Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien
Le résultat à l’écran de la série <em>Frontière</em> semble aussi dilué que le vaste territoire à surveiller entre le Canada et les États-Unis.
Le résultat à l’écran de la série <em>Frontière</em> semble aussi dilué que le vaste territoire à surveiller entre le Canada et les États-Unis.

Frontière un peu trop étanche

CHRONIQUE / Aux dernières nouvelles, la frontière canado-américaine restera fermée pour un bon moment encore en raison de la pandémie, mis à part pour les voyageurs essentiels comme les camionneurs qui transportent des marchandises. Le premier ministre Trudeau a annoncé que les choses ne changeront pas, tant que les États-Unis n’auront pas contrôlé la propagation de la COVID-19.

J’étais curieux de voir Frontière, la nouvelle série du Club illico sur le travail de la Gendarmerie royale du Canada à la frontière qui nous sépare des États-Unis. Je reste hypnotisé chaque fois que je tombe sur Douanes sous haute surveillance et toutes ses déclinaisons à Canal D et Investigation.

Mes préférées demeurent les douanes australiennes, qui présentent à mon avis la plus grande variété d’astuces inimaginables pour passer de la drogue ou du poisson séché, prisé par les Asiatiques. Ça me fascine chaque fois. À l’écran, le traitement est gros, appuyé, presque sensationnaliste, mais c’est plus fort que moi, je reste scotché.

Frontière, dont seulement les quatre premiers épisodes sont disponibles pour l’instant, ne m’a hélas pas créé le même effet. Le réalisateur Frédéric Gieling, aussi narrateur de la série, nous décrit des opérations tactiques à haut risque, mais le résultat à l’écran est aussi dilué que le vaste territoire à couvrir. On met en place un crescendo, appuyé par une musique de film d’action extrêmement dramatique, pour arriver à la fin avec quelque chose d’un peu décevant. Comme si la GRC n’avait pas ouvert toutes les portes que d’autres milieux ouvrent plus facilement aux caméras.

La frontière entre le Canada et les États-Unis, la plus longue au monde avec ses 8890 kilomètres, n’est pas simple à surveiller. Le fait qu’elle soit actuellement fermée en raison de la pandémie n’est pas un réel obstacle pour ceux qui souhaitent y passer de la drogue ou des armes à feu. On parle aussi d’activités terroristes et de trafic humain.

Le premier épisode est consacré en partie au chemin Roxham à Saint-Bernard-de-Lacolle, dont on a tant parlé en 2017 durant la crise des migrants. Sauf qu’il ne s’y passe apparemment plus rien d’intéressant. Pas un chat dans le paysage. 

On raconte comment on accueille les rares étrangers à oser s’y présenter dans l’espoir d’accéder à une vie meilleure, qui sont systématiquement renvoyés aux États-Unis, mais on ne les voit pas. Leur histoire est évidemment d’une grande tristesse. Les enfants sont souvent mal vêtus pour l’hiver et leurs parents, rapidement désillusionnés.

Par contre, vous verrez l’arrestation d’un individu localisé par un drone, qui tente d’accéder au pays par un champ de maïs, portant des couteaux sur lui. Mais on n’en saura pas plus sur l’homme, sur sa provenance et sur ses motivations.

Dans le second épisode, on se transporte à Valleyfield, où un individu tente de faire entrer une importante quantité de tabac de contrebande, un marché lucratif pour le crime organisé. 

C’est l’hiver, on est en pleine nuit et il fait extrêmement froid. L’opération permet de constater le degré élevé de risque pris par les gendarmes quand on voit l’état d’une motoneige trafiquée pour passer inaperçue.

La surveillance de navires suspects aux Îles-de-la-Madeleine et la détection de colis suspects à l’aéroport Montréal-Trudeau font l’objet des épisodes suivants. Six autres arriveront cet hiver. Espérons qu’on nous en montrera un peu plus. On ne veut pas juste le savoir, on veut aussi le voir.

C’est à se demander pourquoi Historia n’a pas programmé plus tôt <em>Oka, 30 ans après</em>, le très bon documentaire de Biz et Samian, réalisé par Charles Gervais et diffusé ce soir à 20h.

Oka, 30 ans après: appel au dialogue 

C’est à se demander pourquoi Historia n’a pas programmé plus tôt Oka, 30 ans après, le très bon documentaire de Biz et Samian, réalisé par Charles Gervais et diffusé ce soir à 20h. Après tous les reportages qu’on a vus cet été, après le documentaire d’Alain Gravel en septembre, celui-ci arrive un peu tard.

Il arrive d’ailleurs à la même conclusion que tous les autres : les relations entre Blancs et Autochtones n’ont pratiquement pas évolué. On ne se parle pas beaucoup plus qu’en 1990. De sorte qu’une autre «crise d’Oka» est envisageable. Ça ne prendrait pas grand-chose pour échauffer à nouveau les esprits.

Oka, 30 ans après initie justement le dialogue entre les deux peuples. Amis depuis la Paix des braves en 2002, Biz et Samian reviennent sur la crise de 1990 avec des gens qui l’ont vécue pour en mesurer les effets, trois décennies plus tard. Le souvenir est encore douloureux, et la colère, toujours présente.

Quand Samian demande à Brian Deer, guerrier mohawk à la barricade du pont Mercier, s’il porte encore de la colère, celui-ci répond qu’il reprendrait les armes demain matin s’il le fallait. 

«Si quelqu’un me dit "allons-y", je le suis! […] C’est notre seule façon de nous faire entendre», plaide Deer, que les excuses de Justin Trudeau laissent de glace. «Aucune chance que je devienne un Canadien!» poursuit-il, lui qui refuse même d’avoir un passeport du pays.

Ce qui aurait changé, c’est que les Mohawks n’attendent plus la permission de quiconque pour passer à l’action. «Avant 90, c’était plus difficile de revendiquer des droits. […] Parce que le Québec et le Canada ne veulent pas d’une autre crise comme celle d’Oka», affirme le secrétaire de la nation Mohawk de Kahnawake, Kenneth Deer.

On sent chez Biz, très sensible aux revendications de protection du territoire et de la langue, un réel désir de fraterniser avec les Premières Nations. «Moi, comme Québécois, ça me parle en maudit», affirme l’artiste. Né de mère Algonquine, Samian croit pour sa part qu’«on a beaucoup plus en commun que de différences».