Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien
Le quatuor des <em>Mecs</em>: Normand Daneau, Yanic Truesdale, Christian Bégin et Alexis Martin.
Le quatuor des <em>Mecs</em>: Normand Daneau, Yanic Truesdale, Christian Bégin et Alexis Martin.

Ces décevants Mecs

CHRONIQUE / La nouvelle comédie Les mecs, dont les 10 demi-heures sont disponibles dès aujourd'hui sur l'Extra d'ICI Tou.tv, avant d'être diffusées cet hiver sur ICI Télé, ne révolutionnera pas la télévision. Même qu'elle m'a fort déçu. Autant de talent à l'écran pour si peu de choses intéressantes à dire.

Les mecs, ce sont quatre gars dans la cinquantaine, qui se retrouvent régulièrement au bar pour parler de femmes, de sexe et de choses de la vie. L'angle est plutôt intéressant, quand on pense que trop peu de séries à la télé se sont vraiment intéressées à l'amitié masculine, alors qu'on l'a beaucoup vu pour les femmes, de La bonne aventure à La galère.

L'histoire commence quand Simon Letendre (Alexis Martin) débarque avec ses sacs de vidange chez Christian Laliberté (Christian Bégin) après s'être fait larguer par sa femme, partie avec un avocat plus jeune et plus riche. Simon collera chez Christian comme un ado attardé, désorienté par ce célibat soudain, et poussé par ses chums à se remettre en couple au plus vite.

Pour compléter le quatuor, Martin Lamoureux (Normand Daneau) vit en banlieue, avec la même femme depuis toujours, alors qu'Étienne Lebeau (Yanic Truesdale), le seul gai des quatre, est propriétaire d'une salle de gym et accorde un soin particulier à son apparence. Remarquez les quatre noms de famille très imagés.

Comme son interprète, Christian a souvent un verre de vino à la main et possède les meilleures bouteilles dans son espace cellier. On parle beaucoup de sexe, dans un langage cru, qui ne me gêne pas – j'ai entendu pire. Si ce n'était qu'on insiste beaucoup sur la «grosse graine» de Simon qui donne des complexes aux gars. Mais encore.

Dans Les mecs, aucun personnage féminin n'est réellement sympathique, quand il n'est pas amer ou franchement cynique. Geneviève (Lynda Johnson), l'ex de Simon, est assez détestable et arriviste. Sophie (Nathalie Mallette), la blonde de Martin, lui reproche d'être gros, le prend en photo nu sur son pèse-personne et dépose l'image sur Facebook pour l'humilier.

Même la barmaid et propriétaire du bistro, Natalie (Julie Ménard), hait les gros et ne se gêne pas pour le dire. À l'ère de la diversité corporelle, certaines répliques paraissent arriérées dans la bouche de ces filles comme elles le paraîtraient chez les gars. Au moins, Natalie finit par remettre les gars à leur place quand ils réclament une «bonne-baiseuse-vicieuse-romantique-cochonne-poète» pour leur ami.

Le personnage de Martin est certainement le plus malmené des quatre. Quand Sophie lui fait l'amour machinalement, elle lui parle du choix de comptoirs pour rénover la cuisine – «t'aimes pas le quartz?» Résultat: Martin débande.

Le couple finit chez la sexologue, où Martin proposera un trip à trois à Sophie pour pimenter leur vie sexuelle. On a vu ça 100 fois. Le troisième épisode, sur le surplus de poids de Martin qui s'est découvert des seins, est particulièrement gênant.

Les comédies des dernières années nous ont habitués aux lignes punchées, aux phrases brillantes qui font rire et réfléchir. Ne pensons qu'aux répliques assassines de Madeleine dans Lâcher prise. Même l'humour plus consensuel de Discussions avec mes parents a souvent de l'esprit.

Jacques Davidts est pourtant un auteur brillant, qui nous l'a montré avec Les Parent. Dans Les mecs, tout semble plaqué, on veut avoir l'air intelligent à coups de citations célèbres, mais ça ne passe pas. Davidts affirme qu'il y a de lui dans ses quatre personnages de gars. Peut-être pour cette raison que je les trouve aussi mal définis. Chacun finit par ressembler à l'autre.

Génial au grand écran et dont j'ai adoré Les Simone, le réalisateur Ricardo Trogi ne parvient pas à donner du relief à ces personnages. Ces passages du Requiem de Mozart pour souligner l'absurdité dramatique des situations deviennent répétitifs. Dommage que ces Mecs soient si décevants.

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