fonds des médias du Canada

Pour les trois premiers trimestres de 2020, on n’assiste pas à une réelle explosion d’abonnements aux plateformes payantes de vidéo en ligne; la courbe est semblable à ce qu’on pouvait déjà observer avant la pandémie. Avec 52,7 % de taux de pénétration des foyers francophones selon GlobalWebIndex, Netflix est toujours loin devant ses concurrents. Suivent dans le top 5 Amazon Prime Video (17,9 %), ICI Tou.tv Extra (17,3 %), Club illico (15,3 %) et Disney+ (13,4 %).

«Tout le monde a augmenté son nombre d’abonnements, mais il n’y a pas eu de percée majeure. Disney+ se hisse dans les cinq premiers durant sa première année d’exercice», remarque Catherine Mathys. À noter que cette compilation inclut le troisième trimestre, qui correspond à la saison estivale, où on a déconfiné en masse. 

«Les chiffres du quatrième trimestre seront plus révélateurs», croit Mme Mathys, faisant référence à la deuxième vague et au reconfinement.

Alors, si télé traditionnelle et plateformes en ligne n’ont pas connu de percée majeure, où sont allés nos intérêts? «On a beaucoup diversifié notre diète médiatique en 2020. On est très nombreux à s’être laissés tenter par de nouvelles plateformes, à s’y être abonnés, parce que nous avions tout ce temps disponible tout d’un coup», répond la directrice de la veille stratégique.

Parmi les plateformes qui ont le plus profité de la situation, il y a étrangement Twitch, qu’on associait bien davantage aux gamers. «On se rend compte qu’il y a vraiment une diversification du contenu de ce point de vue», remarque Catherine Mathys, qui cite notamment les cas de pianistes classiques, de DJ et d’artistes 3D, qui ont tous emprunté cette voie pour rencontrer leur public. Leur succès a été instantané.

Pour vous donner un exemple outremer, l’animateur et journaliste Samuel Étienne, présentateur du jeu télévisé Questions pour un champion, a lancé en décembre sa proche chaîne sur Twitch, ralliant plus de 200 000 abonnés en quelques semaines selon Le Monde.

Chaque matin, il s’adresse à son public très diversifié, qui en redemande. Une situation inimaginable avant la pandémie. «Ça signifie qu’un public qui n’est pas du tout visé par une plateforme s’y est soudainement intéressé.»

Là où notre consommation a aussi explosé, c’est du côté des balados. Avant la pandémie, les francophones y consacraient en moyenne 11 minutes par jour; durant le confinement, ces chiffres ont plus que doublé, passant à un peu plus de 26 minutes! On se rapproche ainsi du temps de consommation des anglophones (34 minutes) et de la moyenne des pays du G8 (32 minutes), stables dans les deux cas.

«Le podcast est rapidement devenu un exutoire pour trouver du contenu comique, plus léger. Au début de la pandémie, les gens cherchaient à se divertir de manière à sortir de l’actualité COVID», explique Mme Mathys.

Netflix n’est donc pas qu’en compétition avec Amazon Prime Video et Disney+, il l’est aussi avec Twitch et YouTube. «On a vu des gens aller à la pêche sur Roblox, organiser des mariages dans Apex Legends. D’autres ont fait des partys dans des métavers [des plateformes virtuelles] avec des avatars, dans le but de créer un semblant de vie normale. On n’a passé seulement essayer de “passer le temps”, on a voulu “passer le temps avec quelqu’un”, recréer des liens et retrouver ceux qu’on ne pouvait plus voir.»

Pour ceux qui, comme moi, n’en peuvent plus d’entendre les réseaux de télé se vanter d’attirer les 18-34 ou les 25-54 ans, sachez que cette tendance est à la baisse. Vous l’aurez peut-être remarqué, on parle de moins en moins des millénariaux (la génération Y). «On catégorise beaucoup plus par centres d’intérêt que par strate démographique. On l’observe dans toutes les techniques de marketing appliquées durant la dernière année. On fait du microciblage.

«Dans le cas de The Queen’s Gambit [la série de Netflix], ce n’est pas de savoir si la série a été plus regardée par des femmes que par des hommes dont on a parlé, mais plutôt du monde des échecs et de la place des femmes dans ce milieu-là. C’est ça qui nous intéressait.»

La pandémie nous aura fait changer jusque dans nos habitudes de consommer les contenus, mais pas comme on aurait pu l’imaginer. Conclusion de Catherine Mathys : «Je ne pense pas qu’on revienne à ce qu’on était avant la pandémie. On a découvert des choses pendant cette année-là, on a essayé de nouvelles affaires.»