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Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien

Des dames... et Jean-Paul

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CHRONIQUE / Elles s’appelaient Lucie, Évelyne, Véronique et Claire. Mais c’est de Jean-Paul dont on se souvient le plus! Des dames de cœur, qui a passionné près de deux millions de fidèles à Radio-Canada, reprend l’antenne pour la toute première fois depuis les années 80. Retour sur un phénomène social dont tout le monde parlait autour de la machine à café, les femmes comme les hommes.

«À l’époque, les téléromans étaient beaucoup plus regardés par les femmes. C’était un des premiers qui attiraient autant d’hommes que de femmes. On en était très fières», me raconte Sylvie Payette, qui collaborait au scénario avec sa mère Lise après l’avoir conseillée pour La bonne aventure.

L’autrice, qui œuvre principalement comme romancière depuis quelques années, se réjouit de savoir qu’ICI ARTV reprendra les trois saisons diffusées de 1986 à 1989. Malgré son statut de phénomène, Des dames de coeur n’a étonnamment jamais été rediffusé, même l’après-midi.

Puisque le téléroman n’a jamais été offert en VHS et encore moins en DVD, les nostalgiques devaient se contenter de copies de piètre qualité sur YouTube. ICI ARTV diffusera quatre épisodes par semaine, deux le jeudi et deux le vendredi à 17h et à 18h, à partir du 10 juin.

Pierre Curzi, Michelle Rossignol, Raymond Bouchard, Andrée Boucher, Louise Rémy, Gilbert Sicotte, Michel Dumont et Luce Guilbeault dans la première saison des <em>Dames de coeur</em>.

À l’époque, le lundi à 20h, c’était sacré quand le thème d’André Gagnon se mettait à jouer. Au début, ces dames à l’aube de la quarantaine étaient de parfaites femmes au foyer, sauf Véronique (Michelle Rossignol), la plus moderne du quatuor, véritable carte de mode et propriétaire de son magazine.

Lucie (Louise Rémy) commençait à voir clair dans le jeu de son Jean-Paul (Gilbert Sicotte) pendant qu’il promettait mer et monde à sa maîtresse Julie Bastien (Dorothée Berryman), sans jamais tenir parole.

Évelyne (Andrée Boucher) était victime de violence conjugale, sous le joug d’un mari autoritaire (Raymond Bouchard, puis Pierre Gobeil).

Enfin, Claire (Luce Guilbeault) cachait un lourd secret à son époux Gilbert (Michel Dumont), qui la négligeait au profit de son cabinet d’experts-comptables.

Heureusement, toutes finissaient par s’émanciper, à l’image des femmes de l’époque. «Maman aimait bien défoncer des portes et apporter quelque chose de nouveau. Le téléroman sert à représenter la société et à la faire évoluer vers quelque chose de beau», affirme Sylvie Payette.

Ce que ni la mère ni la fille n’avaient prévu, c’est qu’un personnage masculin supplanterait les quatre héroïnes dans l’intérêt public: le don Juan doublé d’un menteur notoire Jean-Paul Belleau, qui susurrait «ma biche» à l’oreille de sa maîtresse, un rôle qui a marqué à jamais Gilbert Sicotte. C’est beaucoup plus de lui que des quatre femmes dont on parlait le lendemain.

«Au départ, on croyait que les gens aimeraient le détester. Ce qu’on n’avait jamais imaginé, c’est que les gens l’aimeraient et le défendraient. Les hommes surtout, mais il y a beaucoup de femmes qui l’adoraient et disaient qu’elles l’endureraient malgré ses infidélités!» se souvient Sylvie Payette.

Le personnage est devenu plus grand que lui-même, jusqu’à être transposé dans des pubs de Loto-Québec. L’autrice et romancière s’amuse en repensant à la folie autour de Jean-Paul. «Le magazine Croc avait sorti des t-shirts «J’ai couché avec Jean-Paul Belleau» et «Non, j’ai pas couché avec Jean-Paul Belleau». Rock et Belles Oreilles avait fait des sketchs extraordinaires [«Des deux de pique»], qui étaient très très drôles.» Prendriez-vous un p’tit café?

Hélas, tout comme Lise Payette, décédée en 2018, trois des quatre dames de cœur nous ont quittés. La première, Luce Guilbeault, n’avait que 56 ans lorsqu’elle a succombé à un cancer en 1991, quelques semaines seulement après la fin d’Un signe de feu, dans lequel elle avait repris le rôle de Claire. «Elle avait refusé de se faire remplacer et on avait tourné toutes ses scènes à l’avance en quelques jours», relate tristement Sylvie Payette.

Puis, Louise Rémy est décédée à 77 ans en 2016 avant Michelle Rossignol, partie l’année dernière à 80 ans.

Mais voici la grande question: est-ce que ça a bien vieilli? Pourra-t-on ne pas nous laisser distraire par les coiffures au spray net et les épaulettes des années 80? Ou le regarderons-nous pour ce que c’est: un récit ancré dans son époque avec certaines choses qui ne se disent plus et d’autres, toujours d’actualité?

