Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien

Notre bulletin télé de mi-saison

On s’attendait à une programmation d’automne amaigrie, mais elle est au contraire très généreuse. Plus de variétés pour combler le manque de fictions et certaines nouveautés ont surpris plus que les autres, comme l’audacieuse Tour de Patrick Huard. La pandémie aura même donné un nouvel élan à plusieurs émissions, même en l’absence de public en studio.

Pier-Luc Funk et Marc-André Grondin forment un duo solide et magnétique dans cette série de Serge Boucher, auteur génial pour semer par dizaines les doutes dans notre esprit. Dans le drame, l’immense talent de Martin Drainville prend une tout autre dimension. Aviez-vous vu venir le punch de mi-saison?

Sandrine Bisson et Juliette Gosselin dans une scène de <em>Fragile</em>.
  • DE GARDE 24/7, Télé-Québec, 9,5/10

Une émission plus que nécessaire, dont la télé ne pourra plus se passer. Les trois épisodes tournés au plus fort de la première vague traduisaient l’ampleur de la tâche et l’impact énorme sur le moral du personnel et des patients. Non, c’est pas juste une grosse grippe, une réalité qu’on recevait comme un électrochoc en tant que téléspectateur. L’incursion dans l’aile psychiatrique témoigne d’une réalité différente des soins médicaux dans les cas de maladies mentales.

<em>De garde 24/7</em>, une émission plus que nécessaire, dont la télé ne pourra plus se passer.

Un de mes coups de cœur de la saison. Le sujet est lourd, mais la sensibilité des auteurs Anne Boyer et Michel d’Astous opère une fois de plus, traduisant avec intelligence une réalité qu’on préférerait ne pas voir. Je l’ai dit et je le répète : Antoine L’Écuyer accomplit un travail phénoménal dans le rôle de Jacob, que la schizophrénie fait descendre en enfer.

Dans <em>Mon fils</em>, Antoine L’Écuyer accomplit un travail phénoménal dans le rôle de Jacob, que la schizophrénie fait descendre en enfer.

François Létourneau nous gâte avec cette œuvre déconcertante et drôle, appuyée par une reconstitution très librement inspirée des années 70. Le souper avec Robert Bourassa, l’apparition du lutteur Dino Bravo, la petite fête pour René Simard, et cette fameuse énigme : «Quand elles se collent, je mange comme le coucou.» On connaissait déjà Marilyn Castonguay, qui offre ici l’une de ses meilleures performances en épouse de banlieue qui prend goût au crime. Mention spéciale à Sophie Desmarais pour son rôle de militante lesbienne politique, l’un des personnages certainement les plus étonnants et imprévisibles.

Une scène de <em>C’est comme ça que je t’aime</em>: François Létourneau nous gâte avec cette œuvre déconcertante et drôle, appuyée par une reconstitution très librement inspirée des années 70.
  • EN DIRECT DE L’UNIVERS, ICI Télé, 9,5/10

J’ai qualifié au printemps cette émission de trésor national, et je réitère ce compliment. Parce qu’en plus de nous divertir, elle répond à un besoin réel en ce moment, celui de nous réconforter, de nous faire du bien. C’est cliché, mais pas moins vrai. Après une spéciale rentrée plus faible, chacune des autres avait ses moments magiques, avec une préférence pour celle de Janette Bertrand, rayonnante à 95 ans. Dans la colonne des services essentiels.

Janette Bertrand, rayonnante à 95 ans, à <em>En direct de l'univers</em>.
  • 100 GÉNIES, ICI Télé, 9,5/10

Le jeu n’a rien perdu de sa vigueur ni son animateur Pierre-Yves Lord, même avec 31 génies en studio plutôt que 100. Le calibre des participants est si élevé qu’on ne peut que se sentir ignorants en les regardant. Certains sont des machines, comme Félix, capable d’aligner que des bonnes réponses au «tour de force». Très impressionnant. Une heure de bonheur et de connaissances qui fait oublier tout le reste.

L’hiver de Fermont montré dans toute sa froideur, sa dureté, est certainement un atout de cette série captivante, jouée superbement par Isabel Richer et Alexandre Landry, dont le lien est aussi malsain que fort. Les images minières du Grand Nord sont majestueuses et saisissantes. Patrick Hivon est terriblement convaincant dans ce rôle de père enragé, sur qui pèsent tous les soupçons.

  • TOUT LE MONDE EN PARLE, ICI Télé, 9/10

La diffusion en direct a certainement donné un nouvel élan à cet incontournable du dimanche, plus vrai, dans l’instant présent. La soif de plus de bienveillance par les temps qui courent a eu raison des cartes de Dany, mais pas des entrevues inspirantes, chaque semaine au rendez-vous. La confrontation initiée par Ali Nestor sur le racisme systémique fait partie des moments forts de l’automne.

