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Relance post-pandémie: évolution ou révolution?

CHRONIQUE / Ça y est : les écoles sont ouvertes et les enfants reprennent un semblant de vie normale. Le télétravail est chose du passé pour nombre d’entre nous et la vie au bureau est tout à coup réhabilitée. Tout comme pour l’ensemble des commerces, des services et même des loisirs, les lieux de culte ont été déconfinés. Et même si les règles sanitaires constituent une nouveauté partout, la plupart d’entre nous s’y habituent, car la vie doit reprendre son cours. Nous retrouvons un rythme qui ressemble un peu à « avant », mais les différences sont bien présentes.

Les traumatismes

Bien avant la pandémie, nous connaissions plus ou moins le concept de résilience, lequel couvre toutes sortes de situations dramatiques vécues par des humains. Le psychiatre Boris Cyrulnik a largement contribué à cette compréhension après avoir longuement étudié les caractéristiques des individus qui ont survécu à des chocs tragiques. Une seule conclusion : personne n’est égal face au traumatisme.

Placés malgré nous devant une pandémie mondiale, nous ne disposons pas des mêmes « ressources », que celles-ci soient liées à notre génétique, à nos conditions de naissance, au type de famille dans laquelle nous avons évolué, à l’éducation reçue et intégrée, à l’entourage humain plus ou moins bienveillant, à l’aide ponctuelle ou plus engagée qui peut s’offrir à nous, à la spiritualité qui nous anime, etc. Ainsi, nos manières d’y faire face varient d’un individu à l’autre. Nous ne devrions jamais juger l’autre dans sa manière de réagir à une situation tragique, ni même préjuger de la nôtre, car nous avons tous des failles ou des carences qui peuvent devenir des entraves à notre capacité de surmonter certaines épreuves.

Pour un grand nombre d’entre nous, la pandémie de 2020 est une cause réelle de traumatisme, surtout en raison des dommages collatéraux – tensions dans le couple, séparation, perte d’emploi, anxiété, sentiment d’être manipulé, suicide d’un proche, contamination d’un parent ou de soi-même, colère qui ne s’apaise pas, division, etc.

Comment sortirons-nous de cet épisode de notre vie ? Bien malin qui peut le prédire.

Les experts en résilience disent que le traumatisme peut entraîner deux types de changement. Le premier consiste à faire un grand ménage ; remettre les morceaux à leur place et combler si possible les manques, un peu comme au lendemain d’une inondation. La résilience consiste alors à reprendre pied et à fonctionner du mieux que l’on peut. Puisque tout n’est pas comme avant, il y a donc forcément une « évolution », un « avant », dont on gardera un souvenir plus ou moins positif, et un « après ».

L’autre type de changement part du fait que les choses ne reviendront jamais comme elles étaient. Imaginons seulement la ville de Beyrouth avec cette explosion catastrophique. Une grande partie des 300 000 sans-abri ne retrouveront jamais leur situation d’avant, déjà pas si enviable. Ils auront à se refaire une vie. Plusieurs seront marqués à jamais et subiront des séquelles permanentes reliées au syndrome de stress post-traumatique, comme des tendances autodestructrices. La résilience implique ici un changement majeur de perspective, de l’ordre d’une « révolution », car rien ne sera plus comme avant.

La résilience de l’Église

Admettons-le clairement : l’Église catholique au Québec était déjà en mauvais état à la suite des révélations successives des différents scandales qu’elle a rendus possibles. Ces histoires sordides ont accéléré la désaffiliation des fidèles, laissant des églises vides, au point où celles-ci n’auraient même pas dû inquiéter les responsables de la santé publique quant à la distanciation. Mais le confinement a créé un état de choc plus grave encore.

Cent vingt personnes qui exercent un leadership dans l’Église diocésaine se sont réunies à l’Ermitage du Lac-Bouchette, cette semaine, afin de se saisir collectivement du drame en cours. Elles ont eu l’occasion d’exprimer leur vécu, leur désarroi, leurs chagrins. Elles ont regardé ce qui a souvent été caché ou masqué derrière les « Ça va bien aller » colorés, affichés à profusion.

Ces personnes peuvent-elles simplement reproduire ce qui a conduit à un échec ? Tous et toutes voudraient bien une révolution spirituelle, mais comment la générer ? Quelle sera la mission des croyants au sortir de cette pandémie ? Retrouver l’esprit tranquille ou se rendre présents à toutes et à tous, en particulier à celles et ceux qui paient chèrement les conséquences en raison des inégalités et des carences de notre filet social ?

L’année qui vient sera déterminante pour la suite des choses et pour l’Église, qui n’en a pas fini avec les épreuves. Aura-t-elle des ressources pour assurer sa résilience ? Et quelle résilience ? Un retour à ce qui était (évolution) ou un nouveau départ dans l’inconnu (révolution), afin de se montrer à la hauteur de la foi qui l’anime ?

Jocelyn Girard

Institut de formation théologique et pastorale