Gérald Savard

Répondre à la vraie question

CHRONIQUE / Qui a prétendu que le préfet de la MRC du Fjord Gérald Savard était malicieux et magouilleur ? Personne. Je n’ai entendu personne prétendre que le vice-président de Promotion Saguenay avait mal agi sciemment dans le dossier du contrat de l’ancien président-directeur général Ghislain Harvey.

Ce qui a surpris la population, ce fut d’entendre le maire de Bégin avouer qu’il avait approuvé et signé l’entente sans l’avoir lue. Qu’il s’était fié au maire Jean Tremblay lui disant d’approuver, car le contrat respectait « les normes de l’industrie ».

J’ai donc été surpris et déçu de lire que les maires de la MRC avaient renouvelé leur confiance à leur préfet en affirmant que ce n’est pas un magouilleur. 

Comme le rapportait le journaliste Denis Villeneuve la semaine dernière, les maires lui accordent « leur pleine confiance » et ceux interrogés ont dit, entre autres choses, « que certaines clauses du contrat signé constituent de la haute voltige et du jamais-vu, mais (je) ne crois pas que M. Savard ait pu être de mauvaise foi même s’il est évident qu’il n’y a pas eu un souci du détail ». Une autre, la mairesse de Saint-David-de-Falardeau, disait qu’elle conserve son entière confiance envers M. Savard, un homme reconnu pour ne pas avoir de méchanceté ou agir en magouilleur dans les dossiers sur lesquels il travaille.

Mais ces maires ne répondent pas à la bonne question. On ne se demande pas si M. Savard a magouillé, mais s’il avait les compétences pour assumer ses fonctions.

Si, à titre de vice-président de promotion Saguenay, il ne prenait pas la peine de lire des documents de cette importance, avec quel sérieux aborde-t-il ses fonctions de maire, de préfet ? Et à fortiori, je m’inquiète des autres maires qui lui renouvellent si rapidement leur confiance sans se poser plus de questions, sans se poser les bonnes questions. Gérald Savard est un gentil monsieur souriant, mais on exige davantage d’un gestionnaire.

Prestige

Si on va au-delà du cas de Gérald Savard, peut-on s’interroger également sur l’utilité des conseils d’administration ?

Selon moi, on peut leur attribuer trois buts. Ça peut être pour aller chercher des compétences à l’extérieur, un but noble ; avoir des antennes dans le milieu en recrutant une variété d’individus bien branchés, une fonction tout aussi honorable ; mais si c’est pour recruter des béni-oui-oui pour légitimer des décisions qu’on veut faire passer en douce, j’ai un peu de misère.

Pour avoir déjà siégé sur des conseils d’administration, je sais que ce n’est pas toujours évident de se retrouver, une fois de temps en temps, autour d’une table où des administrateurs à temps plein nous déposent une foule de documents à comprendre et à approuver.

Quand je n’étais pas à l’aise, parce que je manquais d’informations, je le disais sans gêne, car c’est écrit dans les minutes.

Quand on nous approche pour siéger sur un c.a., c’est flatteur. Mais on ne va pas là pour soigner son ego ou garnir son réseau de contact, comme l’avouait candidement dans Le Quotidien de lundi Carolle Dallaire, qui siégeait sur celui de Promotion Saguenay. Évidemment, ça ne peut pas nuire. Mais on est avant tout nommé pour prendre des décisions, et même si ce n’est pas notre signature qui figure au bas du contrat, on est tout autant responsable, car on a participé aux délibérations. Il faut dire les choses telles qu’elles sont.

C’est pourquoi, quand on siège sur un c.a., il ne faut pas avoir peur de s’ouvrir la trappe et enregistrer sa dissidence, le cas échéant, même si ça déplaît.

Là au moins, on pourra montrer patte blanche et dire qu’on n’est pas responsable de la décision.