La diffusion en direct de <em>Tout le monde en parle</em> a certainement donné un nouvel élan à cet incontournable du dimanche, plus vrai, dans l’instant présent. Sur la photo: Yvon Deschamps.
  • INFOMAN, ICI Télé, 9/10

L’incroyable succès de l’émission de Jean-René Dufort montre à quel point le public est attaché à ce rendez-vous du jeudi soir, le seul à souligner en humour les travers de nos politiciens. Un faible pour les petites annonces de Chantal Lamarre, bourrées de fautes hilarantes.

  • AUTISTE, MAINTENANT MAJEUR, Moi et cie, 9/10 

Une fois adultes, les personnes autistes sont presque laissées à elles-mêmes, une réalité fort angoissante pour les parents. Tout aussi touchante, la deuxième saison nous emmène plus loin, notamment avec Nathalie, une autiste de 58 ans, qui vit toujours chez sa mère, dont elle sera séparée tôt ou tard. Mais aussi avec Charles-Antoine, qui part vivre en appartement à 38 ans, avec tous les défis que cela comporte.

Elliott et Laurent dans <em>Autiste, maintenant majeur</em>.


Que Luc Dionne se le tienne pour dit: on ne pourrait plus se passer des enquêteurs du 31. Ce début de saison n’a pas manqué de rebondissements, avec les décès de Laurent Cloutier et de Nancy Riopelle, mais aussi avec le kidnapping de la fille de Gabrielle. La question : jusqu’à quand Daniel Chiasson parviendra-t-il à traverser les mailles du filet? Le plus tard possible!

  • LA TOUR, TVA, 8,5/10

Agréablement surpris par ce concept de talk-show, pourtant risqué par son apparente complexité. Au contraire, ça coule de source pour Patrick Huard, qui mène les discussions avec une aisance et une humilité qui l’honorent. L’animateur a même amorcé une conversation sur le manque de diversité à l’écran, à partir de la polémique entourant sa propre série, Escouade 99. Il a fallu s’habituer à l’intégration des sketchs, souvent drôles. On verra avec le temps si ces segments s’avéreront réellement utiles. Les clins d’œil humoristiques de Huard à travers les entrevues constituent un flash intéressant. Une émission qui se bonifiera sans aucun doute.

À <em>La tour</em>, Patrick Huard mène les discussions avec une aisance et une humilité qui l’honorent.
  • CETTE ANNÉE-LÀ, Télé-Québec, 8,5/10

Le seul défaut de cette émission : avoir été enregistrée trop tôt, avant les nouvelles conditions sanitaires, et annoncer des pièces de théâtre qui n’ont plus lieu. Pour le reste, on passe assurément un bon moment avec l’équipe de Marc Labrèche et des invités qui semblent chaque fois ravis. Le face à face entre Richard Martineau de gauche et Richard Martineau de droite était savoureux.

L’émission des <em>Enfants de la télé</em> pour Guy A. Lepage avec sa fille Béatrice était réussie en tous points.
  • LES ENFANTS DE LA TÉLÉ, ICI Télé, 8/10 

Fait partie des émissions où le public me manque vraiment. Pas que le contenu ne soit pas à la hauteur, mais c’est là qu’on se rend compte à quel point les spectateurs comptent pour beaucoup dans l’atmosphère d’un tel concept. L’émission pour Guy A. Lepage avec sa fille Béatrice était réussie en tous points, tout comme celle consacrée à Guylaine Tremblay.

  • DANS LES MÉDIAS, Télé-Québec, 8/10

Marie-Louise Arsenault fait d’excellentes entrevues, talonne ses invités et n’en laisse pas passer une. Une méthode d’entrevue qu’on ne voit hélas que très peu dans notre écran. L’ajout de collaborateurs s’avère un choix sensé bien que les débats pourraient être plus animés.

Marie-Louise Arsenault fait d’excellentes entrevues à <em>Dans les médias</em>, talonne ses invités et n’en laisse pas passer une.

C’est rare, mais je me suis mis à aimer cette série de Danielle Trottier, qui m’avait pourtant laissé complètement indifférent à ses débuts. Parce que l’histoire y est plus captivante et rythmée, mais aussi beaucoup pour ses jeunes actrices, inspirées et crédibles dans ces rôles pas faciles. Je ne suis pas le seul, on le voit dans les cotes d’écoute, qui progressent. L’épisode du suicide d’Anaïs était bouleversant, avec un Thomas Delorme d’une grande vérité dans le rôle de Tommy.

