Il faut remonter au Ve siècle, dans l’Église d’Orient, et consulter certains textes non canoniques (apocryphes), pour y trouver l’histoire d’Anne et Joachim, les grands-parents de Jésus.

Que penser de la dévotion populaire ?

CHRONIQUE / La belle saison approche à grands pas. Les lieux de pèlerinage se préparent à accueillir les milliers de pèlerins qui viendront exercer leurs dévotions. Au-delà du phénomène de piété populaire, est-il possible de se questionner sur la valeur à accorder à ces hérauts de la foi, que l’on appelle les saints et les saintes ?

Il est toujours étonnant de voir l’engouement que suscite leur dévotion. Par exemple, ici, dès la mi-juillet, le sanctuaire régional dédié à sainte Anne fourmillera de pèlerins qui viendront implorer la sainte Grand-Mère. Malgré le fait que rien dans la Bible ne nous dise quoi que ce soit à son sujet, pourquoi une telle dévotion ?

Peut-être a-t-il déjà existé des traces de la bienheureuse femme ? Dans les faits, il faut remonter au Ve siècle, dans l’Église d’Orient, et consulter certains textes non canoniques (apocryphes), pour y trouver l’histoire d’Anne et Joachim, les grands-parents de Jésus. Mais c’est Épiphane (315-403), un Père de l’Église qui, en parlant de Marie, offre une réponse intéressante sur les omissions dans les Écritures : « L’Écriture s’est élevée au-dessus de l’esprit humain et a laissé ce point dans l’incertitude, par révérence pour cette [femme] incomparable, pour couper court à toute pensée basse et charnelle à son sujet. »

Ainsi, le silence dans les Écritures n’enlève rien à la grandeur du personnage. Voyons-y un espace « où [sa] présence tourne nos cœurs vers Dieu, nous comble d’espérance en nous montrant les cieux » (Cantique à sainte Anne). Ainsi, toute notre attention n’est pas détournée de la personne du Christ, mais bien orientée vers Celui qui est le véritable visage du Père.

Autre exemple : saint Antoine de Padoue, dont la fête est le 13 juin, qui compte lui aussi un sanctuaire à l’Ermitage Saint-Antoine, au Lac-Bouchette. Les témoignages sur la vie de ce saint comportent aussi ses mystères. À titre d’exemple, cet épisode où il prêche aux poissons. Il est raconté que ceux-ci l’écoutent pour confondre l’incrédulité des gens qui refusent de l’écouter. Comment démêler le folklorique et le réel de la dévotion ? C’est peut-être dans la forme des récits que se trouve la réponse.

Ces récits nous rapportent des gestes et des paroles qui sont sans équivoque : l’amour du prochain et l’écoute de la Parole de Dieu sont au centre de sa vie. C’est le rapport constant entre la vie active et la vie spirituelle qui nous permet « de nous maintenir dans l’attitude fondamentale de décentrement de nous-mêmes, d’ouverture à la présence mystérieuse de Dieu et de disponibilité à l’égard de sa volonté qui n’est pas la nôtre » (Enzo Bianchi).

Ainsi, les saints et les saintes sont tout autant de miroirs qui réfléchissent la même image : Dieu le Père, moteur et le principe de toute vie.

Alors, peut-on reconnaître une valeur à la dévotion populaire ? Sans aucun doute. Pour autant qu’elle ne nous fait pas oublier que c’est l’œuvre de Dieu que nous contemplons à travers ces témoins de l’Évangile.

Frédéric Tremblay

Institut de formation théologique et pastorale

f.tremblay@fibreop.ca