Réflexion sur l’aluminium

« Les entreprises n’en peuvent plus du cadre réglementaire», déplore avec insistance le comptable Éric Dufour à quelques jours du Symposium Aluminium. Le gouvernement a pris pourtant l’engagement, à plusieurs reprises, de dissoudre cette anomalie dans un réaménagement de la machine administrative.

Le vice-président de Raymond Chabot Grant Thornton incite les leaders régionaux et les politiciens dont le message perce l’armature du pouvoir en campagne électorale, à provoquer une rencontre pour corriger cette anomalie qui freine la croissance du Québec.

Au tout début de son mandat, Philippe Couillard a prétendu résoudre le problème dans le cadre d’un Sommet économique. Malgré une longue préparation enrichie de nombreuses consultations et un impressionnant couronnement, l’exercice ne fut, en réalité, qu’une opération de relations publiques. La machine a bien surveillé son déroulement pour éviter que la région y perçoive un véritable espoir de relance économique.

Symposium Aluminium

Le problème lancinant dont souffrent les PME, pourvoyeuses de la grande majorité des emplois au Québec, ne fera évidemment pas l’objet d’un examen au Symposium Aluminium jeudi prochain au Delta Saguenay. Avec cette initiative, Rio Tinto Aluminium, en partenariat avec la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay-le-Fjord et la SVA, offrira, notamment  à tous ceux qui sont reliés à l’industrie de l’aluminium, l’avantage de mieux connaître l’évolution de la situation. Les organisateurs ont mis l’accent sur l’innovation, la clé du succès. 

L’annonce par Alcan, voilà exactement neuf ans le 15 décembre prochain, d’un investissement de 2 milliards $ au vieux complexe industriel de Jonquière, sera évidemment présente dans les esprits. Le programme prévoyait la construction du Centre technologique AP60, suivie de l’addition de capacité de production et de l’agrandissement de l’usine d’Alma dans l’espace d’une décennie.

La Chine mène le jeu

Mais le souvenir de la surenchère qui a conduit, sept mois plus tard, à la victoire de Rio Tinto sur Alcoa, est encore plus marquant. Tout a changé depuis dans le paysage économique du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Et le mouvement s’est aggravé avec une surproduction persistante qui a exercé évidemment une pression très négative sur le prix du métal.

Joueur dominant avec une production représentant plus de 60% de la capacité mondiale, la Chine joue avec les marchés selon les intérêts de son économie. Elle a favorisé une bonification du prix en fermant des usines trop polluantes. Mais Rio Tinto demeure très prudente quand elle constate, comme le faisait observer le grand patron Gervais Jacques, que de nouvelles alumineries surgissent dotées sans doute d’une technologie plus appropriée. Ce qui retarde la réalisation des projets d’expansion qui, dans le plan tracé par Alcan juste avant la vente, devait se conclure avant 2015. Il en sera sans doute question avec les spécialistes, jeudi, mais toute la population espère y déceler de véritables éléments d’espoir. 

Si Rio Tinto veut maintenir un dialogue avec la population comme elle l’a indiqué dans ses séances d’information, je m’interroge sur le choix de son animateur, le confrère Alain Dubuc, de La Presse. Le parcours de ce journaliste est impressionnant. Sa formation et les prix qu’il a mérités commandent le respect. Mais c’est un urbain qui méprise suprêmement les régions. Son Éloge de la richesse publié en 2006 en fait la démonstration. Il nie notamment que la locomotive montréalaise repose sur la vitalité des régions comme un gouvernement l’a déjà prétendu.