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Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien
Comment l'histoire prendra fin pour Séraphin et Donalda (Vincent Leclerc et Sarah-Jeanne Labrosse)?
Comment l'histoire prendra fin pour Séraphin et Donalda (Vincent Leclerc et Sarah-Jeanne Labrosse)?

Adieu Séraphin

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CHRONIQUE / J'ai regardé toute la sixième et ultime saison des Pays d'en haut durant les Fêtes sur l'Extra d'ICI Tou.tv. En laissant passer un peu de temps entre chaque épisode, pour ne pas que ça se termine trop vite. J'ai vraiment beaucoup aimé cette série, autant que j'ai mis d'énergie à détester Séraphin, brillamment interprété par Vincent Leclerc.

La saga de Sainte-Adèle prend fin lundi à 21h sur ICI Télé avec le 52e et dernier épisode. On a déjà vu des séries géniales connaître des fins ratées; celle des Pays d'en haut, soyez rassuré, est tout à fait réussie. J'en suis sorti un peu triste, parce que c'était la fin, mais pleinement satisfait de la conclusion imaginée par Gilles Desjardins.

L'auteur aurait pu choisir de conclure dans le drame, mais il y a réfléchi deux fois. Même qu'il a changé complètement la fin qu'il voulait donner aux Pays d'en haut pour terminer sur une note plus positive. «J'ai passé le premier confinement à écrire cette dernière saison. À cause de l'atmosphère un peu oppressante qu'on vivait, j'ai senti que ça pouvait aller ailleurs. Je suis content de ne pas avoir gardé ma première idée parce que j'aurais eu l'impression de faire le mauvais choix», dit-il aujourd'hui, en paix avec cette finale.

À travers les saisons, les personnages créés par Claude-Henri Grignon lui ont servi de prétextes pour aborder toutes sortes de phénomènes et de faits historiques qui nous avaient échappé. Encore plus cette année, marquée par l'affirmation des personnages féminins, il parvient à créer des parallèles avec nos débats d'aujourd'hui avec un doigté qui donne presque le vertige!

«J'ai toujours voulu présenter une vision neuve du passé, avec des thématiques jamais abordées dans des séries québécoises: l'homosexualité, l'anti-cléricalisme, le féminisme. Toutes ces réalités existent depuis beaucoup plus longtemps qu'on pense.»


« Les séries d'époque jouent souvent sur la nostalgie, sur l'idée que c'était donc mieux dans le bon vieux temps, alors que c'est exactement l'inverse. Je voulais montrer aux gens que les choses se sont améliorées, c'est indiscutable. »
Gilles Desjardins

Après l'épidémie de variole de l'an dernier, qui a devancé notre pandémie de COVID-19, ce sont plutôt la sécheresse et les feux de forêt qui mettent en péril Sainte-Adèle. On a aussi parlé de «chauffage de l'atmosphère», tiens, tiens.

«Le réchauffement climatique est étudié depuis 130 ans, ce n'est pas nouveau. Pour qu'une problématique finisse par s'imposer, ça peut prendre des décennies. Rien ne nous tombe sur la tête sans qu'on l'ait vu venir.»

Même sans le vouloir, les intrigues imaginées par l'auteur font écho à des enjeux d'aujourd'hui – je rappelle qu'on est plus de 100 ans plus tard. «L'an dernier, la semaine de l'épisode où Bidou (Rémi-Pierre Paquin) accusait le Dr Cyprien (Roger Léger) de répandre la variole parce qu'il touchait de l'argent sur les certificats de décès, des complotistes disaient la même chose sur les réseaux sociaux!»

J'ai toujours été impressionné par le souci du détail de Gilles Desjardins. Cet auteur ne laisse rien au hasard. Plusieurs ont tenté de le prendre en défaut, en lui faisant remarquer que «ça ne se passait pas de même dans ce temps-là». L'auteur avait toujours une réponse, une coupure de vieux journal, un passage dans un livre qui témoignait bel et bien que ça se passait de même pour vrai.

C'est d'ailleurs pour défendre sa série que l'auteur s'est ouvert un compte Twitter. Parce que le pari n'était pas gagné avant que ce remake commence en janvier 2016. Nous avions en tête le vieux téléroman qui repassait en boucle l'après-midi. Pourquoi refaire ce qui a déjà été fait plusieurs fois? C'était avant de savoir que la série aurait beaucoup plus de profondeur, amènerait les personnages beaucoup plus loin. Qu'on s'y attacherait d'une tout autre façon.

La décision difficile de faire mourir notre bon curé Labelle (Antoine Bertrand) il y a deux ans a permis à Gilles Desjardins d'introduire un personnage encore plus détestable que Séraphin, le curé Caron (David La Haye), inspiré de l'abbé Chiniquy de Kamouraska, qui a réellement existé. «C'est un homme très peu connu et jamais exploité en fiction au Québec. Les gens trouvaient ça exagéré mais l'abbé Chiniquy a déjà donné des conférences où il piétinait des hosties. Faut quand même le dire: c'était un fou furieux!»

L'Église catholique a tout fait pour qu'on ne s'en souvienne pas, puisque ses livres sont introuvables au Québec. Gilles Desjardins a dû fouiller dans les sites Internet d'universités américaines pour les obtenir. «L'Église a fait une belle job de ménage!»

Quelle idée formidable d'avoir réuni à l'écran Bianca Gervais et Sébastien Diaz pour les rôles d'Iphigénie et de Raphaël. Le fait qu'ils forment un couple facilitait bien sûr leur rapprochement à la caméra, en contexte de tournage «covidien». Comme toujours, Bianca Gervais a été formidable, notamment dans cette scène où elle retire son voile de religieuse. Et on a découvert en Sébastien Diaz un acteur naturel et convaincant. C'était vraiment trop court, il faudra remettre ça.


« C'est un deuil très difficile à faire, d'abandonner des comédiens en qui j'avais une confiance absolue, que je pouvais pousser au maximum. »
Gilles Desjardins

À ce titre, il vante le talent de Vincent Leclerc, qui avait pourtant un personnage parfois monstrueux à défendre. «Il y a une règle non écrite qui dit qu'à moins de vouloir faire disparaître un personnage, tu ne lui fais jamais battre un enfant. Dans la deuxième saison, Séraphin battait le petit Siffleux (André Kasper) dans une scène d'une cruauté épouvantable. Les gens lui en voulaient à mort. Une semaine plus tard, Vincent avait réussi à reconquérir le public et les gens lui trouvaient des excuses. C'est quand même incroyable!»

Gilles Desjardins aurait sans doute eu encore de l'inspiration pour écrire une septième saison. Mais il devenait de plus en plus difficile de financer cette série d'époque, alors que les coûts augmentent mais que les budgets restent les mêmes.

L'auteur, qui a aussi écrit Musée Eden et Mensonges, a dans sa manche une nouvelle série, mais ne peut rien en dire pour l'instant. J'ai déjà hâte de voir ça.

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