Moins burlesque, plus crédible. On se laisse prendre par les mésaventures parfois tragiques de cette région rurale avec l’envie de dire: «Y s’en passe-tu des choses à Valmont!» Sylvie Lussier et Pierre Poirier en ont vu d’autres et savent encore créer des personnages singuliers, intrigants, mais auxquels on s’attache.

  • LA VOIX, TVA, 7,5/10

Il y avait quelque chose d’un peu triste de voir ce grand studio vide de spectateurs, et qu’on doive ressortir les applaudissements en cannes, qui peuplaient nos émissions de variétés dans les années 70 et 80. Pour ça, cette équipe rodée au quart de tour mérite toute notre sympathie. Ce hiatus de plusieurs mois a fait perdre un peu de souffle à cette dernière saison, après le passage remarqué de Ginette Reno aux chants de bataille.

Il y avait quelque chose d’un peu triste de voir ce grand studio vide de spectateurs, et qu’on doive ressortir les applaudissements en cannes. Sur la photo: Flora Stein, la candidate de Pierre Lapointe à <em>La voix</em>.
  • LA SEMAINE DES 4 JULIE, Noovo, 7,5/10

Très bonne entrevue avec Pauline Marois, qu’on avait pourtant vue et entendue partout, mais qui a été émue par les surprises de Julie. J’aimerais plus d’entrevues comme celle-là, quitte à couper des collaborations. Très éloquents, ces témoignages d’adolescents contre le code vestimentaire genré. Le reportage d'Émile Roy pour son père Patrice a donné lieu à un fort moment d'émotion.

J’ai ri davantage dans la deuxième saison, mais quelques bons flashs, comme cette Virginie qui parle avec la voix de Guy Nadon. Inégal est un mot que je déteste utiliser, mais qui convient à cette troisième saison en dents de scie.

J’ai ri davantage dans la deuxième saison de <em>Discussions avec mes parents</em>, mais quelques bons flashs, comme cette Virginie qui parle avec la voix de Guy Nadon. Sur la photo: Vincent Bilodeau.

Je pensais qu’il n’y avait que dans les soaps d’après-midi qu’on échangeait les tests de paternité. Chantal Cadieux joue souvent sur la ligne mince de la vraisemblance, mais réussit à rendre plusieurs de ses personnages attachants. La rencontre entre les enfants des deux vies d’Anémone crée une dynamique intéressante. Pas un grand fan, mais j’accroche plus qu’au début.

  • LE PROCHAIN STAND-UP, Noovo, 7/10

Dans le genre, je préférais de loin Roast Battle: le grand duel. Mais à moins d’être un habitué des bars, on découvre là toute une nouvelle vague d’humoristes, dont plusieurs sont franchement drôles et talentueux. Les juges P-A Méthot, Mariana Mazza et Louis Morissette ne sont pas complaisants et ça fait du bien.

  • OCCUPATION DOUBLE CHEZ NOUS, Noovo, 6,5/10

Dans ma chronique soulignant le grand retour de cette téléréalité, le 23 décembre 2016, je déplorais le manque de diversité corporelle chez les participants. Il aura fallu quatre ans pour que la production se réveille et décide enfin de faire entrer une candidate aux courbes généreuses, la maquilleuse Julie Munger, après avoir reçu la première candidate transgenre. Sans mauvais jeu de mots, espérons que ce ne soit pas qu’un changement cosmétique! C’est un début, mais encore trop peu, et surtout, ça paraît bien. Faudrait aussi que les gars d’OD évoluent à la même vitesse que le reste de la société, ce qui semble être une cause désespérée...

La diversité corporelle dans <em>Occupation double chez nous</em>, c’est un début, mais encore trop peu, et surtout, ça paraît bien. Sur la photo: Jay Du Temple.
  • À TOUR DE RÔLES, TVA, 6,5/10

Je suis le parfait public pour ce type d’émission, mais je reste sur ma faim. L’ensemble manque de fini, les images qu’on nous montre sont lointaines et floues, quand le son n’est pas décalé. L’équipe de recherche n’arrive malheureusement pas à la cheville de celle des Enfants de la télé; les extraits ne sont pas toujours les meilleurs et on a compté quelques erreurs parmi les faits rapportés. Recevoir Micheline Lanctôt et ne jamais lui parler de Marie-Josée Lafleur dans Jamais deux sans toi? Aussi, les surprises manquent de spontanéité et de magie, et Marie-Eve Janvier ne rebondit pas suffisamment sur les réponses de ses invités. À retravailler.

Déception, autrement que pour le talent de ce duo d’actrices, Josée Deschênes et Guylaine Tremblay, qu’on souhaite revoir, portant de meilleurs textes. La prémisse était intéressante, celle de deux femmes qui abandonnent tout pour partir en véhicule récréatif, mais la balloune se dégonfle assez vite.

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