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Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Paule Vermot-Desroches
L’aventure Maskicom semble bel et bien terminée dans la MRC de Maskinongé.
L’aventure Maskicom semble bel et bien terminée dans la MRC de Maskinongé.

Maskicom: il y aura des leçons à tirer

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CHRONIQUE / L’aventure Maskicom semble bel et bien terminée dans la MRC de Maskinongé. Alors que l’organisme sans but lucratif a annoncé mardi avoir déposé un avis de faire une proposition à ses créanciers, le gouvernement du Québec a depuis longtemps tourné la page sur ce modèle et annoncera mercredi qui remplacera l’OBNL pour continuer de dérouler la fibre optique et brancher les quelque 3200 citoyens qui doivent encore être branchés dans ce secteur. Et à voir de quelle façon les choses se sont déroulées jusqu’à présent, nul doute que les décideurs auront des leçons à tirer de cette histoire.

Le député d’Orford, Gilles Bélanger, qui est adjoint parlementaire au premier ministre pour le volet Internet haute vitesse, ne mâchait pas ses mots mardi au téléphone: le modèle proposé par Maskicom qui, rappelle-t-il, a été formé par douze municipalités sous les orientations données par l’ancien gouvernement libéral, n’a pas rempli les attentes de l’actuel gouvernement caquiste quant à l’efficacité et la rapidité pour le déploiement de la fibre optique. Le gouvernement a cessé de lui verser de l’argent, et il annoncera mercredi qu’il passera le dossier à quelqu’un d’autre,

Si vous avez un petit 2$ à parier, vous pourriez le mettre sur le fait que ce sera désormais Cooptel qui reprendra le contrat pour le déploiement d’Internet dans la MRC de Maskinongé. C’est ce que le gouvernement devrait annoncer dans son point de presse, selon plusieurs informations qui circulaient mardi. Plusieurs joueurs de l’industrie ont été contactés et rencontrés pour trouver une solution, et ce, bien avant que Maskicom n’annonce qu’elle se tournait vers la Loi sur les arrangements avec les créanciers. Cooptel, une entreprise de Valcourt en Estrie, aurait obtenu la faveur du gouvernement pour poursuivre le travail.

Il n’y avait donc rien de nouveau sous le soleil pour le gouvernement, on savait depuis longtemps que le projet Maskicom s’en allait droit vers un précipice.

Le député Bélanger n’était cependant pas très heureux d’entendre qu’on puisse prendre des citoyens en otage, alors que le sous-traitant de Maskicom, Branchez-Nous, communiquait avec les clients pour les aviser que, faute d’un règlement, la compagnie cesserait d’offrir ses services.

Cette simple hypothèse laissait croire aux quelques citoyens clients de Maskicom à qui nous avons pu parler mardi que cette menace, si elle se concrétise, ne durera pas longtemps. Personne ne laisserait aller une possible rupture de services quand on sait aujourd’hui que le branchement à Internet haute vitesse et à la téléphonie est devenu un service essentiel. Surtout dans un monde où le télétravail est devenu roi et maître, où les régions se développent de plus en plus à la faveur des gens qui désertent les grands centres, et où il n’y a plus un seul secteur de l’économie qui n’est pas dépendant de ces branchements.

Être connecté à Internet haute vitesse, en 2021, c’est aussi important que d’avoir l’eau courante et l’électricité. Point!

C’est pour cette raison d’ailleurs que Claude Godbout croit que ça va se régler très rapidement. Le résident de Saint-Mathieu-du-Parc espère cependant que les clients de Maskicom ne seront pas pénalisés par une possible hausse des prix de la concurrence.

«On a embarqué avec Maskicom surtout parce que c’était très avantageux. Ce que je payais avec Maskicom pour la télé, le téléphone et Internet, c’était l’équivalent de la simple ligne téléphonique avec Bell. Maskicom offrait quelque chose de raisonnable avec un bon service. Maintenant, que va-t-il arriver avec les coûts si c’est un autre fournisseur», se demande-t-il.

Ce dernier ne se dit cependant pas outré de l’intervention de Branchez-Nous auprès des citoyens pour les aviser de ce qui se passerait dès mardi à 17h. «Je pense surtout qu’ils n’ont pas eu le choix et qu’ils voulaient mettre de la pression pour se faire payer. Moi, quand je travaille pour quelqu’un, j’espère être payé en retour. Là, ils mettent leur compagnie en jeu. Alors, est-ce que ça fait mon affaire? Non! Mais est-ce que je les comprends? Oui», affirme M. Godbout.

Pour Jacques Monette, qui a été le tout premier citoyen de la MRC à se brancher à Maskicom, il semble évident qu’une autre compagnie reprendra le contrat, et vite. «Je suis certain à 80% ou 90% qu’il n’y aura pas de rupture de service. Mais si un bris devait survenir sur le réseau, en raison par exemple d’une intempérie, je crois que c’est ça qui inquiète davantage les gens», note-t-il.

Mandat

Devant le constat imposé par l’aventure Maskicom, les décideurs auront également de grandes questions à se poser quant aux modèles qui ont été déployés un peu partout au Québec pour permettre de brancher les régions et les secteurs qui n’étaient pas encore branchés. Et surtout comment tirer des leçons des modèles qui ne fonctionnent pas.

Soyons honnêtes: le modèle Maskicom, à la base, était une idée extraordinaire. Une communauté qui se prend en main et, à la faveur d’argent public disponible, choisit de gérer elle-même son développement selon les ressources locales en place et dans un esprit de proposer une offre compétitive qui avantagerait les citoyens de la MRC.

Force est de constater que le modèle de gestion combiné à plusieurs embûches n’a pas permis d’atteindre cet objectif.

Dans la MRC de la Matawinie, dans Lanaudière, on avait aussi fondé un OBNL, Connexion Matawinie, qui a fait affaire avec Cooptel. La différence, cette fois, c’est qu’on a emprunté tout près de 60M$ pour assurer le déroulement de la fibre optique. On me glisse à l’oreille que durant le point de presse de mercredi, Connexion Matawinie pourrait obtenir la confirmation que le gouvernement ajoutera à l'effort de guerre pour renforcer le modèle d'affaires.

Autrement dit, on a pris le risque de monter un modèle d’affaires sans, dès le départ, avoir à compter sur l’argent public. Même si on se doutait bien qu’avec les politiques en vigueur, cet argent finirait bien par arriver...

Ce sont deux modèles semblables, et en même temps complètement à l’opposé en termes de vision et de gestion du risque. Alors quand l’objectif est le même, comment peut-on laisser des municipalités partir dans des directions si différentes sans offrir un soutien ou une ligne directrice pour assurer la bonne réussite de l’objectif visé? Doit-on rappeler qu’il est loin d’être le mandat ou la spécialité des municipalités de déployer la fibre optique sur leur territoire?

Quand il s’agit de tels montants d’argent public, ne devrait-il pas y avoir de meilleures ressources déployées pour aider les collectivités à voir ces projets se concrétiser?