Gérald Savard

Plus grand que les hommes

CHRONIQUE/ La MRC du Fjord-du-Saguenay a élu son comité administratif le 10 octobre dernier. Il sera entièrement masculin et composé de deux maires qui siègent comme élu depuis 17 ans, un depuis 13 ans et deux depuis 5 ans. Gérald Savard débute son quatrième mandat comme préfet. Le résultat de cette élection entre collègues est une autre démonstration du problème démocratique qui gruge la structure même des MRC. Des lacunes qui s’expriment avec plus ou moins d’intensité dans les différentes MRC du Québec. Plus largement, il montre à quel point les hommes et les femmes qui occupent des sièges dans les instances municipales de la région ont peu d’intérêt pour la mixité égalitaire en politique et les conséquences sociales de ce problème.

Parlons d’abord du nombre de femmes qui, il est utile de le rappeler, composent 50 % de la population. Nous sommes face à un enjeu démocratique. Il y a 57 membres qui siègent dans les conseils des quatre MRC du Saguenay–Lac-Saint-Jean. On y retrouve un total de neuf femmes. Neuf femmes. Il manque donc 19 élues pour assurer une égalité homme-femme (50 %-50 %) ou 13 pour atteindre la zone de parité (40 %-60 %). Imaginez le travail à faire!  Évidemment, la composition des conseils des MRC repose sur les résultats des élections municipales. Plus il y aura de femmes élues dans les municipalités, plus il y aura de femmes dans les conseils de MRC. En attendant, car le chemin est long et les reculs réels, il faut trouver des formules qui permettront une représentation féminine dans les comités de réflexion et processus décisionnels. Il faut discuter de cet enjeu au plus vite. Il est illusoire de miser sur la bonne volonté des représentants masculins. Parce que, avec un petit effort tout simple, le boy’s club de la MRC du Fjord-du-Saguenay aurait choisi Catherine Morissette, mairesse de Saint-David-de-Falardeau, qui souhaitait être préfète. La parité est, à toutes fins utiles, absente du discours municipal. Elle n’existe pas. Si c’était le cas, Catherine Morissette serait préfète. Voilà pourquoi les quotas et autres moyens coercitifs sont incontournables pour obtenir un changement réel et assurer une juste représentation démocratique.

Chacune des MRC du Québec peut choisir d’élire son préfet au suffrage universel. Ce choix repose, encore une fois, sur la volonté des élus. Voici une autre preuve de la limite du volontariat dans les questions démocratiques. On compte 87 MRC au Québec et seulement 16 d’entre elles ont adopté le suffrage universel (18 %), une seule sur quatre au Saguenay–Lac-Saint-Jean (Maria-Chapdeleine). Avec un suffrage universel, Gérald Savard aurait dû défendre son bilan devant la population des 13 municipalités. Expliquer pourquoi, après 17 ans à la mairie et trois mandats comme préfet, il représente encore l’avenir du territoire. Convaincre qu’il serait meilleur que Catherine Morissette. Les électeurs auraient entendu, jugé et comparé les différentes propositions. On aurait rappelé à M. Savard le rôle hautement discutable joué dans la saga du contrat de Ghislain Harvey à Promotion Saguenay. Il n’a pas eu à le faire puisque le préfet est élu par ses collègues. Il a négocié son élection avec ses chums, des maires qu’il côtoie depuis des années. « C’est un bon gars », comme le disait un maire avec qui j’argumentais du problème éthique de M. Savard à Promotion Saguenay. Que dire de plus ? Madame Morissette a compris durement la réalité d’un boy’s club. 

Je suggère à tous les élus et élues municipaux de lire Femmes et pouvoir : les changements nécessaires, de Pascale Navarro (à peine 12 $). Une formation ne serait pas de trop pour comprendre que l’égalité des sexes est une question sociale et exige la parité en politique. En attendant, pourquoi ne pas méditer sur cette citation de l’auteure : « la mixité et la parité, ce n’est pas une addition purement mathématique, mais une production de sens, de quelque chose de plus grand. » Plus grand qu’un homme. Plus grand qu’une femme. Plus grand qu’une gang de chums.