Respecter les bêtes

CHRONIQUE / Je suis la fille d’un cowboy. J’ai grandi sur un ranch à une époque où on « cassait » les chevaux. Mon grand-père ce n’était pas un doux. Avec lui, il ne fallait pas trop s’attacher aux bêtes. Au Ranch V de Beauharnois, les chats servaient à manger la vermine, et quand il y en avait trop, grand-papa s’occupait de les faire disparaître. Les chatons n’avaient même pas le temps d’ouvrir les yeux. Quant à mon père, il était le meilleur pour mettre un cheval à sa main, même les plus têtus.

Des rodéos, j’en ai vus. Je nous revois ma sœur et moi, assises dans les estrades du Festival western de Saint-Tite. On se fermait les yeux quand arrivait l’épreuve de la prise du veau au lasso. Quand le veau évitait le piège, on s’exclamait de joie. Par contre, j’attendais impatiemment les épreuves de rassemblement de bétail. 

Ici Radio-Canada nous apprend qu’un rapport vétérinaire commandé par le professeur de droit de l’Université de Montréal, Alain Roy, stipule que les rodéos organisés l’an dernier à Montréal et à Saint-Tite étaient illégaux en vertu du droit québécois.

Les épreuves de rodéo, dont on fait référence dans ce rapport, sont le terrassement du bouvillon, la montée de chevaux sauvages avec et sans selle, la prise du veau au lasso et la montée des taureaux sauvages. Il ne faut pas confondre les épreuves de rodéo avec celles du gymkhana. 

Sauf que dans le cas des disciplines de rodéo, inspirées du Far West des années 1830, ça ressemble plus à un supplice. En performance, le cheval a une volonté de défier les obstacles. Dans le cas du rodéo, l’animal est en évitement. Le veau qui se fait étrangler par un lasso, le bouvillon qui se fait attacher par les pattes, le cheval qui se débat de son inconfort et le taureau génétiquement élevé pour son agressivité… me semble qu’on est capable d’être plus harmonieux dans nos relations avec les bêtes. 

Dr Jean-Jacques Kona-Boun, médecin vétérinaire anesthésiste, dit que les chevaux et les taureaux sont à risques d’avoir des lésions, telles que des fractures ou d’autres blessures sérieuses. Évidemment, si on s’en tient à cette phrase, on va arrêter de bouger de peur de se faire mal. 

Cette prise de conscience ne devrait pas être une embûche pour les événements équestres, mais plutôt le moment de se renouveler. Le Festival de Saint-Tite nous a surpris plus d’une fois avec des numéros d’entractes époustouflants de chevaux en liberté.

Chambord

Si on en venait à interdire certaines épreuves de rodéo, il n’y a pas que le festival de Saint-Tite qui devrait s’ajuster. Du 2 au 5 août 2018, la 26e édition du Festival du Cowboy de Chambord affiche déjà ses grandes vedettes, dont les taureaux et les chevaux sauvages. 

« Depuis une quinzaine d’années, le rodéo est notre tête d’affiche. C’est la portion payante du festival et notre principale source de revenus. On présente aussi les disciplines de gymkhana, mais notre gros vendeur, c’est la partie dédiée aux chevaux et taureaux sauvages », explique William Laroche, président du Festival de Chambord. 

À Chambord, on a compris depuis deux ans que le volet rodéo était menacé. L’an passé, dans le but de promouvoir les sports équestres et d’être avant-gardiste, le Festival du Cowboy présentait une nouvelle discipline. « Le cowboy trail (parcours d’obstacles western) est une discipline qui met à l’épreuve la complicité du cavalier et son cheval qui doivent faire un parcours avec des embûches naturelles comme de l’eau, des barrières à ouvrir... Ce n’est pas une épreuve de vitesse », précise M. Laroche. 

Quand on parle de rodéo, William Laroche est émotif et dit avoir cette discipline tatouée sur le cœur. Il se veut rassurant en disant que les bêtes sont bien traitées. « On a un vétérinaire sur place 24 heures sur 24 et tous les animaux sont bien traités », ajoute-t-il. Les bêtes doivent être en excellente forme pour donner un bon spectacle. Mais le public fait abstraction de tout ça pour n’y voir que le résultat. « En plus, c’est plate à dire, mais le monde veut voir ça ! Ils veulent se demander si le gars sur le taureau va s’en sortir vivant », conclut M. Laroche.