Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Léa Martin
Les Coops de l'information
Léa Martin
Trouver l’amour sur les apps après 50 ans, pas toujours simple
Trouver l’amour sur les apps après 50 ans, pas toujours simple

Trouver l’amour sur les apps après 50 ans, pas toujours simple

Article réservé aux abonnés
CHRONIQUE / J’ai presque toujours été sur les applications de rencontre. Entendez-moi bien, je ne swipe pas tous les jours de façon frénétique depuis mon premier bisou trop mouillé sur le sofa des parents de mon ami au secondaire (il avait un look alternatif et écoutait du Pink Floyd, la moi de 15 ans ne pouvait résister). Disons plutôt qu’elles ont souvent joué la trame de fond de ma vie amoureuse, surtout dans les interludes plus solitaires. 

Pour les gens de ma génération, c’est une chorégraphie dont on connaît tous les mouvements ou presque. Tu télécharges Tinder quand tu te sens seule et tu l’effaces quand tu as rencontré quelqu’un (ou après une série de déceptions*). 

*À noter que la deuxième option est la plus fréquente. 

On sait quel genre de photo fonctionne le plus, on détermine quels aspects de notre personnalité on souhaite mettre de l’avant. Devrait-on aborder toutes ses conquêtes à coup de «Hey», jusqu’à ce qu’une d’entre elles morde à l’hameçon, ou plutôt commencer avec un GIF de The Office

Et puis bon, il ne faut pas se faire trop d’idées… Bien entendu, on connaît tous LA personne qui a trouvé l’amour de sa vie sur les apps, mais on sait comment la plupart de ces rencontres se finissent (si elles ont même commencé).  

Est-ce qu’on n’a pas perdu quelque chose ici? Où sont passées les rencontres spontanées au supermarché? Les regards qui se croisent sur la piste de danse? Bon, avec la COVID c’est une autre histoire, mais quand même! 

Comme on dit, «la sagesse est fille de l’expérience», alors je suis allée voir du côté des vétérans de la drague qui se sont retrouvés sur les apps dans la cinquantaine. Peut-être auront-ils quelques conseils pour nos âmes perdues de milléniaux. 

1. Savoir ce que tu cherches

Christine, 61 ans, est restée 24 heures sur Tinder. C’est son fils qui lui avait créé un compte et qui lui choisissait des prétendants. «C’était un peu bizarre», avoue-t-elle. Très vite, elle s’est rendu compte que l’ambiance était plus au coup d’un soir qu’aux relations à long terme. «En plus, à nos âges, on ne peut pas se fier sur les photos qu’on voit. On fait tous un peu dur», dit-elle en riant.

Clairement, la rencontre charnelle expresse n’était pas son objectif. Elle cherchait la perle rare avec qui elle pourra profiter de ses vieux jours. «On approche de la retraite et on aura encore plus de temps à passer avec cette personne. Il faut qu’on ait des intérêts communs», explique-t-elle. 

Elle a fini par s’inscrire sur Rencontre Sportive un réseau qui permet de rencontrer des adeptes de sport en ligne et même de participer à des activités entre célibataires. C’est là qu’elle a rencontré Pierre, 62 ans, adepte de ski comme elle. D’ailleurs, les deux sont au bout du fil lors de notre discussion. «À notre âge, tu n’as plus de temps à perdre», indique Pierre. «Tu poses les bonnes questions: as-tu fait de la thérapie, as-tu des enfants ?». En gros, vieillir, c’est savoir ce que l’on veut et ne plus vouloir se cacher. 

2. Apprendre à jouer la «game»

Tout de même, pour Julie, 58 ans, il y a une part de jeu qui reste importante. D’abord inscrite sur EliteSingles, elle laisse tomber cette application qu’elle trouve trop «m’as-tu vu» pour retourner à la base: Bumble. «C’est une collègue de 25 ans qui m’a conseillé cette application parce que ce sont les filles qui gèrent les conversations», dit-elle. 

Grâce à cette app, elle a eu deux relations de plus longue durée, dont la dernière qui illumine sa voix à l’autre bout du combiné. On croise les doigts, mais il semble être le bon! Néanmoins, avant de trouver l’amour, Julie en a vu des vertes et des pas mûres: des jeunes qui cherchent des «femmes matures», ceux qui ne pensent qu’au sexe, ceux qui n’en veulent pas du tout, ceux qui t’invitent au restaurant, mais te font payer la moitié… À ce sujet, arrêtez de dire aux gens que vous les invitez si vous séparez la facture, ça fait plutôt ÉconoSingle si vous voulez mon avis. 

«Moi je suis très explicite, très joueuse. S’il n’est pas game, ce n’est pas une personne pour moi», affirme Julie. Lorsqu’un match coupe la conversation abruptement, elle n’en fait pas une affaire personnelle. Elle trouvera un autre candidat qui lui conviendra mieux. 

3. Rester réaliste

Pour Vatel, 55 ans, l’expérience sur les apps de rencontre est un peu moins rose. Il a réussi à trouver quelques compagnes dans le passé, mais il est encore à la recherche de la femme avec qui il finira sa vie. Ce qui le désole le plus, c’est l’aspect superficiel de ce médium. «Le fait de vouloir être en couple à travers les réseaux sociaux devient un exercice de marketing», dit-il. À chaque fois qu’il parle à une femme, il se sent en compétition direct avec une horde d’hommes. «C’est l’image de la course des spermatozoïdes», dit-il. 

Le ressenti de Vatel n’est peut-être pas si loin de la réalité. Une enquête publiée dans Le Monde en 2019 montre que le taux de succès moyen d’une femme est de 50 %, et de 2% pour un homme: un phénomène qui permet aux applications de vendre des options payantes plutôt salées à la gent masculine. «Je suis face à des femmes qui ne savent plus où tourner le regard, parce qu’elles sont submergées d’appels», ajoute-t-il déçu. 

Et puis, lorsque l’on est submergé, comment savoir si l’on a fait le bon choix? C’est un problème des temps modernes dont parle la professeure de psychologie de l’Université de Yale, Dr Laurie Santos, dans son balado The Happiness Lab. Elle présente plusieurs expériences et études qui prouvent qu’avoir trop de choix peut devenir très anxiogène. Ça nous pousse souvent à revenir à ce que l’on connaît, ou même, à ne rien choisir du tout. «Et si tous ces choix nous rendent moins heureux et moins satisfaits que ce que nous pensons?», se questionne-t-elle. 

Selon Vatel, la meilleure chose à faire est de lever le nez de notre écran et regarder un peu plus autour de nous. Peut-être qu’en fin de compte, l’amour se trouve à la frontière du réel et du virtuel. L’important, c’est de garder l’esprit ouvert. 

C’est ce que nous prouve Pierre. Dans la vingtaine, il a trouvé la femme de ses enfants dans les petites annonces du journal Voir. Oui, oui, vous avez bien lu. « J’allais dans le Voir parce que c’était des gens qui s’intéressaient aux arts, à la mode», dit-il. « À l’époque, j’habitais chez ma mère, alors si les filles appelaient, je lui demandais de dire qu’elle était ma femme de ménage», avoue-t-il en riant. Avant une rencontre, il se basait sur le message que sa prétendante avait laissé sur sa boîte vocale. Comme quoi, il n’y a pas de mauvaise façon de rencontrer. Il suffit d’être dans le bon état d’esprit.