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Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Paule Vermot-Desroches
Dannie Durand espère, comme plusieurs familles de la région, un certain assouplissement des mesures dans les CHSLD et résidences pour aînés une fois la deuxième dose du vaccin administrée, pour alléger le quotidien de ses parents.
Dannie Durand espère, comme plusieurs familles de la région, un certain assouplissement des mesures dans les CHSLD et résidences pour aînés une fois la deuxième dose du vaccin administrée, pour alléger le quotidien de ses parents.

Deuxième dose en CHSLD et en RPA: à quand des assouplissements?

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CHRONIQUE / Des familles qui craignent de ne pas pouvoir être auprès d’un proche avant qu’il ne quitte ce monde, des aînés vivant leurs derniers moments de lucidité loin des leurs... Avec l’avancement de la campagne de vaccination et la promesse gouvernementale d’une deuxième dose du vaccin contre la COVID-19 d’ici le 8 mai pour les aînés en CHSLD et résidences pour personnes âgées, des voix s’élèvent pour qu'on laisse transparaître un peu d'espoir aux familles quant à un prochain assouplissement des mesures, spécialement pour les proches aidants.

Voilà une question lourde de sens, à laquelle le gouvernement devra toutefois répondre tôt ou tard. Parce qu’il est important de reconnaître la nécessité de poursuivre les mesures sanitaires tant que l’immunité collective ne sera pas atteinte... mais il faut aussi considérer que des situations très difficiles se vivent chaque jour dans plusieurs familles, et que la santé psychologique de nombreux aînés est présentement affectée par ces mêmes mesures.

«On nous dit qu’avec une deuxième dose, le risque est vraiment diminué de beaucoup. Et si la question était posée à chacune des personnes âgées, à savoir s’ils sont prêts à prendre le risque de pouvoir voir ceux qu’ils aiment... moi je peux vous garantir qu’il y en aurait beaucoup qui préféreraient prendre le risque plutôt que de vivre ce qu’ils vivent en ce moment. Parce qu’en ce moment, il y a énormément de détresse, il y en a beaucoup qui se laissent aller.»

Pour Dannie Durand et sa famille, les derniers mois ont été très éprouvants. En septembre, ses deux parents ont dû être déménagés dans deux résidences différentes de la MRC de Bécancour pour divers problèmes de santé. Avec les règles imposées pour la présence de proches aidants, limitant à deux le nombre de personnes étant autorisées à venir, les contacts sont limités pour elle et ses soeurs. Mme Durand, qui est donc devenue une proche aidante pour sa mère, n’a pas vu son père pendant plusieurs semaines. La dernière fois qu’elle a pu le voir, il ne la reconnaissait déjà plus.

Mme Durand est loin d’être seule dans son cas. Plusieurs familles, souvent nombreuses, se retrouvent déchirées de ne pas pouvoir avoir accès à leurs proches en CHSLD ou en RPA, et ce, même si la campagne de vaccination avance à grands pas.

Dominic Fugère, directeur général du Grand Prix de Trois-Rivières, est aussi le proche aidant de son père qui est en CHSLD à Saint-Narcisse. Lui et sa mère ont été désignés comme étant les deux personnes autorisées à le visiter. Mais les quatre soeurs de Dominic Fugère ne peuvent venir voir leur père. Parfois, elles viennent le saluer en demeurant à l'extérieur, lui faisait signe à travers la vitre de la cafétéria, pour tenter de minimiser les impacts de l’absence.

«Avec la vaccination et les complications qui sont diminuées par le vaccin, on se demande quand est-ce qu’elles pourront venir et être près de lui. On entend parler que certains festivals pourraient se tenir en septembre à Montréal. On nous promet une première dose pour tous au 24 juin. Je pense que pour les familles, il serait temps, sans nécessairement assouplir les règles tout de suite, au moins qu’on nous donne de l’espoir, qu’on nous indique à quel moment ça va pouvoir se faire», estime M. Fugère, qui ajoute que l’enjeu est crucial pour certaines familles.

«Ce n’est pas le cas de mon père, mais plusieurs personnes âgées en CHSLD ou en résidence en sont à leur dernière année de vie, ou du moins à leurs derniers moments de lucidité. Le risque de ne plus pouvoir voir ses proches s’amplifie chaque jour. On est ici dans la balance des inconvénients à mon humble avis», ajoute Dominic Fugère.

Pour Louise Aubry de Saint-Léonard-d’Aston, l’enjeu est effectivement majeur. Sa mère est en résidence à Drummondville, et parmi les neuf frères et soeurs, seulement deux sont présentement autorisés à être les proches aidants auprès d’elle, soit Mme Aubry et l’une de ses soeurs. Un autre frère s’occupe pour sa part de gérer les finances de sa mère, mais ne peut se rendre auprès d’elle, en vertu des directives gouvernementales.

