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Léa Martin
Les Coops de l'information
Léa Martin

Qu’est-ce qu’est le «97 percent challenge» de TikTok?

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CHRONIQUE / Si vous trainez sur TikTok, vous avez peut-être vu passer le #97percent sur votre «for you page» depuis quelques jours: une nouvelle vague de dénonciation originaire de Grande-Bretagne qui se déploie jusqu’ici. 

97%, c’est le pourcentage de femmes de 18 à 24 ans au Royaume-Uni qui ont été victimes de harcèlement sexuel en public selon un rapport de UN Women UK sorti ce mois-ci. Pour les femmes de tous âges confondus, le chiffre s’élève à 70%. 

Ces données alarmantes récoltées auprès de plus de 1000 répondantes arrivent comme un coup de poing dans le pays alors que la mort de Sarah Everard provoque un grand débat sur les violences faites aux femmes. 

La nuit du 3 mars, la jeune femme de 33 ans disparaît dans le quartier de Clapham, à Londres, en rentrant à pied de chez son ami. Son corps est identifié sept jours plus tard dans un sous-bois du Kent. Entre-temps, un officier de la police métropolitaine, Wayne Couzens, est arrêté et mis en cause dans l’enlèvement et le meurtre de Sarah Everard.

Les faits ont été suivis d’une vague de témoignages de femmes sur les réseaux sociaux et de mouvements protestataires. Les photos d’un de ces rassemblements ont fait le tour du monde à cause de l’intervention musclée de la police londonienne contre des manifestantes. 

Ces évènements, bien qu’ils aient eu lieu au Royaume-Uni, ont fait écho à la réalité de femmes  autour du globe qui ont publié leurs histoires accompagnées du #97percent qui a maintenant plus de 160 millions de vues sur TikTok. 

Au Québec, Émie Allaire a décidé de prendre part au mouvement sur la plateforme. «Je veux montrer à d’autres femmes que tu peux t’en sortir et je les encourage à aller chercher de l’aide parce que ce n’est pas un processus facile», déclare-t-elle lors de notre entretien vidéo. 


@emieallaire

There IS a way out // Il y a de l’espoir #97 #fyp #foryou

♬ Stand up - Zeda


Ce n’est pas la première fois qu’elle partage son histoire sur les réseaux sociaux. Lors de la vague de dénonciation de l’été 2020, elle a raconté ses déboires avec le système judiciaire à la suite de l’agression sexuelle dont elle a été victime en 2017. C’était aussi un moment charnière dans l’avancée de son cas alors que son agresseur a été condamné à une peine d’emprisonnement de 14 mois. « J’ai décidé de publier aussi mon histoire sur TikTok parce que c’est une plateforme populaire où il y a beaucoup de jeunes à qui je peux partager mon message d’espoir», ajoute-t-elle. Après quatre jours en ligne, sa vidéo a près de 23 000 vues. 

Les milliers de vidéos de dénonciations féminines, comme masculines, révèlent de nombreux types d’abus qui vont du harcèlement de rue jusqu’au viol et à la pédophilie. Différents challenges consistent à montrer «ce que je portais au moment de l’agression» ou à raconter son histoire à l’écrit comme l’a fait Émie Allaire. 


@notfvmous0g

97% of women , doesn’t matter the clothes 💯 #97percent #awareness #fypシ #fyp #foryourpage

♬ Stand up - Zeda


«Peut-être pas tous les hommes, mais toutes les femmes»

Ce qui fait la particularité du militantisme et des mouvements de dénonciation sur TikTok, c’est la force de la communauté. Les messages sont véhiculés de façon beaucoup plus percutante et efficace que sur beaucoup d’autres plateformes. 

La jeunesse du réseau social et de ses utilisateurs fait en sorte que le tout peut manquer d’organisation et de ligne conductrice, mais c’est authentique. Ces jeunes que l’on accuse souvent de ne pas s’intéresser à l’actualité ou à ce qui se passe autour d’eux sont étonnamment bien informés sur des causes qui touchent profondément nos sociétés. 


@lowlifeshy

we know it’s “not all men” but that’s not the point. #fyp #xyzbca #viral #theboys #notallmen #97percent

♬ original sound - Bilbo Baggins


Ce chiffre de 97% prouve que ce ne sont peut-être pas tous les hommes qui harcèlent et agressent, mais que presque toutes les femmes en sont victimes. Alors, oui, c’est un problème qui concerne tous les hommes: qu’ils doivent changer leurs propres comportements ou éduquer leurs homologues. Une réalité que la génération «à qui on ne peut plus rien dire» semble avoir mieux comprise que beaucoup d’adultes qui s’offusquent en criant à la généralisation abusive. En gros, faites ce que je dis, mais pas ce que je fais.

N’oublions pas qu’au Québec, sept féminicides sont survenus au cours des sept dernières semaines. Précédemment, on en comptait environ une douzaine par an. Tant que les femmes seront en danger, il y aura des vagues de dénonciation.