Perdre un être cher à la suite d’un suicide

CHRONIQUE / Le 18 novembre dernier, nous avons souligné la Journée internationale des endeuillés par suicide. C’est un sujet dont on parle très peu. Nous savons d’expérience que la perte d’un être cher est l’un des événements des plus douloureux, des plus difficiles à traverser et à surmonter. Ceci est d’autant plus vrai lorsque la personne s’est elle-même enlevé la vie. C’est une douleur tellement vive et intense qu’elle étouffe, et à cela, s’ajoutent des sentiments de culpabilité, de colère, de honte et de tristesse, sur une toile de fond tissée de mille pourquoi qui pèsent et déchirent.

« Ce n’est pas possible, c’est un cauchemar, je vais me réveiller…ce n’est pas vrai, dites-moi que ce n’est pas vrai ? Que sera mon avenir sans lui ? Que sera mon avenir sans elle ? Est-ce que je peux continuer à vivre avec cette souffrance et ce désespoir qui m’étouffent ? Qu’est-ce que je n’ai pas vu ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? »

Un deuil composé d’une grande complexité

Le deuil par suicide peut entraîner des réactions multiples et d’intensité variable pour la personne qui le vit de même que pour son entourage. Ce grand bouleversement est souvent d’une grande complexité. Les réactions émotionnelles passent fréquemment de l’angoisse à la colère, puis on verse dans la culpabilité, le blâme, l’impuissance, l’impression d’avoir été trahi, et j’en passe. La tristesse explose à travers toute cette gamme d’émotions. La personne a l’impression que plus elle tente d’y voir clair, plus son monde s’embrouille. Physiquement, l’énergie n’est plus disponible, l’appétit manque, les tensions musculaires augmentent et le sommeil devient perturbé.

Les comportements des personnes endeuillées peuvent souvent nous sembler erratiques et irrationnels. L’agressivité peut se faire sentir et la personne cherche à être seule, ou le contraire. Elle est dans un mouvement incessant. La recherche excessive d’une explication ou d’un coupable peut devenir une mission de tous les instants. Les réactions psychologiques se font aussi très prenantes et se manifestent par des humeurs changeantes, de la confusion, des cauchemars, des pertes de mémoire et parfois même des idées suicidaires.

Avoir l’espace pour exprimer sa douleur

Bien que ce processus de deuil diffère d’une personne à l’autre, les besoins doivent être entendus, reconnus et répondus. Briser l’isolement, avoir l’espace nécessaire pour exprimer sa douleur, et être écouté. Les personnes endeuillées par le suicide ont aussi besoin d’être rassurées face à leurs réactions et leurs sentiments. Elles ont également cette envie de comprendre ce qui s’est passé et ce désir de se déculpabiliser. Il faut se rappeler que le deuil est un processus marqué par des étapes à vivre et que parfois, l’impression de ne pas cheminer et de souffrir sans répit sera grande. Pourtant, la vie reprendra son cours, pas comme avant et pas aussi vite qu’on le voudrait. Il y aura des hauts et des bas, mais doucement, les repères reviendront dans un nouvel horizon. Et cette personne chère qui n’est plus, pourra reprendre sa place dans l’esprit et le coeur de chacun et de chacune qui l’a connue au-delà du suicide.

« Nous nous sommes laissé le temps de guérir même si nous ne pensions jamais y parvenir. À partir du moment où l’on a compris que nous n’aurions pas toutes les réponses, nous avons cheminé dans notre deuil. Le soleil revient petit à petit. Aujourd’hui nous continuons le combat…pour la vie ! » (Hélène Fortin et Sylvie Fortin, Fondation Dédé Fortin)

Annie Laviolette, Centre de prévention du suicide 02

Pour information en lien avec les groupes d’endeuillés, contactez Karine Larouche au 418-545-9110 poste : 2267

Pour vous, un proche ou si vous êtes endeuillés par suicide : 1866-APPELLE (277-3553)