Tout comme sa mère, Dominic Fugère, directeur général du Grand Prix de Trois-Rivières, est le proche aidant de son père, qui réside au CHSLD de Saint-Narcisse. Ses quatre soeurs, toutefois, ne sont pas autorisées à venir voir leur père, le nombre de personnes autorisées étant limité à deux selon les mesures gouvernementales.

«C’est déchirant, parce que nous on se sent privilégiées de pouvoir la voir, mais on a beaucoup de peine pour ceux qui ne peuvent pas. Et pour ma mère, ça pèse très lourd. Elle me dit souvent: ce n’est pas juste que je ne puisse pas voir mes enfants. Chacun de nos enfants nous apporte quelque chose de beau, on ne devrait pas avoir à choisir qui peut venir et qui ne peut pas», signale Mme Aubry, qui dit tout de même comprendre l’importance des mesures sanitaires, mais qui espère elle aussi recevoir très bientôt des nouvelles qui donneront un peu d’espoir.

«Ma mère a 92 ans. Il faut être réaliste: elle n’en a pas encore pour des années et des années. Le temps est précieux plus que jamais. Ce n’est vraiment pas facile en ce moment», constate-t-elle.

Au CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec, on confirme que la seconde dose est administrée dans les CHSLD au fur et à mesure de la réception des vaccins et que l’objectif annoncé par le gouvernement demeure celui du 8 mai.

Toutefois, impossible pour le moment de se prononcer sur la possibilité que les mesures sanitaires soient assouplies après cette seconde dose. Ce sera au ministère de la Santé de fournir les orientations, ce qui n’a pas encore été fait. L’atteinte de l’immunité collective, soit une proportion de 75 % à 80 % de la population générale ayant été vaccinée, pourrait représenter un objectif qui guiderait la décision du ministère, ajoute le CIUSSS MCQ.

Mardi dernier, le premier ministre François Legault et le ministre de la Santé Christian Dubé ont indiqué en conférence de presse travailler sur un calendrier d’assouplissement qui sera présenté sous peu. Impossible toutefois de savoir si ces mesures concerneront ou non les CHSLD et les RPA.

Passeport vaccinal?

Pour Dominic Fugère, qui s’est également engagé à être ambassadeur de la vaccination dans la région, l’instauration d’un passeport vaccinal pourrait devenir une mesure très intéressante pour les familles des personnes en CHSLD et en RPA. Le déploiement de paliers d’assouplissement des mesures pourrait aussi être un bon incitatif à la vaccination et donnerait de la perspective aux familles qui attendent impatiemment de pouvoir visiter un aîné, ajoute M. Fugère.

«La mesure a été instaurée dans l’État de New York et ça fonctionne bien. Je me dis que c’est le genre d’outil qui serait tout à fait pertinent pour le sujet qui nous concerne, et qui stimulerait aussi l’adhésion à la vaccination. Si le résident est vacciné et que la personne qui vient le visiter l’est aussi, on diminue de façon significative les risques. En contrepartie, le bénéfice de pouvoir être avec nos proches, ça n’a aucune commune mesure», ajoute-t-il.

Un avis partagé par Alain Mailhot, dont la mère est également en résidence à Bécancour. «Ce serait une bonne mesure, à condition qu’elle s’applique seulement aux membres de la famille. Je peux comprendre que le gouvernement et les résidences veulent garder un certain contrôle sur la circulation pour éviter de propager la maladie. Mais pour le résident et les proches vaccinés, oui ce serait une bonne chose», indique M. Mailhot, qui espère pour sa part un assouplissement des règles au minimum à l’intérieur des murs des résidences.

«Au moins, s’ils pouvaient se voisiner un peu avec les autres résidents, ce serait déjà ça. En plus de ne pas pouvoir voir leurs proches, ils n’ont pas vraiment de vie sociale avec les autres résidents. Ils vont manger à la salle à manger, mais à deux mètres, et sinon c’est chacun chez soi, même s’ils sont tous vaccinés», déplore-t-il.

La deuxième dose du vaccin contre la COVID-19 devrait avoir été administrée à tous les résidents des CHSLD au 8 mai, indique le gouvernement.

L’espoir de voir la lumière au bout du tunnel demeure la clé pour toutes ces familles, qui savent que l’horloge continue d’avancer et que le temps ne joue en la faveur de personne ces jours-ci.

«À Noël, j’ai amené une bouteille de vin à ma mère, et nous l’avons bue en pleurant, parce qu’elle disait qu’elle ne voulait pas le sentir passer, ce Noël-là. Elle a acheté une tablette pour pouvoir garder contact avec son monde, parce que sa plus grande peur, c’est de ne plus reconnaître ceux qu’elle aime. Elle veut voir grandir ses petits-enfants et elle ne veut pas qu’ils l’oublient», lance Dannie Durand, émotive.