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Léa Martin
Les Coops de l'information
Léa Martin

J’ai affirmé mon identité sexuelle grâce à TikTok

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Sentez-vous ce doux parfum de café glacé et de lait d’avoine? Votre centre-ville est-il retapissé aux couleurs de l’arc-en-ciel (pas le dessin moche «ça va bien aller» dans la fenêtre de votre voisin-là)? C’est que la saison de la fierté est officiellement ouverte!

Pour moi, ce sera une première, vu que l’automne dernier j’ai fait mon coming out bisexuel (du coup, je vous le fais aussi maintenant). Pour être franche, je m’attendais à un quelque chose d’un peu plus angoissant et dramatique. Avec mes parents, ça s’est passé comme suit: 


- Ma mère: Alors, comment ça se passe avec ton nouveau chum?

- Argh! Maman! Ce n’est pas mon chum! On se fréquente!

- Ma mère: Ouais, ouais, comme tu veux. Et il fait quoi dans la vie?

- En fait… (léger stress) ELLE fait du design…


*Silence*


- Mon père: Ah ok! C’est nouveau ça? Tu sais, nous tant que tu es heureuse on est content! 

- Ma mère: Merci de nous faire assez confiance pour nous le dire. On t’aime ». 


Une main sur l’épaule, un sourire bienveillant et on a continué à manger notre bœuf aux carottes (écrivez-moi si vous voulez la recette, c’est une tuerie) en continuant notre conversation. Pas plus compliqué que ça. Mon frère m’a sorti un truc du genre « Noyce gee! », mon coloc m’a annoncé que la prochaine étape était de m’acheter une Subaru (petit cliché de lesbienne).

Bon, vu le milieu dans lequel j’ai grandi, ce n’est pas si étonnant que ça, n’empêche que ça m’a pris presque 25 ans avant de m’affirmer. Disons que j’avais quelques indices sur ma situation, mais une partie de moi avait peur d’être une impostrice. C’est que la société et la pop culture nous martèlent que ce «n’est qu’une phase», que pas mal toutes les filles ont «leur période lesbienne à l’université», ou ce genre de connerie. Sans oublier la biphobie qui existe au sein de la communauté LGBTQ+ elle-même. 

Je dirais que j’ai trouvé une partie de mes réponses où je m’y attendais le moins… TikTok. Je sais que ça peut sembler ridicule, mais l’algorithme a compris en deux jours les réponses que je cherchais depuis plusieurs années. En fait, plein de gens se sentaient exactement comme moi et leurs courtes vidéos, aussi puériles qu’elles puissent paraître, m’ont fait me sentir valide. 

Ça a été le même constat pour Luka, 21 ans, qui s’identifie comme demiboy* bisexuel. « Plus je suis sur les réseaux et plus je me découvre et j’apprends, déclare-t-il. Sur TikTok, les gens parlent d’eux-mêmes et je trouve que j’en apprends beaucoup plus sur différentes identités sexuelles et de genre de cette façon ». 

Si ce n’est pas toute sa famille qui est au courant, Luka est très transparent sur son identité sur TikTok et Instagram. Ça lui a permis de rencontrer des tas de personnes queers comme Ophélie qui est aujourd’hui sa coloc, mais surtout une amie chère. Ensemble, ils créent des cosplays et éduquent les internautes sur les différentes réalités queers. «Les réseaux sociaux peuvent faire peur, mais pour moi, c’est là que je peux vraiment être moi-même, ajoute-t-il.  Je pense qu’il faut laisser une chance aux plateformes et qu’on peut trouver le bon monde pour se découvrir. Faire ça tout seul dans sa chambre en cherchant des réponses sur Google, c’est bon, mais ce n’est pas la même chose que de connecter avec des gens et leurs expériences.»


Des espaces de discussion sûrs

Pour Estelle Grignon, chroniqueuse et militante trans, les réseaux sociaux sont devenus un espace de partage important après son coming out. «Ça me permettait d’avoir un endroit où m’exprimer, parce que veux veux pas, je n’ai pas d’ami(e)s trans dans mon entourage, raconte-t-elle. Voir d’autres personnes trans à différents stades de leur transition ça m’a beaucoup aidé». 

Aujourd’hui, elle s’est bâti une communauté forte sur Instagram. Sur sa page, elle partage ses hauts comme ses bas avec beaucoup de transparence pour montrer une image de femme trans lesbienne que l’on voit peu dans les médias: une personne forte, confiante et qui réussit malgré les embuches. 

On en a souvent parlé elle et moi, puis franchement, y en a marre de toujours présenter une jeunesse queer tourmentée au destin tragique. Bien entendu que les personnes de la communauté vivent encore beaucoup trop de discrimination et peuvent être des personnes plus à risque dans différentes sphères, mais il faut aussi présenter les belles histoires. 

Selon Estelle, les premiers pas consistent à mettre en commun nos connaissances autant sur des comptes publics, que des groupes privés afin de s’entraider et de partager la bonne nouvelle. «Des fois, ça peut juste être de trouver un commerce pour aller se faire épiler ou des vêtements sans se faire mégenrer, un docteur qui est sûr, indique-t-elle. Il n’y a pas de question conne dans ces groupes-là». 

Plus on montrera  des modèles positifs de personnes queers, plus on partagera de l’information sur ces différentes réalités et moins les gens auront peur d‘être eux-mêmes. Parce que dans le fond, toutes ces étiquettes peuvent sembler difficiles à comprendre, mais le tourbillon de changement dans nos normes sociales, notre langue, nos rapports sociaux ne servent qu’à permettre à beaucoup de gens de s’affirmer et de mieux se connaître soi-même. Si des fois je suis découragée par les réseaux sociaux, je peux vous dire que ça, je trouve ça vraiment beau ❤️🧡💛💚💙💜.


BONUS: une petite liste de comptes suivit par Estelle, Luka et moi-même, car on trouve que ce sont des modèles inspirants pour des ressources intéressantes. 


AlterHéros

Ben Platt

Club Sexu

Eve Parker Finley

Le Coin des LGBT+ 🏳️‍🌈

Marie Gagné

Theo Masters

Troye Sivan


*Demiboy est une identité qui fait partie du spectre de la non-binarité, mais qui s’approche davantage de l’identité masculine.