On m’a expliqué le déroulement de chacune des épreuves et je me suis sentie submergée par l’adrénaline.

Poussée d'adrénaline garantie

CHRONIQUE / Mercredi, quatre journalistes du Quotidien ont accepté l’invitation du Centre de recrutement des Forces canadiennes et se sont soumis à l’évaluation initiale de la condition physique, un test que doivent réussir toutes les futures recrues avant d’amorcer leur cours de qualification militaire de base (QMB). Les membres des Forces doivent aussi répéter l’exercice chaque année.

J’étais la seule femme de la délégation du journal formée de mes confrères Jonathan Hudon, Dave Ainsley et Normand Boivin. Nous avons toutefois chacun réalisé nos épreuves séparément, sous l’oeil averti des kinésiologues civils Mathieu Girard et Claudie Descôteaux. Je vais être franche : jusqu’à la toute dernière minute, je me suis dit : « pourquoi diable as-tu accepté de faire ça ? ». Qu’avais-je à prouver et à qui ? Je pratique la course à pied assidûment et je viens de faire un demi-marathon. N’est-ce pas suffisant pour me convaincre que je suis en bonne forme physique et que mes jambes et mon coeur sont encore capables de suivre ?

J’y suis donc allée à reculons. La journée a débuté sur les chapeaux de roues. C’est le cas neuf fois sur 10 chez nous avec nos quatre jeunes enfants. Enfin assise dans la quiétude ma voiture, le contenu musical de mon téléphone intelligent libéré dans l’habitacle, je me suis perdue en pensées. Puis, au lieu de me rendre à la Réserve navale de Chicoutimi, sur les rives du Saguenay, j’ai filé tout droit sur l’autoroute 70, vers Bagotville. Sitôt arrivée à la base, j’ai compris que je me trouvais au mauvais endroit. Interprétant cela comme un signe, j’étais sur le point de déclarer forfait. Après tout, en quoi m’exposer à l’échec me serait-il profitable ? Il m’apparaissait soudainement évident que Dave, le gars des sports, allait briller. Que Jonathan, le cycliste accompli, allait lui aussi s’illustrer. Que Normand, le doyen du groupe, mais père de militaire, tirerait son épingle du jeu. Moi, la fille de 44 ans, 5’3’’, 120 lbs, en train de soulever des charges et faire des pompes. L’image relevait du burlesque. 

J’ai rebroussé chemin avec un crissement de pneus imaginaire, mue par une détermination renouvelée. Soudainement, mon cerveau hyperactif voyait une carotte tendue droit devant : la perspective alléchante d’un défi à relever. Comme j’ai appris, au fil des ans, que l’intensité est une caractéristique intrinsèque qu’il ne faut pas essayer de refouler, je suis débarquée à la Réserve navale munie de mon sac de sport et d’une force fragile. Rassurée d’emblée quant à l’acceptabilité de mon tour de taille, ça augurait bien. On m’a expliqué le déroulement de chacune des épreuves et je me suis sentie submergée par l’adrénaline, comme je le suis à tout coup derrière d’une ligne de départ. Sauf que là, j’étais seule, et non portée par l’énergie contagieuse de milliers de coureurs aussi fébriles que moi. 

J’ai soulevé des sacs de 45lbs à hauteur de 3 pieds à 30 reprises en 1 minute 45 secondes, une épreuve pharaonique pour une personne comme moi dont la force musculaire se situe davantage au niveau des james. Le lendemain, mes bras et mes abdominaux étaient très endoloris.

Les épreuves

Il m’a d’abord fallu effectuer deux courses-navettes de 20 mètres aller, 20 mètres retour en adoptant la position au sol tous les 10 mètres sur une distance de 80 mètres. Ensuite, j’ai dû soulever des sacs de sable de 45 lbs à bout de bras 30 fois, dans un délai maximal de 3,31 minutes. Puis, j’ai fait dix courses navettes consécutives (20 mètres aller, 20 mètres retour) en alternant une fois avec une charge de 45 lbs sur l’épaule et une fois à vide, sur 400 mètres. Enfin, j’ai transporté le même (satané) sac de sable sur 20 mètres, sans interruption, en traînant un poids de 240 lbs. Là, j’ai failli craquer et j’avais les jambes gélatineuses. Au moment où Mathieu, le kinésiologue, m’a dit que j’avais réussi, je frémissais et je me sentais aussi nauséeuse qu’au début de mes grossesses. 

En guise d’épilogue, apprenez que mon honneur est sauf. Mathieu m’a félicitée. On s’est assis ensemble pour analyser mes résultats, ma foi, fort respectables. J’ai une condition physique générale de 95 pour cent et j’aurais mon laissez-passer pour les Forces. Mathieu m’a conseillé de faire de la musculation pour optimiser mes performances sportives. Cela n’est pas près d’arriver, car pour l’instant, les moments que je peux consacrer au sport, en marge de mes obligations professionnelles et d’un agenda familial chargé, sont comptés à la minute près. Je ne peux plus me passer de ce sentiment d’évasion et de dépassement que me procure la course à pied. Ça m’évite de m’éparpiller. Je vais donc me concentrer sur ce sport pour l’instant, en attendant d’avoir plus de temps. 

Aujourd’hui, la population est invitée à se soumettre aux mêmes tests physiques. Si le coeur vous en dit, allez-y, peu importe votre âge. Poussée d’adrénaline garantie ! Bravo à mes confrères et à tous mes collègues de la profession qui ont eux aussi relevé le défi. Au suivant !

Tous les militaires, peu importe leur sexe ou leur gabarit, doivent être capables de traîner une charge de 245 livres sur une distance d’au moins 20 mètres. Pour une femme de ma taille, la traction d’un tel poids, avec un sac de sable de 45 livres dans les bras, peut être très difficile physiquement.