«J’espère que les grands-parents vont dire à leurs petits-enfants de regarder Des dames de coeur avec eux pour leur montrer comment ça se passait à l’époque», affirme Sylvie Payette, qui trouve que la télé actuelle manque de grandes histoires d’amour, comme celles qu’ont vécues Pete et Lola ou Émilie et Ovila.

Anouk Simard, Jean-Pierre Chartrand, Michel Forget, Roger Le Bel et Christiane Pasquier dans la comédie <em>Du tac au tac</em>.

Télé-nostalgie

La nostalgie, est-ce vivre dans le passé ou simplement trouver du réconfort dans nos meilleurs souvenirs? Peu importe leurs motivations, bon nombre de téléspectateurs aiment revoir les séries qu’ils ont tant aimées. C’est universel, on n’a qu’à voir La petite vie, dont le succès perdure, et l’engouement des fans pour Friends: The Reunion.

ICI ARTV ne s’en cache pas: ce sont ses rediffusions de séries et de téléromans québécois qui génèrent le plus d’écoute. «Depuis 2008, chaque fois que Le temps d’une paix a été diffusée sur ICI ARTV, elle s’est classée parmi les trois émissions les plus regardées de la chaîne», révèle Marie Tétreault, cheffe promotion et relations publiques. En plus de poursuivre la diffusion de Du tac au tac, la chaîne annonce qu’elle reprendra un autre téléroman de Pierre Gauvreau, Cormoran, du lundi au mercredi à 17h et à 18h, à compter du 28 juin.

Prise 2, qui fait de la nostalgie son fonds de commerce depuis 2006, a déjà rediffusé L’or du temps, Entre chien et loup et Le retour mais privilégie depuis un certain temps les comédies québécoises. Celles-ci arrivent en tête des émissions les plus regardées, à commencer par Km/h, championne toutes catégories sur Prise 2 et diffusée à TVA de 1998 à 2006. Catherine, Histoires de filles, Taxi 0-22 et Les beaux malaises arrivent assez haut dans le classement et Bienvenue aux dames, diffusée durant deux saisons à V, s’ajoutera à l’offre cet automne.

Ça marche, vous dites? Prise 2 est la chaîne de divertissement la plus regardée de Groupe TVA et arrive deuxième derrière Séries Plus parmi toutes les chaînes spécialisées autres que sportives ou d’information.

Pour que la direction de la chaîne choisisse de faire l’acquisition d’une série plutôt qu’une autre, «il faut que l’émission ait marqué l’imaginaire québécois. Il faut aussi que ça trouve un écho chez plusieurs générations», confie Nathalie Fabien, directrice principale chaînes et programmation du Groupe TVA.

«Il faut que la série soit réconfortante, on n’est pas dans le gros drame. On regarde aussi si la série a bien vieilli», ajoute-t-elle.

Sylvie Payette trouve que la télé actuelle manque de grandes histoires d’amour, comme celle qu’ont vécue Lola et Pete (Anne Dorval et Francis Reddy) dans <em>Chambres en ville</em>.

Si vous pensez que Prise 2 est une chaîne au public vieillissant, détrompez-vous: elle compte un bassin important de téléspectateurs de 18 à 34 ans, qu’on attire entre autres avec de nouvelles productions à saveur nostalgique, ces reboots de séries qui ont bien marché jadis comme Magnum ou MacGyver. Walker, reboot de Walter, Texas Ranger, rejoindra la nouvelle grille à l’automne.

Outre quelques productions originales en fictions, Unis TV mise aussi beaucoup sur les séries du passé, que ce soit Watatatow, La galère, Scoop et depuis, l’automne, Chambres en ville, dont elle a acquis les sept saisons.

Bonne nouvelle: la chaîne qui s’adresse aux francophones d’un océan à l’autre ajoutera cet automne à sa programmation les deux premières saisons du Coeur a ses raisons.

«Nous cherchons des séries qui avaient, au moment où elles ont été diffusées pour la première fois, un caractère audacieux ou nouveau pour l’époque. Nous tenons également compte de la disponibilité des droits de diffusion et des suggestions des auditeurs et auditrices», m’explique la cheffe des communications de TV5 et Unis TV, Cynthia Rhéaume.

D’autres titres qui n’ont jamais été rediffusés mériteraient aussi une place dans la grille, dont les cinq saisons de Sous un ciel variable du duo Anne Boyer et Michel d’Astous, qui étaient toujours dans le top 10 quand elles ont été diffusées à Radio-Canada, de 1993 à 1997, et dont vous me parlez souvent. Ça se passe en milieu rural, comme Terre humaine et Bouscotte, qui ont été rediffusées.

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Nicole Leblanc, Raymond Legault et Mireille Thibault dans <em>Cormoran</em>, rediffusé sur ICI ARTV à compter du 28 juin.