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Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien

Allen v. Farrow: une fois pour toutes [VIDÉO]

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CHRONIQUE / Woody Allen a-t-il, oui ou non, agressé sexuellement sa fille adoptive Dylan Farrow alors qu'elle n'avait que sept ans? En douter encore après avoir vu Allen v. Farrow relèverait du déni, de l'aveuglement volontaire devant son génie cinématographique.

Cette minisérie documentaire en quatre épisodes sur la bataille entre Woody Allen et Mia Farrow, qui a commencé sur HBO dimanche en plus d'être disponible sur Crave, a certainement pour but d'ouvrir les yeux des sceptiques admirateurs sur les sérieuses allégations contre le réalisateur de Manhattan. Les miens étaient déjà bien ouverts; ils le sont encore plus.

Réalisée par Kirby Dick et Amy Ziering, qui n'en sont pas à leur première oeuvre sur des cas d’agressions sexuelles, la série s'ouvre d'ailleurs avec Dylan, maintenant âgée de 35 ans, qui vit toujours marquée par ce qu'elle a vécu en août 1992 et tout ce qui a suivi. Sa mère Mia avait filmé ses aveux alors qu'elle était encore une enfant. À la caméra, la petite Dylan raconte en détails ce que lui faisait Woody Allen, où il la touchait. Témoins intimes d'actes indécents qu'un enfant ne devrait jamais vivre, les images parlent d'elles-mêmes.

Durant des décennies, Allen est parvenu avec succès à semer le doute, à détourner l'attention en accusant d'aliénation parentale son ancienne muse avec qui il a tourné 13 films. Pendant que Monsieur poursuivait sa carrière comme si de rien n'était, Mia Farrow a été dépeinte comme une pauvre folle au discours incohérent, qui a monté sa fille contre son ex par pure vengeance.

Sa propre fille adoptive Soon-Yi, maintenant mariée à Woody Allen, l'a décrite comme une mère violente dans une entrevue accordée à... une amie proche de son mari. Un autre fils de Mia, Moses, l'a récemment accusée de maltraitance. De quoi alimenter les doutes sur la réelle culpabilité du cinéaste.

Une large part du second épisode établit des parallèles entre les scénarios de ses films et sa vie réelle, reprend des passages qui, après tout ce qu'on sait, créent forcément des malaises. C'est rien de nouveau, les aventures avec de jeunes filles peuplent son œuvre. Mais de les voir toutes alignées les unes après les autres se révèle troublant.

L'épisode des Golden Globes en 2014 est déterminant pour la suite. Quand Dylan Farrow a vu toutes ces femmes défiler pour rendre hommage à Woody Allen, elle a fait une crise de panique. Son frère Ronan écrit alors sur Twitter: «J'ai raté l'hommage à Woody Allen. Est-ce qu'ils ont parlé du moment où une femme a publiquement confirmé qu'il avait abusé d'elle à l'âge de sept ans, avant ou après Annie Hall?» La réaction de Dylan à cette sortie cinglante: «Enfin, quelqu'un en parle.»

Puis, il y a eu #metoo, qui a redonné une voix à ces femmes qui se sont tues si longtemps sur les agressions qu'elles avaient vécues.

Parce que l'homme en question, l'un des plus grands cinéastes de tous les temps, reste impuni pour ce qu'il aurait commis. Allen a toujours eu la presse de son côté, encensé par la critique. «Les gens qui m'aimaient continuent de m'aimer», admet-il un jour au talk-show de Michael Parkinson à la BBC.

Mia Farrow a au contraire vu sa carrière d'actrice s'étioler et n'a jamais pu réellement faire confiance à un homme par la suite. Ce sont aussi ces deux vies en parallèle, ce deux poids, deux mesures, que raconte la série.

Maintenant, doit-on séparer l'homme de son œuvre et continuer de voir ses films? Si vous êtes capable de regarder Mon oncle Antoine sans penser aux actes de pédophilie de Claude Jutra, tant mieux pour vous. Moi, je n'y arrive pas.

La question se pose peut-être, mais je la trouve infiniment futile à côté de la douleur vécue par Dylan Farrow et par sa famille. Parce qu'à la fin, ce sont les ravages causés par ses abus qui restent. C'est à ça que nous ouvre la série documentaire.

Aucune surprise d'apprendre que Woody Allen et Soon-Yi Previn ont refusé de prêter leur concours à ce documentaire. Depuis, le cinéaste a qualifié la série d'«entreprise de démolition», claironnant de nouveau son innocence. Par contre, vous entendrez de longs extraits des mémoires du réalisateur, qu'il a enregistrées l'année dernière sur un livre audio.

Woody Allen s'en remettra-t-il encore une fois? Même si on ne dénoncera jamais assez les cas d'agressions sexuelles, la série a le désavantage d'arriver après celles, peut-être plus percutantes, sur Michael Jackson, R. Kelly et Jeffrey Epstein, entre autres. Allen v. Farrow est néanmoins nécessaire et mérite d'être vue.

Notez que la version française sera diffusée plus tard au printemps à Super Écran et disponible sur Crave.

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