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Léa Martin
Les Coops de l'information
Léa Martin

J’ai passé la semaine sur Clubhouse: voici ce que j’en pense

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CHRONIQUE / Non, je ne suis pas là pour vous parler d’épices à steak (ba dum tss), mais bien de Clubhouse, le réseau social du moment lancé il y a un peu plus d’un an. Dans les médias québécois, ça ne fait que depuis quelques semaines que l’on en parle et l’engouement semble bien réel. 

Mais alors qu’est-ce que ça mange en hiver une app «audio-based»? En gros, c’est un réseau social qui permet de participer ou simplement écouter des discussions sur des sujets variés, animées par des experts ou des gens lambdas tout en ayant l’air de la chienne à Jacques (vu qu’on ne voit pas votre tête). Une expérience qu’il est seulement possible de capter en simultané: une fois l’évènement terminé, il disparaît (vous me direz qu’on peut toujours l’enregistrer, mais bon).

C’est un peu comme si les TED Talks, les balados et les conversations zoom avaient un petit. Vous pouvez joindre des discussions au hasard ou même joindre des clubs de gens qui ont les mêmes intérêts afin de parler entre vous. Pour l’instant, l’application qui en est encore à sa version beta, n’est accessible que sur invitation des membres de la communauté et n’est disponible que sur iOS (iPhone). 

La popularité de l’application a explosé à partir de janvier quand Elon Musk a commencé à tweeter qu’il participerait à certaines interviews. En février, il a même accepté de «faire un Clubhouse avec Kanye West» et a demandé au président russe, Vladimir Poutine, de le joindre dans une conversation sur l’application (le tout sur Twitter). Pour vous donner une idée, Justin Bieber faisait également sa première apparition sur l’application cette semaine pour promouvoir son nouvel album Justice et parler de projets futurs. 

Je ne sais pas pour vous, mais personnellement, quand quelque chose devient populaire grâce à Elon Musk, ça ne me donne pas envie. L’idée de participer à une conférence remplie de mecs obsédés par la cryptomonnaie dont la devise est «si on veut, on peut»… Disons que je suis en mesure de vous nommer 100 autres façons plus agréables de passer son mardi soir. 

Mais pour vous, je suis allée au-delà de mes préjugés et je me suis déniché une invitation.



Qu’est-ce que ça fait d’être dans ce club sélect? 

Déjà, le design de la plateforme est fait pour que vous vous sentiez comme un jeune dans le vent de la Silicon Valley. L’icône de l’application est une photo d’Axel Mansoor, jeune artiste millénial de LA cool et branché qui sourit vers ce qui semble être un avenir meilleur. 

Ensuite, les profils de beaucoup d’utilisateurs finissent par ressembler à des pages LinkedIn qui énumèrent leurs 45 postes dans différentes boîtes (mais en ajoutant des emojis, alors on est trop relax, t’as vu?). Lorsqu’on crée un compte, l’application nous propose plusieurs champs d’intérêt et va ensuite nous conseiller des salles de discussion ou des profils à suivre. 

J’ai essayé de sélectionner des champs d’intérêt variés pour avoir un portrait le moins uniforme possible. Malgré tout, on sent très vite un sentiment d’entre-soi: l’application qui est seulement sur iPhone (pour l’instant) coupe beaucoup de gens qui n’ont pas les moyens d’avoir de tels téléphones de cette expérience. Ensuite, il est certain que la plateforme a d’abord attiré les gens qui travaillent dans le domaine créatif, médiatique et/ou qui donnent déjà des conférences. Ajoutez à ça le fait que l’on ne peut y accéder que par invitation et c’est la recette parfaite pour une chambre d’écho.

Selon la réalisatrice à ICI Première Chloé Sondervorst, la communauté de Clubhouse est tout de même plus diversifiée que l’on peut le croire. « C’est vrai qu’il y a un côté niché, mais je trouve qu’en creusant un peu, on peut trouver des choses très différentes », indique-t-elle. «C’est intéressant de noter que c’est la communauté afro-américaine qui a donné un grand élan à Clubhouse après son démarrage, alors la diversité et la créativité des voix sont quand même présentes, même s’il y a des bémols». 

N’empêche qu’on peut bien critiquer comme on veut, le moment où je me suis retrouvée dans une salle de discussion virtuelle avec des journalistes qui travaillent avec de grands médias un peu partout dans le monde et que j’avais l’opportunité de leur adresser la parole en un clic (pour lever la main), j’étais enchantée. Comme le soulignait Chloé, dans un des salons où elle se trouvait, une jeune femme a été en mesure de s’adresser à son autrice préférée et il était possible de sentir l’émotion dans sa voix en direct. C’est quand la dernière fois que Twitter vous a fait vivre ce type d’émotion? 


« On est plus habitué aux interactions en différé, mais là on est en synchronie. On se parle uniquement avec la voix ce qui permet une forme de concentration, d’intimité et d’écoute. Je crois que c’est quelque chose qu’on avait perdu en cours de route. »
Chloé Sondervorst, réalisatrice à ICI Première



Bon, je vous avoue que ce ne sont pas toutes les salles qui ont les mêmes codes au niveau de l’écoute et des tours de parole, mais j’ai été agréablement surprise par l’organisation de celles-ci. 

Un pas vers l’avenir? 

Tout ceci est encore frais et il est difficile de savoir si Clubhouse va garder ce côté plutôt organisé et bienveillant le jour où tout le monde y aura accès. Puis il ne faut pas se leurrer, les autres géants des réseaux ont déjà senti la bonne affaire. 

Cette semaine, Spotify a annoncé avoir acquis Betty Labs, un autre spécialiste des salons audio, afin de développer le même type de produit que Clubhouse. Une décision logique pour Spotify qui se place déjà comme un joueur majeur de diffusion de balados. Facebook a également déjà annoncé qu’il était en train de développer un produit de chat audio pour faire compétition à l’application. 

Il faut dire qu’avec tout ce que l’on vit depuis un an, cette application est venue combler un manque d’interactions que nous sommes plusieurs à ressentir. C’est un médium qui vient compléter ce qui est déjà offert par d’autres plateformes et qui crée des ponts entre celles-ci. 

J’ai déjà été invitée à une rencontre sur l’innovation dans les médias la semaine prochaine et je compte les dodos à l’idée de pouvoir enfin m’entretenir avec des gens de mon milieu un peu partout au Québec. 

Si vous êtes sur l’application n’hésitez pas à connecter avec moi et à me faire part de vos observations!